ZIMBABWE: Des soins de santé maternelle 'gratuits' trop coûteux pour beaucoup

BULAWAYO, 3 août (IPS) – Pendant que les chefs d’Etat de l'Union africaine examinaient la santé infantile et maternelle lors du sommet de 2010 à Kampala, en Ouganda, l'éternelle question des frais de l'usager faisait son apparition au Zimbabwe.

Les frais de prestation sont en train de créer un écart de plus en plus grand entre la politique et la mise en œuvre des soins de santé maternelle dans ce pays d'Afrique australe.

Dans le cadre de la politique du gouvernement, les femmes enceintes, les nouvelles mères et les nourrissons reçoivent gratuitement des soins. Mais la rapide chute économique du pays dans la décennie passée a obligé les établissements de santé à réunir leurs propres recettes pour couvrir les frais.

Les femmes se plaignent parce qu’on leur refuse l'accès à la santé à cause de l’incapacité à réunir les fais de maternité et d'autres frais d'hospitalisation. Thandeka Mbewe, une nouvelle mère, affirme qu'elle a connu tous ces problèmes, et se demande si elle ne doit pas revenir sur sa décision de faire un autre enfant.

Mbewe, 25 ans, n'avait pas l'argent nécessaire pour payer les frais d'hospitalisation, ou même une ambulance pour l’amener au centre de santé. Un mois après l'accouchement, elle n'a toujours pas réussi à réunir les fonds nécessaires pour payer les factures d'hôpital.

“Ça a été pourtant difficile d’avoir ce bébé”, a déclaré Mbewe, bouleversée.

Des frais trop élevés pour beaucoup Les futures mères sont tenues de payer 50 dollars US de frais d’hospitalisation dans les cliniques et les hôpitaux publics, mais cela équivaut à environ un tiers du salaire mensuel d'un fonctionnaire de rang inférieur, un montant que beaucoup ne peuvent pas réunir ici.

Dans certains cas, les responsables disent aux nouvelles mères qu'elles ne peuvent pas quitter l'hôpital tant qu'elles n’ont pas réglé leurs factures; les femmes ont répondu en faisant sortir clandestinement leurs bébés de l'hôpital – une mère à Gweru a caché son nouveau-né sous une veste lourde et s’est échappée de la salle.

Ailleurs, les mères qui n’arrivent pas à payer leurs frais sont privées des documents nécessaires pour obtenir les actes de naissance de leurs nouveau-nés.

“Nos enfants ne peuvent pas devenir des citoyens à part entière de ce pays sans que nous ne payions. C'est tellement injuste”, s'est plainte Mbewe, exprimant ce qui est devenu un important sujet de discussion ici.

Des mères comme Mbewe disent que tant qu'elles ne trouvent pas l'argent pour payer les frais non acquittés, elles ne peuvent pas obtenir des soins pour leurs nouveau-nés.

“Les infirmières du centre de santé ont refusé de s'occuper de l'enfant pour le contrôle obligatoire de deux semaines”, a raconté Mbewe à IPS.

Des objectifs de développement menacés Selon une évaluation réalisée en 2009 des progrès vers la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement sur la santé maternelle et infantile par le ministère de la Santé et du Bien-être de l'enfant, entre 1999 et 2006, le taux de mortalité infantile a baissé, passant de 65 décès pour 1.000 naissances vivantes à 60, mais cela est toujours en deçà de l’objectif de 22 décès pour 1.000 naissances vivantes voulu par le pays.

Les agents de santé annoncent que des progrès seront ralentis si l’on insiste que les mères défaillantes paient la totalité des frais avant que leurs enfants ne reçoivent les soins nécessaires.

“Maintenant j’ai même peur d'aller au centre de santé quand j’aurai l'argent puisque les infirmières me demanderont pourquoi je gardais l'enfant alors que ce sont elles qui en premier lieu lui ont refusé le traitement”, a confié Mbewe.

Au milieu des inquiétudes croissantes concernant la mauvaise qualité de la fourniture des soins prénatals et post-natals, les sages-femmes ont fait pression sur le gouvernement pour qu'il supprime complètement les frais de maternité.

“Bon nombre de mères nous accusent, nous infirmières, de leur priver le droit à la santé pour leurs enfants”, a déclaré Ntandokayise Ndebele, une sage-femme travaillant dans un centre de santé municipal dans l'une des banlieues fortement peuplées de la ville. “Mais nous recevons nos instructions du conseil municipal pour les faire payer. Dans le passé, beaucoup ont disparu après avoir été traitées”.

Vers des alternatives dangereuses Le coût des services de santé publique a stimulé la prolifération des marchands de la médecine traditionnelle.

“Si les mères ne parviennent pas à accéder aux soins de santé formels, elles chercheront des femmes plus âgées qui prétendent connaître des plantes qui peuvent soigner les nourrissons. Mais cela ne marche pas toujours puisque les nourrissons sont ainsi exposés à des conditions inutiles très dangereuses”, a expliqué Hilda Noko, une infirmière en chef travaillant au Conseil municipal de Bulawayo.

Le marché des plantes est très visible à la gare routière (Bus Station) de la ville de Renkini et dans la plus vieille banlieue de Makokoba.

Ici, les hommes et les femmes, qui prétendent être des herboristes certifiés, vendent des plantes qui selon eux peuvent traiter une variété de maladies infantiles ou simplement “fortifier” l'enfant.

De fortes réductions des dépenses sociales imposées par les programmes d'ajustement structurel dans les années 1990 ont gravement touché le système de santé publique du Zimbabwe tout en ne parvenant pas à rétablir la santé de l'économie, quand bien même le pays est loin d'être le seul à exiger des frais de prestation dans les centres de santé publique.

Avec un peu d'aide des bailleurs internationaux, les gouvernements africains, y compris la Sierra Leone – qui en 2010 a introduit la gratuité des soins de santé pour les femmes enceintes, les nouvelles mères et les enfants de moins de cinq ans – sont en train d’explorer des moyens pour supprimer les frais de prestation dans les centres de santé publique.