AFRIQUE AUSTRALE: Se préparer à la saison des inondations

BULAWAYO, 27 fév (IPS) – L’Afrique australe est en train d’entrer dans la saison des inondations. La Croix-Rouge a défié les gouvernements et les décideurs d’adopter une approche plus préventive à la gestion des catastrophes – quelles sont les mesures prises?

Les fortes pluies à la fin de janvier dans le basin du fleuve Vaal ont envoyé une crête d’inondation de huit mètres dans le fleuve Orange qui traverse le Lesotho, l’Afrique du Sud et la Namibie. Les eaux de crue ont été signalées plus loin au nord dans le fleuve Okavango.

Dans le bassin du fleuve Zambèze – partagé par huit pays – les communautés se méfient des inondations annuelles et la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) figure parmi les agences qui se préparent à aider partout où besoin sera.

L'année dernière, la Croix-Rouge a publié un rapport intitulé “Alerte rapide, action rapide”. IPS a parlé à Farid Abdulkadir, coordonnateur de la gestion des catastrophes de l’IFRC sur la façon dont les enseignements recueillis dans ce rapport sont en train d’être appliqués pour réduire les risques de décès et l'impact des déplacements à travers la région.

Q: L'année dernière, l’IFRC a annoncé qu’à l’arrivée des inondations, les communautés sont généralement mal préparées pour faire face à la crise. Cela a-t-il changé cette année? R: Il y a eu quelques changements cette année. Nous avons travaillé avec les services météorologiques dans les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) pour surveiller les conditions météorologiques et les changements climatiques. C’est beaucoup mieux que l'année dernière parce que nous avons pu voir les inondations venir.

Les rapports que nous recevons indiquent que cette année El Niño ne verra pas autant (de précipitations) puisque les conditions météorologiques ont changé. Toutefois, nous sommes toujours sur le qui-vive puisque nous recevons des rapports des services météorologiques des pays comme l'Angola et la Namibie sur de possibles inondations.

Q: Quels sont les pays qui ont été touchés? Ces pays peuvent-ils s'attendre à davantage d'inondations dans les semaines et les mois à venir? R: Nous surveillons sept pays qui se situent le long du bassin du fleuve Zambèze où les niveaux d'eau montent, mais cela n'a été nulle part proche des établissements humains; alors, cela atténue quelque peu les effets des inondations. Nous avons cependant des points chauds comme le fleuve Okavango en Namibie que nous surveillons de près comme les eaux montent également là-bas.

Environ deux millions de personnes vivent le long du Zambèze et ce que nous faisons, c’est de nous assurer que les populations sont déplacées des plaines vers les montagnes dans le cadre des efforts d'atténuation des inondations.

Le problème ici est que certaines communautés sont réticentes à quitter leurs habitats traditionnels puisque c'est là qu'elles tirent leurs moyens de subsistance. Par conséquent, elles resteront ou reviendront après la baisse des inondations seulement pour avoir une répétition du même scénario au cours de la saison prochaine. Nous avons ensuite des situations où les gens réagissent aux urgences dont les organismes de secours et parfois les gouvernements auraient été déjà conscients.

Le fait que nous travaillons avec les services météorologiques de la SADC signifie que nous surveillons de près les inondations afin que nous ne soyons pas surpris lorsque celles-ci arrivent.

Q: Parlez-nous davantage de l'initiative du bassin du fleuve Zambèze. Comment cherche-t-elle à aider les communautés qui se situent le long du Zambèze? R: Entre autres choses, l’initiative du bassin du fleuve Zambèze met l’accent sur la mise en œuvre de politique pays-par-pays de telle sorte que les gens se conforment aux lois. Par exemple des lois disent que les gens ne doivent pas vivre le long des rives du fleuve puisque cela met évidemment leur vie en danger.

Nous renforçons également les capacités des populations à être en mesure de vivre en toute sécurité avec les inondations. Cela implique, par exemple, des programmes de sensibilisation constante au cours de la saison des pluies pour permettre aux communautés de surveiller le niveau des eaux. La sensibilisation implique également la notification de la possibilité d'évacuation vers des terrains plus élevés comme il a été dit précédemment, qui, à bien des égards, est (la ligne de conduite) la plus sûre pour les communautés qui se situent sur le passage des inondations.

Q: Comment est-ce que les populations ont-elles été touchées, que ce soit par des déplacements ou par des décès? R: Il n'y a pas eu de victimes connues à ce jour mais il est encore trop tôt de se réjouir parce que les services météorologiques avec lesquels nous travaillons disent que nous pouvons nous attendre à des inondations le long du Zambèze pendant les quatre prochains mois ou environ. Donc, nous ne pouvons pas dire que nous avons franchi la zone de danger des inondations.

Il y a encore du travail à faire. Et en raison de l'imprévisibilité des conditions météorologiques causées par les changements climatiques, comme on le voit à la fois à travers les inondations et la sécheresse dans la région, il faut travailler deux fois plus pendant que nous cherchons à éviter toute catastrophe majeure causée par les inondations.

Q: Quel type d'aide les communautés touchées obtiennent-elles de la Croix-Rouge et d'autres organismes? R: Lorsque les communautés ont été déplacées, nous leur avons fourni des produits chimiques de traitement d'eau, des vivres, des couvertures, des tentes dans certains cas. Nous sommes également à l'affût des catastrophes secondaires comme les accès de maladies d'origine hydrique qui viennent généralement avec les inondations, par exemple le choléra. Donc, nous nous préparons à tout cela, pas seulement aux inondations.

Déjà, il faut dire que nous continuons à lancer des appels de fonds puisque la Croix-Rouge ne peut pas aider tous ceux qui pourraient être affectés par les inondations. Par conséquent, il doit y avoir un effort concerté avec les gouvernements qui jouent également leur rôle en s’assurant que leurs populations sont correctement prises en charge en temps de crise.

Nous sommes à l'affût des cultures endommagées, puisque c'est pour cela que nous nous attendons également à aider avec des paquets de vivres comme les moyens de subsistance sont détruits par les inondations.

Les catastrophes continueront à se produire et nous encourageons la sensibilisation des communautés de telle sorte que les gens soient au courant des effets des changements climatiques sur leur vie.