ETHIOPIE: Les enfants aiment beaucoup les contes sur des roulettes

ADDIS ABEBA, 1 oct (IPS) – La mi-septembre a marqué le début de Meskerem, le premier mois, le commencement d’une nouvelle année, juste après la danse des filles à Tigray pour marquer la fin des pluies et l’arrivée de l’été, dans une cérémonie appelée Ashenda.

Les enfants de Mekelle et des autres parties de cette région au nord de l’Ethiopie ont apporté une raison de plus de se réjouir.

Comme les filles dansaient, battant de petits tambours et tapant des mains, deux ânes sont apparus, drapés des drapeaux nationaux et régionaux tout en couleur et tirant un chariot jaune vif. Ce spectacle frappant a attiré l’attention de tous, en particulier celle des enfants, dont l’enthousiasme s’est accru, lorsqu’ils ont découvert que le chariot était plein de livres pour eux.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) estime que 45 pour cent seulement des enfants éthiopiens fréquentent l’école parce que leurs parents sont trop pauvres pour payer même les frais insignifiants ou pour acheter les fournitures scolaires de base. L’UNICEF rapporte que 62 pour cent des hommes entre 15 et 24 ans savent lire et écrire; pour les femmes, ce nombre chute à 39 pour cent.

Dans les régions rurales de l’Ethiopie, la majorité des écoles ont des installations très limitées, et une bibliothèque dans une école primaire est un luxe presque inouï.

Yohannes Gebregiorgis, fondateur de 'Ethiopian Books for Children and Education Foundation' (Fondation des livres pour les enfants et pour l’éducation) (EBCEF), est lui-même né dans le village de Negelle Borena en 1951, mais il était l’un des quelques chanceux pouvant fréquenter l’école. Il a émigré aux Etats-Unis en 1982, où il a été formé comme bibliothécaire et il a travaillé à la bibliothèque publique de San Francisco.

“J’ai souvent pensé aux enfants de mon pays”, déclare-t-il. “En été, lorsque les enfants américains faisaient une longue liste des livres qu’ils lisaient, je savais que les enfants éthiopiens jouaient avec des ballons de chiffon et des boîtes de conserves”.

Yohannes est venu mettre en place sa fondation pour apporter des livres aux enfants éthiopiens et la 'Donkey Mobile Library' (Bibliothèque mobile à dos d’âne) est l’un des projets de EBCEF. La première bibliothèque mobile a été mise en place en 2005 dans la ville d’Awassa au centre de l’Ethiopie, où elle a provoqué exactement autant d’enthousiasme que pendant la dernière arrivée des ânes à Tigray.

A l’intérieur du chariot tiré par l’âne, il y a 40 tabourets. Le chariot contient également des livres neufs et d’occasion fournis par l’EBCEF, que les enfants peuvent emprunter ou lire sur place.

Au milieu du chariot, il y a de la nourriture et de l’eau pour les deux ânes. La bibliothèque a seulement deux employés, l’un s’occupe de l’âne, l’autre des livres. L’assistant de la bibliothèque lit parfois à haute voix pour les enfants, mais la plupart des usagers de la bibliothèque mobile choisissent un livre pour eux-mêmes et s’asseyent sur un tabouret pour le lire avec leurs amis. Même les enfants très jeunes de moins de cinq ans, se perchent sérieusement sur les tabourets et regardent les dessins s’ils ne savent pas lire.

“Les enfants ont été très enthousiastes à l’ouverture de la bibliothèque”, a déclaré Yohannes, “mais ils ont été ravis de voir l’âne merveilleusement décoré tirant une boîte en couleur pleine de livres pour enfants. C’était une nouvelle expérience pour tous les spectateurs du village et un jour mémorable pour moi”.

Yohannes a été lauréat du prix 'CNN Hero' de 2008 pour son travail faisant la promotion de la lecture parmi les enfants. La fondation a envoyé des dizaines de milliers de livres en Ethiopie, certains sont donnés, d’autres sont payés à partir des recettes de 'A children's book' que Yohannes a publié en 2002. Un autre livre qu’il a écrit, intitulé 'Tirhas Loves Ashenda', a été distribué gratuitement aux enfants le jour du lancement.

Le fait que ce dernier livre soit écrit en anglais et en langue locale Tigrigna n’a fait qu’augmenter le plaisir des enfants. La plupart des autres livres sont en langue nationale éthiopienne, Amharic, ou en anglais.

Janet Lee, une bibliothécaire professionnelle des Etats-Unis, s’est portée volontaire pour aider au lancement de la bibliothèque mobile.

“Il est important que tous les enfants aient accès aux livres. Chaque enfant a des intérêts différents à chaque étape de sa vie et par la lecture et l’acquisition de connaissances, l’enfant a l’occasion d’explorer ces différents intérêts et d’en profiter”, a–t-elle déclaré à IPS.

“Développer l’habitude de la lecture aide à renforcer l’aptitude à la lecture et à l’écriture et les compétences nécessaires dans la vie. L’enfant doit savoir lire et écrire dans sa première langue (la langue maternelle), et gagner ensuite de force dans les autres langues couramment utilisées. Le multilinguisme est un avantage pour réaliser sa vie et pour des aspirations de carrière”.

Lee a également apporté des livres et des ordinateurs donnés pour une bibliothèque de jeunes plus conventionnelle en cours d’installation dans un bâtiment offert par l’administration de la ville de Mekelle.

La bibliothèque mobile à dos d’âne sort tous les jours – sauf le dimanche – de neuf heures à 16 heures, parfois à un endroit désigné du village où les enfants peuvent facilement la trouver, parfois dans l’enceinte de l’école. Certains ménages ont des cartes de bibliothèque, ainsi les enfants peuvent emprunter des livres à emporter à la maison; d’autres enfants empruntent des livres dont leurs enseignants prennent la responsabilité.

Regat, 12 ans, est en sixième. “J’aime lire, et il y a tellement de beaux livres. Mes livres préférés sont en Amharic, mais j’aime lire des livres en anglais et en Tigrigna aussi”.

L’EBCEF, également connu comme 'Ethiopia Reads' (l’Ethiopie lit), est en train de faire fonctionner une demi-douzaine de bibliothèques mobiles qui apportent des livres aux enfants des régions rurales ayant envie de lire. La fondation a aussi mis en place 11 bibliothèques, principalement au service des écoles.