MBABANE, 3 mars (IPS) – Tous les mardis, vous trouverez Precious Dlamini, 70 ans, sous un arbre, prenant le poids des enfants et des bébés de sa communauté locale pendant qu’elle contrôle leur santé et leur alimentation.
Elle n’a peut-être aucune qualification officielle pour le faire, mais Dlamini, une enseignante à la retraite, consacre une grande partie de son temps à s'occuper des enfants orphelins dans sa communauté et à éduquer les gens sur un mode de vie sain. Elle n’est qu’un des milliers de travailleurs sociaux qui n'ont aucune formation formelle mais qui s’occupent de la population croissante des séropositifs du pays (le Swaziland a le taux d'infection le plus élevé au monde – près de 26 pour cent de la population âgée de 15 à 49 ans est séropositive).
Mais ça commence à changer.
Dlamini fait partie de 122 étudiants au Swaziland qui étudient pour obtenir un diplôme dans le cadre du Programme travailler avec des enfants, des familles et des communautés (PWCFC) en collaboration avec l'Université du KwaZulu-Natal (UKZN) d’Afrique du Sud.
Le programme est dirigé en partenariat avec le Centre Africain pour l’enfance (ACC) de l’UKZN, l'Organisation des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Initiative régionale de soutien psychosocial, une organisation qui fournit le leadership, l'assistance technique de qualité et des connaissances en soins psychosociaux pour les enfants et les jeunes dans les communautés touchées par le VIH/SIDA.
Ce programme de cours à distance forme les travailleurs sociaux et leur fait comprendre les besoins affectifs, physiques, psychologiques, spirituels et éducationnels des enfants touchés par le VIH/SIDA et la pauvreté. Dlamini attend avec impatience de recevoir son deuxième diplôme académique.
“Je ne peux pas attendre mon diplôme en avril”, a déclaré Dlamini. “Ce certificat (PWCFC) complétera mon diplôme en éducation”.
Dlamini est un motivateur de santé rurale – quelqu'un qui éduque les gens sur un mode de vie sain dans une communauté.
Elle est l'un des 12.000 travailleurs sociaux au Swaziland dont 5.000 sont employés par le gouvernement et le reste par des organisations non gouvernementales. Alors que la plupart se concentrent sur leurs efforts à aider la grande portion des adultes séropositifs, un nombre croissant de travailleurs sociaux travaillent maintenant avec les enfants.
Tandis que 26 pour cent de la population adulte du Swaziland est infectée par le VIH, le Conseil national d'intervention d'urgence sur le VIH/SIDA estime que 15.000 enfants vivent avec le virus.
La plupart de ces travailleurs sociaux n'ont aucune formation formelle à l’exception de quelques brefs cours sur la prise en charge des malades.
Selon Makhosazana Mabuza, le spécialiste de l’appui psychosocial à l'Unité de coordination nationale de l'enfance, une structure du gouvernement, ce programme est global dans son approche.
“Auparavant, les travailleurs se concentraient sur les besoins physiques des enfants tels que l’alimentation et l’abri et ont ignoré tous les autres besoins des enfants comme leur développement affectif et physique”, a déclaré Mabuza.
Actuellement, a-t-elle dit, les travailleurs sociaux manquent de cette approche globale en aidant les enfants à faire face à l'impact de la pauvreté et du VIH/SIDA.
Mabuza a déclaré que le programme vise à donner aux travailleurs sociaux la possibilité de comprendre que chaque enfant a ses propres besoins et qu’il doit être traité comme un individu.
Le programme comporte six modules, notamment les droits de l'Homme et la protection des enfants; le développement des enfants et des jeunes; et un projet d'apprentissage de service.
Pour le dernier module, les étudiants doivent être attachés à une organisation humanitaire pour mettre en pratique ce qu'ils ont appris dans les cinq autres modules.
“Le module sur le développement des enfants et des jeunes m'a vraiment aidée à comprendre les besoins affectifs des adolescents et cela est encore plus approprié pour les orphelins et enfants vulnérables”, a souligné Dlamini.
Quand elle fait des visites à domicile, Dlamini est désormais plus ouverte d'esprit. Elle a fait savoir qu'elle demande non seulement si les enfants orphelins ont de la nourriture ou s’ils vont à l'école, mais qu’elle obtient également les détails intimes sur leur développement.
Dlamini a déclaré qu'elle est maintenant une personne qui écoute mieux parce que le module sur les droits humains lui a enseigné que 'c'est du droit d’un enfant d'être entendu'.
Mduduzi Shongwe, responsable de Programme de protection de l'enfance de l’UNICEF-Swaziland a affirmé que le PWCFC est très approprié pour le pays parce que, malgré l’existence des travailleurs sociaux au niveau national, on ne fait pas assez au niveau communautaire pour aider les populations, surtout les enfants, à faire face aux problèmes psychologiques.
“Il est difficile pour les enfants d'atteindre les travailleurs sociaux nationaux et régionaux toutes les fois qu’ils ont des problèmes parce que ceux-ci (les travailleurs sociaux) sont loin des communautés”, a dit Shongwe.
Mabuza a expliqué que le programme a également formé ceux qui s'occupent des enfants dans leur ligne de travail tels que les policiers et les enseignants.
“Actuellement, nous n'avons pas une qualification en matière de sécurité sociale au niveau supérieur et c'est pourquoi le PWCFC ira rendre autonomes les travailleurs sociaux”, a indiqué Mabuza. “Cependant, l'Université du Swaziland (UNISWA) envisage d'introduire un cours de sécurité sociale au niveau universitaire”.
Dlamini fait partie du premier groupe de 500 participants dans huit pays, y compris le Lesotho, la Namibie, le Zimbabwe, la Zambie, le Malawi, la Tanzanie et l’Ouganda où le programme a été introduit en février dernier.
“Il s'agit d'un programme sponsorisé”, a affirmé Fiona Bulman, le directeur de l’ACC. “Il n'est pas ouvert à toute personne qui formule simplement la demande”. Les candidats ont été désignés par des ONG et le gouvernement et ils ont montré un engagement à travailler avec les enfants.
Dlamini a été sélectionnée pour participer à cette formation à distance à cause de sa participation active à la santé maternelle et infantile.
Selon Shongwe, le PWCFC a eu un succès retentissant dans sa première année au Swaziland.
“Seuls cinq candidats ont abandonné parce qu'ils ont obtenu de meilleures offres d’emploi dans des domaines différents”, a déclaré Shongwe. “Mais nous nous en sommes bien sortis du point de vue de l'engagement des étudiants et de l’amélioration qu’ils montrent en travaillant avec les enfants”.
Les étudiants étudient seuls mais ils se réunissent une fois par mois avec leurs mentors qui sont des enseignants du supérieur venus des établissements d'enseignement supérieur locaux et des ONG. L'UNICEF prend en charge tous les frais de formation et des mentors tandis que les étudiants prennent en charge leur transport.
Des projets sont en cours pour améliorer la formation et en faire un programme universitaire. Bulman a déclaré qu'il faudrait entre deux et trois ans pour préparer les cours et s’organiser pour que les institutions les donnent.
Pendant que le programme passe à sa deuxième année, il y a des discussions autour de son introduction à l'UNISWA.
En attendant, Dlamini aura son diplôme et recevra son deuxième certificat à l'UNISWA en avril.

