AFRIQUE DE L’EST: Améliorer l’accès local au planning familial

KAMPALA, 1 mars (IPS) – Une grave pénurie de personnel médical hautement qualifié constitue l'un des nombreux défis à relever pour fournir des soins de santé au niveau local dans toute l'Afrique. Le transfert de tâches – permettant aux gens moins spécialisés d’assumer certaines fonctions – est une proposition pour surmonter cela, mais il se heurte à une résistance.

En Ouganda, les agents de santé communautaire peuvent être bientôt autorisés à administrer des contraceptifs injectables dans le cadre d’une stratégie orientée vers la satisfaction des besoins de planning familial. Le même plan a été jusque-là rejeté par les institutions médicales du Kenya.

Au Kenya et en Ouganda, des milliers d'infirmiers ou infirmières formés sont soit au chômage ou travaillent dans des secteurs qui n’ont pas de rapport avec leur profession. Les données du gouvernement kényan montrent que le pays a plus de 8.000 infirmiers ou infirmières au chômage – au même moment, le système de santé publique signale un déficit de 44.000 infirmiers ou infirmières.

“Nous sommes préoccupés par le besoin de plus d’agents de santé dans nos établissements de santé”, déclare Dr Francis Kimani, directeur des services médicaux du Kenya, expliquant que les contraintes financières ont conduit à des vacances de postes.

“Mais le gouvernement a mis en œuvre un arrangement appelé Programme de stimulation économique, à travers lequel 4.200 infirmiers et infirmières ont déjà été interviewés et seront employés cette année au plus tard en mars. En janvier, nous avons recruté 400 infirmiers et infirmières et ils seront maintenant affectés à divers postes incessamment”.

Mettre les injections entre les mains d’agents formés? Mais, affirme Kimani, le gouvernement ne permettra pas que les agents communautaires assument une fonction auparavant réservée aux infirmiers et infirmières, malgré la grave pénurie de professionnels formés dans les établissements de santé dans tout le pays.

Kimani estime que permettre à des non professionnels d'administrer des injections contraceptives pourrait compromettre la prestation de service; l'infection par la stérilisation inappropriée est un risque, ne pas pouvoir reconnaître quand le contraceptif est contre-indiqué en est un autre.

Mais selon l’argumentation des organisations non gouvernementales travaillant dans le secteur de la santé, tout indique que la meilleure et la moins coûteuse méthode pour prodiguer efficacement des soins de santé au niveau local est le transfert des tâches aux agents de santé communautaire.

C'est l’information donnée par une étude-pilote réalisée par le secrétariat de la Communauté pour la santé d’Afrique de l'est, du centre et du sud (ECSA-HC) pour savoir si les agents de santé locaux, qui distribuent déjà des préservatifs et des pilules contraceptives, pourraient également donner des injections en toute sécurité.

L’étude-pilote dans le district de Nakasongola en Ouganda a démontré que les agents de santé communautaire formés, encadrés par un professionnel plus hautement formé, peuvent gérer la procédure.

Les résultats correspondent à des essais dans certaines parties de l'Asie. Les premières conclusions d'une étude-pilote similaire en cours dans le district de Tharaka au Kenya montrent des résultats positifs similaires.

L’Ouganda examine le transfert Le directeur des services de santé de l'Ouganda, Dr Kenya-Mugisha Nathan, est réceptif à la proposition.

“En tant que professionnels, nous ne pouvons que prendre une décision fondée sur des preuves. Et les preuves reposent sur les conclusions des recherches. Nous sommes en train d'étudier le rapport de l’ECSA-HC avant de présenter une déclaration de politique à nos décideurs pour la mise en œuvre”, avance Dr Nathan.

Il estime que la formation des agents de santé communautaire sur la façon d'administrer des contraceptifs injectables est précisément la manière d'éviter de compromettre les services. “Quand nous incluons le mot 'formation', cela signifie doter un individu des compétences nécessaires pour effectuer une tâche donnée”, explique-t-il.

Au cas où la pratique est approuvée en Ouganda, les agents de santé communautaire, affirme-t-il, seront surveillés et supervisés à toutes les étapes afin de minimiser les risques d'erreur.

Apprendre par expérience Toutefois, les cadres du gouvernement kenyan fondent leur résistance sur l'expérience qu’ils ont eue dans le passé avec le transfert de tâches dans un domaine similaire.

Les accoucheuses traditionnelles, qui sont les premières personnes appelées pour aider les femmes enceintes rurales et à faible revenu au Kenya, ont reçu une formation pour les aider à identifier les complications précoces et renvoyer ces cas vers des centres de santé mieux équipés et dotés d’un meilleur personnel.

Mais dans plusieurs cas, ces accoucheuses utilisaient plutôt le fait de leur formation pour se présenter comme des médecins qualifiés, choisissant de tenter de faire face aux complications elles-mêmes et mettant les mères et les enfants en grand danger en les orientant, désespérément tard, vers les hôpitaux.

“Tant que nous apprécions le bon travail qui est en train d’être fait par les agents de santé communautaire, nous devons aussi apprendre par expérience”, déclare Dr Josephine Kibaru du ministère de la Santé publique et de l'Assainissement du Kenya. “Nous avons beaucoup fait confiance aux accoucheuses traditionnelles, et en conséquence, elles ont fini par faire courir aux femmes des risques plus grands au lieu de les sauver”.

Elle a toutefois noté que le gouvernement du Kenya reconnaît la communauté comme étant le premier niveau de soins de santé. “Nos ministères de Santé ont mis en place une stratégie communautaire visant à donner des conseils pour la fourniture des services particuliers au niveau communautaire”, dit-elle.

Des cadres de l’ECSA-HC disent qu'ils continueront à plaider pour qu’une législation soit appliquée dans les pays qui la considèrent comme une démarche positive.

“Cela ne signifie pas que nous sommes en train de mettre le Kenya à la touche. Non. Le Kenya est toujours un Etat-membre de l'ECSA, et nous avons plusieurs autres choses que nous faisons ensemble pour améliorer la fourniture de santé dans les pays”, clarifie Dr Odiyo Odongo, le directeur du Programme de santé familiale et de la santé de reproduction de l'ECSA-HC.