ENVIRONNEMENT-TANZANIE: L'avenir en suspens de 65.000 éleveurs Masaï

DAR-ES-SALAAM, 13 mai (IPS) – Dans le nord de la Tanzanie, les jours des Masaï, une célèbre tribu d’éleveurs, qui vivent dans la zone du cratère du Ngorongoro, sont comptés.

Suite aux pressions de l’UNESCO de retirer ce site du Patrimoine mondial de l’Humanité, certains parlementaires tanzaniens veulent voir tous les Masaï loin de la zone du cratère de ce volcan éteint et inactif, avant la fin de l’année.

L’avenir des Masaï dans la zone semble n’être qu’une question de semaines ou de mois, après la visite récente, en avril dernier, de parlementaires voulant leur départ de la Zone de conservation du cratère Ngorongoro (NCCA). Cette visite fait suite à l’avertissement adressé en 2009 par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, les sciences et la culture (UNESCO) à la zone de conservation : elle pourrait retirer le cratère Ngorongoro de sa prestigieuse liste des sites figurant au Patrimoine mondial de l’Humanité, à laquelle il appartient depuis 1979. La raison : trop de touristes mais surtout trop d’éleveurs masaï au sein du cratère, ce qui menace fortement l’écosystème. L’environnement de la NCCA supporterait 25.000 habitants, sans trop de détérioration. Mais s’il y a 50 ans, quelque 8.000 Masaï vivaient dans la zone, ils sont actuellement environ 65.000 éleveurs établis dans l’enceinte du cratère, soit huit fois plus. Le gouvernement tanzanien estime qu’il est vital que le cratère de Ngorongoro, haut lieu du tourisme national, conserve son label de patrimoine mondial. La ministre du Tourisme, Shamsa Mwangunga, déclare : «Si l’UNESCO retire la Zone de conservation de la liste du Patrimoine mondial, aucun touriste ne viendra visiter la région; c’est pourquoi il est essentiel de suivre ses recommandations». Le gouvernement a donc pressé les autorités de la NCCA de réduire le nombre de véhicules de safari au sein du cratère. En haute saison, plus de 400 véhicules 4×4 circuleraient chaque jour dans le Ngorongoro, transportant des touristes en quête d’animaux à photographier. Mais, ce sont les éleveurs masaï qui sont clairement dans le viseur de l’UNESCO. «L’augmentation des activités humaines est incompatible avec les intérêts de conservation du cratère», a indiqué l’UNESCO au ministère tanzanien du Tourisme et des Ressources naturelles en 2009. Malgré l’interdiction officieuse d’y vivre formulée il y a déjà plusieurs années par les autorités tanzaniennes, les Masaï sont toujours là. M. Ndugai, député du district Ngorongoro, s’appuie sur l’Acte fondateur de la Zone de conservation de 1959, qui les autorise à vivre là. Pour légaliser leur départ, Ndugai encourage le gouvernement à revoir cette loi et à bien prendre en compte les intérêts de tous les habitants pour les délocalisations. Les Masaï peuplent historiquement la zone; ils y cultivent et élèvent du bétail. Raphaël Chegeni, un autre député du même district, est favorable à l’expulsion des Masaï. «Cette merveille du monde est sous pression. Nous ne pouvons pas continuer à autoriser les Masaï à y vivre, car le prix à payer pour l’environnement est trop fort», dit-il. «Les Masaï vont sans doute crier haut et fort, mais ils doivent être expulsés avant la fin de l’année», ajoute-t-il à IPS.

James Musalika, lui aussi député, rappelle que dans l’histoire du pays, d’autres populations, du côté du lac Victoria et du Mont Kilimandjaro, ont été déplacées, avec succès. «Dans le cas du cratère, les Masaï doivent être déplacés. Cela peut se faire par étapes», propose-t-il. Elisa Mollel, d’origine masaï et députée du district voisin d’Arumeru, prône, pour sa part, la voix du consensus qui arrangerait tout le monde. «Trouvons une approche humaine s’il faut les déplacer, car ce sont des êtres humains et non du bétail», dit-elle à IPS. Metui Oleshaudo, un résident de la zone concernée et président du Conseil pastoralisme du Ngorongoro, une organisation qui défend les intérêts des communautés vivant dans le cratère, rappelle que les Masaï cohabitent depuis longtemps dans cet endroit avec les animaux sauvages. «Les Masaï sont par nature conservateurs. Que le projet veuille les expulser pour protéger les animaux, n’a donc aucune signification», souligne-t-il à IPS. Ce n’est pas la première fois que les Masaï font face à des menaces d’expulsion. Dans l’histoire contemporaine, ils ont déjà été chassés du parc voisin du Serengeti par les colons britanniques en 1959, après de multiples conflits. Ce sont ces mêmes Britanniques qui les ont installés cette année-là dans la Zone de conservation du Ngorongoro. Les expulser reviendrait à les faire passer pour des mal-aimés, plus de 50 ans après ces faits, estiment les défenseurs des Masaï. Les Masaï de Tanzanie peuvent compter sur l’organisation non gouvernementale 'Survival' qui défend leurs intérêts depuis 1993. L’ONG rappelle sur son site Internet www.survivalfrance.org: «Depuis la période coloniale, la plupart des terres masaï ont été accaparées au profit de fermiers et de domaines privés, de projets gouvernementaux ou de parcs consacrés à la vie sauvage. La majorité des Masaï, à qui trop peu de terres ou les plus mauvaises ont été laissées, se sont considérablement appauvris». Si leurs intérêts ne pèsent guère face aux pressions de l’UNESCO, les Masaï se consoleront avec la mise en garde adressée par l’institution aux promoteurs des constructions d’hôtels de luxe sur les bords du cratère.