KAMPALA,, 14 mai (IPS) – Le projet de politique et la loi contre la contrefaçon que la Communauté d’Afrique de l’est (EAC) examine actuellement garantiront l'accès aux “vrais” médicaments génériques et non aux médicaments contrefaits.
Telle est la déclaration de Juma Mwapachu, secrétaire général de l’ EAC, en défense d’une politique reprochée de bloquer des médicaments génériques abordables et légitimes.
“Des activistes sociaux qui se font appeler la société civile devraient constater cela”, prévient Mwapachu.
Dans cet entretien accordé à Wambi Michael de IPS, il se plaint aussi du fait que les militants de la société civile s’emparent du projet de politique, et admet qu’il trouve les médicaments génériques “confus”.
Q: L’EAC est en train d'adopter une politique et une loi contre les produits contrefaits. Pourquoi avons-nous besoin d’une telle loi? R: Les produits contrefaits constituent une grande menace à maints égards, le principal étant la santé de notre peuple. Nous avons des conteneurs au Kenya et en Tanzanie prétendument remplis de médicaments anti-paludéens, alors qu'en fait il n'y a rien. En Tanzanie, ils ont dit que c'était metakelfin (ce n'était pas cela). C’était une sorte de craie.
Au Kenya, c’était [le calmant] panadol extra [qui], lorsqu'il a été envoyé à l'Institution de recherche médicale du Kenya, [s’est révélé] être de la craie.
Les produits contrefaits, si nous n'y prenons pas garde, donneront un coup mortel à notre peuple. Je veux vraiment que les gens d'Afrique de l’est [sachent cela], notamment les activistes sociaux qui se font appeler la société civile et tentent de s'opposer à cette loi que nous essayons d’amener au niveau de l’EAC, déclarant que les médicaments génériques vont être arrêtés à cause de cette loi contre les produits contrefaits.
La loi sur les produits contrefaits fera en sorte que nous obtenions des médicaments génériques, y compris des ARV (antirétroviraux) génériques, mais [nous aurons] de vrais médicaments génériques et non ce genre de metakelfin et de panadol extra qui n’est que de la craie et qui finit par détruire la vie des gens d'Afrique de l’est.
Deuxièmement, ces produits contrefaits sont frappés d’impôts très bas aux ports de Mombasa et de Dar es Salaam. Il y a sous-déclaration et par conséquent nos gouvernements sont en train de perdre beaucoup de recettes. Telles sont les deux questions principales que les gens en Afrique de l'est devraient comprendre.
Q: Le problème est que la loi est rédigée de telle manière qu'elle saperait l'accès aux médicaments génériques consommés par plus de 90 pour cent des malades en Afrique de l’est.
R: Permettez-moi d’abord de vous dire qu'à cause de la menace des produits contrefaits, nous estimons que notre région perd 600 milliards de dollars par an du fait des produits contrefaits.
Q: Ce chiffre repose-t-il sur des faits scientifiques? R: Tout à fait. Nous avons pris un cabinet d'avocats du Kenya pour faire de la recherche dans tous les cinq Etats-membres. Il a même fait des exercices de validation pour établir la nature colossale du problème des produits contrefaits. Puis nous sommes parvenus à un document de politique.
Q: S’agit-il de la politique du projet de loi d’Afrique de l’est contre les produits contrefaits? R: Exactement. Et chacun des Etats-membres est en train d’initier différents types de lois. Certains ont [en place] une loi quelconque mais aucune de ces lois n’est suffisamment solide pour vraiment contrer cet énorme problème. Et vous devez comprendre que les produits contrefaits traversent les frontières.
Quelqu'un importe ce qu’on appelle metakelfin en Tanzanie et le réexporte vers le Burundi ou le Rwanda. Donc, ils sont en train de transférer le problème et nous devons le régler avec une loi régionale. Nous examinons maintenant le projet de loi. Nous ne l'avons pas finalisé.
Certaines de ces choses que j'ai lues dans les journaux selon lesquelles nous essayons de combattre les médicaments génériques, je n’en connais pas la source parce que ce projet de loi n'a pas été examiné par notre Conseil des ministres et n'a pas été déposé devant notre parlement.
Q: Mais le même projet de loi a été distribué par les consultants actuels que vous avez engagés. Comment se fait-il que vous ne l'ayez pas vu? R: Très bien. Mais il y a l'assemblée législative et les procureurs généraux d’Afrique de l’est ainsi que nos ministres de la Justice qui n'ont pas parcouru ce projet de loi. Elles parcourront ce projet de loi pour voir si les dispositions affecteront quelque part l'importation des ARV génériques ou de tout autre médicament.
Mais [ce que] les militants sociaux ne vous disent pas, c’est de savoir si les ARV génériques contrefaits ont la puissance.
Q: Ils sont en réalité opposés aux médicaments contrefaits ou de qualité inférieure. Ils disent que le projet de politique semble confondre les questions de l’application de la propriété intellectuelle avec la qualité.
R: Le mot “générique” est confus. Nous l'avons vu dans le cas des médicaments contre le paludisme dans la région. Pourquoi devrait-il exister des ARV génériques qui ont seulement deux à 10 pour cent de puissance? Vous ne guérirez pas vos populations.

