LILONGWE, 2 mars (IPS) – A pareil moment l’année dernière, Mkanda avait enregistré 14 cas de cholera pendant que les pluies tombaient sur le centre du Malawi. Cette année, aucun cas de choléra n’a été signalé dans la région.
“Il y a eu une réduction de la défécation en plein air. Les gens de Mkanda ont totalement adopté l’approche de l’Assainissement totale dirigé par la communauté (CLTS), à travers laquelle ils sont en train de décourager la pratique courante de la défécation en plein air”, affirme Thomas Mchipha, coordinateur de l’eau, de l’assainissement, de la santé et de l’environnement pour le district de Mchinji.
Le CLTS est une initiative permettant aux habitants de se réunir et de construire des latrines à fosse en utilisant des matériaux localement disponibles comme l'herbe et l'argile. Les communautés fixent également des règlements qui sont utilisés pour assurer que les gens adhèrent à l'utilisation des latrines.
Mchipha explique que les communautés ont pu se rendre compte que la défécation en plein air entraîne la propagation des maladies d'origine hydrique comme la diarrhée, le choléra et la dysenterie.
Au Malawi, la diarrhée constitue l'une des trois principales maladies mortelles chez les enfants de moins de cinq ans, avec le paludisme et les infections respiratoires. Selon les statistiques nationales du ministère de la Santé, 25 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent d'un épisode de diarrhée toutes les deux semaines au Malawi.
Mchipa déclare que le CLTS a été introduit dans la communauté de Mkanda en 2008 par les agents de l'Etat chargés de la vulgarisation de la santé après son introduction dans le pays par Dr Kamal Kar, un consultant en développement venu de l'Inde.
“Le CLTS a été initié au Bangladesh où il aurait eu un grand succès. Le gouvernement du Malawi s’est intéressé et a invité Dr Kar à former les agents de vulgarisation. Je fais partie de ceux qui ont été formés”, raconte-t-il.
Mchipha explique que les communautés sont encouragées à utiliser les matériaux localement disponibles pour construire des latrines à fosse afin de réduire les coûts.
“Cela assurera à long terme la durabilité, puisque les communautés ne sont pas tenues de dépendre de l'assistance financière du gouvernement ou des organismes d’aide. Elles peuvent facilement construire des latrines avec des matériaux trouvés localement sur lesquels elles ne sont pas obligées de dépenser de l'argent”.
Déféquer en plein air, surtout dans la brousse, a longtemps été une pratique courante dans les zones rurales du Malawi. Beaucoup de gens voient la construction des toilettes comme un luxe dont ils peuvent se passer dans ce pays pauvre où jusqu'à 60 pour cent de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté d’un dollar par jour.
“Même maintenant vous voyez que beaucoup d'hommes dans le pays ont l’habitude d’aller au bord de la route ou sous un arbre pour uriner. Certains sortent même des voitures seulement pour uriner au bord de la route. Mais pour les habitants de Mkanda, ce genre de pratique est mal vu”, raconte Mchipha.
Une équipe de surveillance de quartier, comprenant à la fois des enfants et des adultes, fait des patrouilles dans le quartier de Mkanda pour s'assurer que personne ne défèque en plein air. Des dirigeants naturels – qui ont montré un enthousiasme particulier pour le concept au cours des séances de formation organisées par des agents de vulgarisation – sont chargés de coordonner les efforts.
“Pendant les patrouilles, nous sommes armés de lance-pierres dont nous nous servons pour lancer des pierres à toute personne surprise en train de déféquer en plein air”, a déclaré à IPS, Ganizo Kalaya, un habitant de Mkanda.
Kalaya explique que des enfants sont engagés dans la surveillance du quartier parce qu’ils sont généralement honnêtes et n'hésitent pas à partager des informations sur les personnes qui continuent de déféquer en plein air. Une réunion d'urgence, poursuit-il, est convoquée si la patrouille découvre des matières fécales dans les jardins ou les buissons du village et le quartier tout entier est réprimandé et tenu de révéler le coupable.
“Cela devient embarrassant pour les villageois de passer par une telle dure épreuve, ainsi la pratique de la défécation en plein air devient un événement très rare”, indique Kalaya.
Depuis, le quartier de Mkanda est déclaré “exempt de défécation en plein air” par la commission du district de Mchinji et est en train d’être utilisé comme un modèle pour l'approche du CLTS dans le pays.
Ce concept, qui est en train d’être développé par les assemblées locales, a été également adopté dans neuf des 28 districts du Malawi. Plan International, WaterAid et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) apportent un appui financier dans l'expansion du CLTS dans tout le pays. Le concept serait en train d'être utilisé dans plus de 20 pays en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique latine.
Le Rapport 2008 du gouvernement du Malawi sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) montre que le pourcentage de ménages disposant d'un accès amélioré à l'assainissement au Malawi a augmenté, passant de 72 pour cent en 1990 à 88 pour cent en 2006.
“C’est signe que le pays est en train de faire de bons progrès vers la réalisation d’un accès amélioré à un bel assainissement”, indique le rapport sur les OMD.
Le rapport indique également que le Malawi, comparativement à bon nombre d'autres pays subsahariens, a un niveau élevé de l'accès aux installations d’assainissement améliorées. Le gouvernement prévoit que 98 pour cent des Malawites auront un assainissement adéquat d'ici à 2015, bien au-dessus de l’objectif de 86 pour cent des OMD, selon le rapport sur les OMD.
Satisfait de cette performance, le ministre des Finances, Ken Kandodo, a pris l’initiative de réduire de 25 pour cent l'allocation de 2009-2010 au ministère en charge de l'Assainissement.
“Le ministère de l'Irrigation et du développement de l'eau est l'un des ministères ayant achevé la mise en œuvre de ses grands projets”, a déclaré Kandodo dans le résumé du budget.
Mais cette initiative peut être prématurée car ces chiffres positifs pour l'eau et l'assainissement ont été contestés.
Une étude réalisée par l'Institut international pour l'environnement et le développement (IIED) a constaté que seulement moins de 10 pour cent de la population des grandes villes de Blantyre et de Lilongwe vivent dans des maisons reliées au système d’égouts. Les habitants des installations informelles où vivent près des deux tiers des Malawites urbains ont déclaré à IPS qu'ils ont vu peu de signes des progrès prétendus par le gouvernement.
Kandodo a dû promettre de l'argent pour construire 798 unités d'assainissement et d'hygiène en puisant dans le budget actuel.
Avec la récession mondiale affectant l'appui des donateurs et la sécheresse menaçant les recettes nationales, le CLTS peut jouer un rôle important dans le soutien des progrès vers un assainissement amélioré pour les communautés rurales et urbaines pauvres.

