RD CONGO: Des dames en guerre contre les violences sexuelles

BUKAVU, 4 août (IPS) – Depuis plus de 11 ans, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité sont commis en République démocratique du Congo (RDC). Déjà, en avril 2007, l'organisation non gouvernementale 'International (ONG) Rescue Committee' (IRC) estimait à quelque 5,4 millions le nombre de morts.

Selon l’IRC, les maladies et la malnutrition portent ce chiffre à plus de sept millions. Mais, des femmes s’engagent à soulager et protéger les victimes des violences dans le Sud-Kivu, dans l’est de la RDC. IPS a rencontré certaines de ces dames sur le terrain, les unes travaillant pour les Nations Unies, les autres pour des ONG locales ou internationales. L’envoyée spéciale de l’Organisation des Nations Unies pour les violences faites aux femmes et enfants en zones de conflits, Margot Wallstrom, a séjourné en RDC en avril 2010. Elle a qualifié ce pays de capitale mondiale du viol. «Les lois pour protéger les victimes ne sont pas suffisamment appliquées. Plus de 1.200 femmes ont été violées pendant le seul premier trimestre de 2010», a-t-elle déploré, toute indignée. La coordinatrice nationale de 'Search for Common Ground' (SFCG), Lena Slachmuijlder, privilégie les contacts directs avec la population. «En dehors du défoulement des spectateurs, le théâtre populaire éveille la conscience. Nous mettons l’accent sur la concorde sociale pour la promotion de la paix», explique à IPS, cette Américaine responsable de cette organisation internationale qui travaille en RDC depuis 2001.

Pour Slachmuijlder, le cinéma mobile en plein air dans les campagnes est aussi un bon support de sensibilisation. Des documentaires basés sur les témoignages des violences sexuelles et de leurs effets dans les communautés, sont suivis de commentaires. Ils permettent aux jeunes, aux couples et aux politico-militaires de faire des débats plus approfondis en petits groupes.

SFCG s’associe au ministère de l’Eglise du christ au Congo pour les réfugiés et les urgences (ECC–MERU) pour rencontrer les militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) dans le programme 'lobi mokolo ya sika' (demain un jour meilleur, en lingala). «Civils et militaires cultivent et récoltent ensemble à Luvungi dans le territoire d’Uvira, et à Nyamunyunyi dans celui de Kabare», souligne Dismas Kyanza, directeur de MERU. «Nous avons déjà formé quatre brigades des FARDC sur la lutte contre l'impunité par le monitoring des violations des droits de l'Homme par les militaires», se réjouit Slachmuijlder.

Solange Mer, la présidente d’Action pour enfants oubliés (APEO), prend en charge 327 femmes et filles victimes de violences sexuelles, ainsi que 520 enfants en détresse sur le plan psychologique et médical dans les hôpitaux de Panzi, à Bukavu, et de Walungu, à quelque 50 kilomètres de la capitale de la province du Sud-Kivu. Cette dame vivant en France rapporte à IPS que son ONG a ouvert également des centres d’hébergement pour environ 100 enfants victimes de guerre, des orphelins abandonnés suite aux conflits à répétition. Elle arrive trois à quatre fois par an au Sud-Kivu pour le suivi et l’évaluation de ses activités. Christine Deschryver, coordinatrice de l’ONG V-Day, prend en charge des milliers de femmes violées dans les milieux ruraux où elle a grandi. De père belge et de mère congolaise, elle ne quitte pas le Kivu pour aller vivre tranquillement en Europe. Elle ne mâche pas ses mots à IPS. «Les gens n’appartiennent pas à la couleur de leur peau, mais à l’endroit où ils vivent… Je suis souvent dans des lieux où beaucoup ne peuvent se permettre d’arriver», dit-elle. «Quelle reconstruction peut-on espérer d’un pays qui oublie ses femmes, ses mères et ses filles? Un pays sali et inondé d’enfants de la honte et de la souffrance. Faisons tous quelque chose», demande Deschryver, de V-day – qui lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux filles. Mathilde Muhindo, du Centre Olame, se préoccupe de l'amélioration des conditions de vie socio-économiques des familles paysannes dans l'archidiocèse de Bukavu. «Les bénéficiaires doivent participer en couple. Cependant, les femmes victimes de violences sexuelles, les veuves de guerres et jeunes mères célibataires ont un statut particulier», explique cette femme 'engagée' et ancienne députée qui privilégie l’approche basée sur le genre dans le développement. Elle est lauréate du prix des défenseurs des droits humains. Elle a été primée en 2008 par 'Human Rights Watch', avec quatre autres personnalités du monde. La secrétaire exécutive du Réseau des femmes pour la défense des droits et de la paix (RFDP), Vénantie Bisimwa Nabintu, a été plébiscitée, en février 2010, docteur honoris causa de l’Université catholique de Louvain pour avoir dénoncé et enquêté sur les abus sexuels subis par les femmes du Sud-Kivu depuis 1996. «Les femmes instruites ou non doivent prendre conscience de leurs droits et intérêts, s’associer et se doter des cadres d’expression pour défendre (ces femmes) en vue d’améliorer leurs conditions sociales et prendre une part active dans les instances de prise des décisions», déclare à IPS, Nabintu qui fait du self défense et dispose de son dojo où elle entraîne des femmes. «Différentes techniques de combat peuvent dissuader d’éventuels violeurs», affirme cette activiste des droits humains. Sur le terrain, le RFDP ne cesse d’ouvrir, dans les campagnes, des comités d’alerte pour la paix qui sont des structures des femmes à la base pour des actions de prévention et de réponse aux violences sexuelles basées sur le genre. De son côté, l’Association des femmes juristes du Congo (AFEJUCO) dispose de centres juridiques et défend gratuitement les victimes des violences sexuelles à Bukavu et dans ses périphéries. Sa secrétaire générale, Julienne Mushagalusa, explique à IPS que la lutte contre les violences sexuelles se heurte à des difficultés et résistances. «Les bourreaux sont aux abois. Les victimes connaissent des menaces verbales, des intimidations, des bastonnades, la privation de la liberté de circuler, des blocages d’accès aux moyens de survie à des tentatives d’assassinats. Cela exige donc du courage, un certain sens d’abnégation et un soutien familial éprouvé», souligne-t-elle. Pour sa part, Honorine Munyole, une femme major de la police de protection de l’enfant, s’occupe de la lutte contre les violences faites aux femmes et aux mineures au Sud-Kivu. Beaucoup d’hommes redoutent sa connaissance du milieu et sa force de caractère. «Cette dame de fer est la défenderesse des filles mineures humiliées, violées ou accusées de sorcellerie», témoigne à IPS, Kindja Mwendanga, une députée qui propose, depuis des mois, au parlement provincial, un projet de loi sur la déclaration – à l’état civil – des enfants oubliés et victimes des turbulences des guerres.