NAIROBI, 4 août (IPS) – Une flèche indique la voie à partir d'une rue animée le long d'une voie raboteuse; les visiteuses serrent fort leurs sacs. La porte est ouverte: des sachets sont exposés sur la table avec des étiquettes indiquant le traitement des ulcères, des diabètes, de l'hypertension, des fibromes.
Mais, il n’y a pas la pilule contraceptive que recherche IPS. Sophie, 35 ans – elle n’a pas voulu que son nom de famille soit utilisé – est venue ici pendant six mois pour un contraceptif à base de plantes. Elle affirme qu'elle a pris beaucoup de poids et souffert de graves hémorragies en relation avec le contraceptif injectable qu’elle prenait dans un établissement de santé publique; alors elle s’est tournée vers cette alternative, inconsciente des mises en garde officielles selon lesquelles cela présente de graves problèmes de santé. “J’ai arrêté d'utiliser les pilules conventionnelles de planning familial parce qu’une de mes amies m'a parlé de cette pilule particulière à base de plantes qui ne présente aucun effet secondaire. Je l'ai utilisée pendant une période de six mois sans effets secondaires sauf l’absence de mes règles pendant ce temps”, déclare-t-elle. Mais, les gynécologues ont alerté le 'Pharmacy and Poisons Board' (l’Ordre des pharmaciens) – dont le mandat est d'enquêter sur la composition de tous les médicaments sur le marché kényan – qu'un certain nombre de femmes qui utilisaient des contraceptifs à base de plantes souffraient de graves problèmes. “Ce contraceptif particulier à base de plantes était distribué par une clinique chinoise et l'emballage était en chinois”, indique Dr Joseph Yano, conseiller juridique de l’ordre. “Les effets secondaires signalés par les femmes comprenaient la douleur et l'enflure des jambes. Les enfants de trois ans dont les mères utilisaient cette pilule pendant l'allaitement auraient développé des seins et l'utérus élargis”. Les enquêtes menées par l’ordre ont révélé que ces pilules contenaient des niveaux élevés des hormones levonorgestrel et quinestrol. Yano dit que les lacunes dans le système juridique du pays créent un boulevard permettant aux gens de vendre des médicaments non autorisés comme “remèdes à base de plantes”. La classification des médicaments à base de plantes nécessite une licence d'importation et de distribution délivrée uniquement par le ministère de la Culture, qui n'a aucune capacité de tester les produits. “Notre loi sur la médecine traditionnelle n'a pas envisagé un moment où nous aurions recours à des remèdes à base de plantes importés de l'étranger. Alors, ils entrent par le ministère de la Culture tandis que le ministère de la Santé n'en a aucune idée. En conséquence, toutes sortes de concoctions sont en train d’être amenées dans le pays et vendues sous prétexte d'être des remèdes à base de plantes”, explique Yano. Le professeur Joseph Karanja, un gynécologue obstétricien, indique qu’à cause d’une combinaison de difficultés à accéder au planning familial classique et d’un degré d'ignorance de leur bon usage, beaucoup de femmes au Kenya sont en train d’être exploitées par des personnes sans scrupules qui vendent des alternatives “à base de plantes”. “Certains de ces herboristes ne sont pas qualifiés et leurs déclarations selon lesquelles ils traitent toutes sortes de maladies ne sont réellement fondées sur aucune preuve. Ces gens sont tout simplement en train de faire du désespoir des femmes à éviter une grossesse leur proie et exploitent leur ignorance en se faisant de l'argent. “Les femmes ont besoin de rester loin de ces cliniques parce que ces produits contiennent de fortes doses d'hormones inconnues qui pourraient avoir des effets secondaires très graves”, explique Karanja. Des directeurs prudents Les appels pour une attention au dispensaire de la rue sont sans réponse; un groupe de personnes assises à la porte face à la rue bavardent calmement. Soudain, une voix venant de la rue dit que le médecin de famille est sorti et nous conseille d'appeler le numéro affiché sur le mur. Lorsque IPS a composé le numéro et posé des questions sur la pilule de planning familial à base de plantes, la personne qui a répondu a affirmé précipitamment que la pilule était en rupture de stock et promet de rappeler quand elle sera disponible. Sur ces mots, le téléphone a été coupé. Les gens qui gèrent des dispensaires comme celui-ci sont prudents: selon Sophie, les clientes ne sont pas autorisées à prendre les pilules hors du centre; par contre, elles viennent à la clinique une fois par mois et avalent le comprimé sur place. Un appel utile du directeur leur rappelle la date à laquelle elles doivent venir pour la dose suivante. “Vous avez seulement besoin de prendre une pilule dans un mois et ils vous le rappellent en temps opportun. Elle coûte seulement 200 shillings (environ 2,50 dollars) et personne ne doit jamais savoir ce que vous prenez”, déclare Sophie. “Même votre mari n'aura aucune idée que vous utilisez cette pilule puisque vous ne l’apportez pas à la maison et ne devez pas l’avaler pas tous les jours comme les pilules classiques”. Quant à Sophie, les pilules à base de plantes pour le planning familial ne lui ont causé aucun dommage – elle a arrêté la contraception pour avoir un bébé – et elle entend la reprendre après l'accouchement, puisqu’elle ne veut plus d'enfant. La politique nationale sur la santé propose que des méthodes de planning familial sûres soient facilement disponibles dans les hôpitaux publics à titre gratuit ou à un taux fortement subventionné. La réalité, ce sont des ruptures de stocks incessantes. “Le Kenya connaît de graves ruptures de stocks de contraceptifs parce que l'allocation budgétaire vers le secteur de la santé est faible et celle de la division du planning familial est même plus réduite”, affirme Dr Charles Ochieng, un gynécologue à Marie Stopes, dans la ville orientale de Kisumu. Par conséquent, ajoute-t-il, on dit souvent aux femmes que le contraceptif qu’elles ont choisi n'est pas disponible et elles sont contraintes de chercher une alternative. Il reconnaît que les méthodes conventionnelles de planning familial ont parfois des effets secondaires, et ceux-ci peuvent s’aggraver si l'on ne cesse de changer de méthode. Ochieng dit que c'est l’une des raisons importantes pour lesquelles les femmes se tournent vers des alternatives de composition inconnue. “L'attitude du personnel dans les hôpitaux pourrait être également condamnée. On croit à tort que les femmes qui veulent des méthodes de planning familial sont de mœurs légères et ainsi, elles sont stigmatisées. Cela peut forcer les femmes à solliciter les services des herboristes”.

