ENERGIE-RD CONGO: Peu de gens au Maniema accèdent à l’électricité

KINDU, RD Congo, 2 mars (IPS) – Sur une population estimée à deux millions d’habitants, environ 52.000, soit 2,6 pour cent, ont accès à l’électricité au Maniema, une province située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), confirment des rapports de la direction provinciale de la Société nationale d’électricité (SNEL).

Ce petit nombre d’habitants est généralement connecté au réseau électrique de la SNEL par abonnements personnels à domicile, et est constitué de quelques maisons raccordées aux cabines publiques de fourniture du courant. Les hôpitaux font partie également des quelques privilégiés ayant accès à l’électricité qui est instable et de faible qualité. Le reste de la population habite dans des coins où il n’existe même pas de câbles de desserte. La plus grande partie de la province n’est pas desservie. «Les chiffres donnés par les services techniques de la SNEL ne concernent en fait que la population de Punia, de Kindu et de quelques cités minières de Kalima, les principales villes de la province. Le reste du territoire est totalement plongé dans le noir», affirme Jean Katako, un activiste défenseur des droits socioéconomiques de la population du Maniema. La majorité de la population utilise donc des lampes à pétrole et des bougies pour éclairer leurs maisons. Elle fait la cuisine avec du bois de chauffage ou du charbon. Même les lampadaires sont installés par des privés, l’Etat n’ayant rien prévu pour l’éclairage public. Dina Matenga, habitante de Kindu, indique à IPS que «l’utilisation des lampes à pétrole est très dangereuse. L’année passée, on a connu un malheureux accident. Pendant que ma fille de 12 ans mettait du pétrole dans la lampe, une brusque flamme lui a brûlé tout l’avant-bras. Même les bougies sont aussi dangereuses. Avec nos maisons en bois, elles ont déjà été à la base de plusieurs incendies».

Interrogé par IPS, Dominque Kasongo, chef du réseau de distribution d’électricité de la SNEL à Kindu, reconnaît que «les efforts que déploient les autorités provinciales depuis 2006 demeurent insuffisants pour couvrir les demandes en électricité». Mais en même temps, dit-il, «il y a vieillissement et manque d’entretien des centrales hydroélectriques existantes, dont certaines ont été implantées depuis les années 1950». «Le manque de courant électrique est dû au fait qu’aucun gouvernement ne s’est jamais intéressé au développement de la province», s’indigne Déo Kisubi, tenancier, à Kasongo, d’un petit studio de reproduction de la musique sur bandes cassettes. «Comment peut-on comprendre que les premiers câbles de desserte aient été installés à Kindu, la principale ville de la province, seulement en 2003, alors que la SNEL existait déjà depuis les années 1970?», s’interroge-t-il.

Plus rassurant, Cuma Yafali, ministre provincial des Mines et de l’Energie, souligne que «pour une province qui a longtemps été en proie aux guerres, le changement de la qualité de la vie des citoyens ne peut pas être brusque». Yafali a indiqué à IPS que «depuis trois ans, le gouvernement provincial s’investit pour améliorer les conditions d’accès à l’électricité». Pour Yafali, «le fait que la population ayant accès à l’électricité soit passé de 1,8 en 2005 à 2,6 pour cent à la fin 2009 est une preuve suffisante que le gouvernement travaille à l’amélioration de l’accès de la population à l’électricité». «Même les panneaux solaires installés (en 2009) tout autour de l’aéroport afin de fournir l’énergie pour permettre le fonctionnement permanent des services aéroportuaires et de garantir la sécurité exigée par les règles de l’aviation civile, est une preuve de cet engagement», ajoute Yafali.

Un responsable technique de la Régie des voies aériennes (RVA) à Kindu, qui a requis l’anonymat, a dit à IPS que «même si le nombre d’habitants qui accède désormais à l’électricité au Maniema a augmenté, ce n’est pas le gouvernement provincial du Maniema qui a fait installer ces panneaux et que ceux-ci ont été mis en place par une entreprise privée à la demande de la RVA». La preuve, ajoute-t-il, est que «le service provincial d’impôts demande à la RVA de payer des taxes pour ces panneaux». Le ministère du Transport a instauré une taxe «Go Pass» de 10 dollars pour les vols intérieurs dans le pays et de 50 dollars pour les vols internationaux, en vue d’obtenir des moyens d’entretenir les aéroports. Et c’est sur ces taxes que la RVA, qui est un service public, avait trouvé les moyens de réaliser ces panneaux solaires.

Encore plus critique, Germain Musombo, responsable de l’ONG 'Maniema Libertés', estime qu’«en réalité, on n’a pas besoin de recourir seulement à l’énergie solaire dans une province dotée d’autant des capacités hydrographiques». Il fait notamment allusion aux nombreux cours d’eau qui arrosent la région et toute la RDC. Pour Musombo qui est également auteur d’une brochure sur «la problématique de la pauvreté au Maniema», «avec un peu de bonne volonté, toute la province peut être desservie en électricité puisque la SNEL dispose d’un groupe électrogène capable d’alimenter toute la ville de Kindu. Mais la Congolaise des hydrocarbures (COHYDRO), entreprise publique de commercialisation de carburant, n’a presque jamais de carburant à fournir à la SNEL». «Pour faire arriver du carburant au Maniema, il faut recourir aux services des privés qui ont des avions. Il n’existe pas de pipelines ni d’autres moyens appropriés pour transporter les produits pétroliers d’une province donnée vers le Maniema. L’enclavement de la province est la seule explication à cette pénurie en carburant», explique à IPS, Nestor Kabwa, un des gestionnaires de la COHYDRO.

Doutant de l’engagement du gouvernement provincial, Georges Kitima, mécanicien soudeur dans un petit atelier situé sur l’avenue Mobutu à Kindu, se rappelle que «c’est tous les jours que nos ministres donnent des chiffres, essayant de rassurer la population», mais que «cela ne soulage pas les difficultés que nous avons au quotidien parce que nous ne pouvons pas travailler sans électricité». Kitima ne comprend pas le fait que «même Kindu, qui est la principale ville où sont installées les principales institutions de la province, soit à plus de 70 pour cent plongée dans le noir. Personne ne peut avoir accès à l’électricité pendant plus de 10 heures par jour à Kindu et c’est souvent la nuit, quand on ne peut plus travailler, que cette électricité est fournie», affirme-t-il à IPS.

«L’absence du courant pénalise aussi les hommes d’affaires», explique à IPS, Carol Akilimali, propriétaire de 'Karibu Hotel', une petite auberge à Kindu. «L’exploitation de l’auberge est coûteuse à cause du fait qu’on doit faire fonctionner un générateur lorsqu’il y a coupure d’électricité. Je peux consommer 15 litres de carburant par jour, pour un litre qui coûte quatre dollars US».