ADDIS-ABEBA, 26 fév (IPS) – On a toujours craint que l'impact de la récession économique mondiale influe sur le financement de plusieurs domaines de développement. Déjà, plusieurs gouvernements ont réduit leurs budgets pour le VIH et le SIDA et les partenaires financiers bilatéraux et multilatéraux ont fait de même.
La Tanzanie a été le premier à annoncer une réduction budgétaire de 25 pour cent au début de 2009. Le genre, qui reçoit déjà l’allocation budgétaire la plus faible dans la plupart des pays africains, souffrira davantage.
Selon le rapport 2008 sur les 'Progrès des femmes dans le monde' du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), les budgets gouvernementaux constituent la seule plus large source de financement de l'égalité entre les sexes et de l'autonomisation des femmes dans la plupart des pays.
Mais même avec l'aide publique au développement (APD) représentant cinq à 10 pour cent des budgets nationaux, les montants réellement alloués à l'égalité entre les sexes sont négligeables et souvent difficiles à quantifier en raison d'un manque de données ventilées sur le sexe.
Une décennie dans la défense des droits des femmes Ceci a incité la Direction femmes, genre et développement de l'Union africaine (UA) à initier la 'Décennie de la femme africaine' – pour éviter que les questions de genre ne soient pas prises en compte dans les lignes budgétaires des Etats-membres.
“Nous avons examiné la crise financière et avons noté que si nous ne générons pas à nouveau d'attention, nous ne serons pas en mesure d'obtenir un appui financier; nous allons nous perdre, nos budgets vont disparaître au niveau national et nous ne pourrons pas mettre en oeuvre les initiatives”, a déclaré Litha Musyimi-Ogana, directrice de la Direction femmes, genre et développement.
Selon Ogana, la Décennie africaine pour la femme, allant de 2010 à 2020, est aussi un mécanisme pour accélérer la mise en œuvre et la réalisation des objectifs énoncés dans les différents protocoles, déclarations et conventions que l'UA a adoptés. Parmi eux, quatre documents clés – la section 4/L de l'Acte constitutif de l'UA, le protocole de la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, la Déclaration solennelle sur l'égalité entre les sexes et la politique de l'Union africaine sur le genre – ainsi que le Fonds africain pour la femme, définissent “l’architecture entre les sexes” de l’UA.
La Déclaration solennelle invite les Etats-membres à lancer des campagnes pour mettre fin aux violences faites aux femmes et le 30 janvier, l'UA a lancé la Campagne de l’unité africaine pour mettre un terme aux violences faites aux femmes. Conformément à l'article 5 de la Déclaration et du protocole sur les droits des femmes en Afrique, l'UA a donné aux Etats-membres jusqu’à 2020 pour atteindre 50/50 de représentation des femmes et des hommes en politique et dans les prises de décisions.
Mais même avant l’assombrissement de l'agenda sur le genre par les possibles réductions budgétaires, Ogana a déclaré que l’intégration de ces droits dans les politiques des Etats-membres a été un défi pour l'UA.
“Nous voulons utiliser le lancement de la décennie pour pousser les gouvernements à travailler dur sur les questions des femmes; ceux qui n'ont pas ratifié les différents documents à les ratifier; ceux qui les ont déjà ratifiés à mettre de l'argent de côté pour la mise en œuvre”, a expliqué Ogana.
La Décennie de la femme africaine sera lancée le 15 octobre, qui est la Journée mondiale de la femme rurale. Selon Ogana, environ 80 pour cent des femmes des régions rurales d'Afrique devraient bénéficier de travail dans cette décennie.
Expliquer clairement l’égalité Un accent particulier sera mis sur dix domaines. Il s'agit notamment de l'autonomisation économique des femmes, de l’augmentation de l'accès aux terres agricoles, aux intrants agricoles, au crédit, à la technologie, à l’accès au marché et à l'eau pour atteindre la sécurité alimentaire; de l'amélioration de la santé des femmes pour réduire la mortalité maternelle et combattre le VIH/SIDA; ainsi que de la parité en matière de l'éducation à tous les niveaux et dans les processus politique et électoral.
En prévision du lancement, le Fonds africain pour la femme a été annoncé le 2 février au cours de la récente assemblée de l'UA à Addis-Abeba. Ce Fonds vise à soutenir la mise en œuvre des différentes initiatives et des différents protocoles que les pays africains ont déjà ratifiés. Les ressources du fonds devraient aller vers une série d'activités de renforcement de capacités que l'UA envisage d'organiser pour aider les Etats membres à appliquer les droits de la femme sauvegardés dans les différents instruments de politique.
Les principales sources de financement pour le Fonds seront les contributions des Etats et le financement des bailleurs, selon la Division de la communication et de l’information de l’UA.
Les préparatifs pour le lancement de la Décennie de la femme africaine ont commencé en mars 2009. Durant cette période, la Commission de l'UA a consulté les différents réseaux des femmes militantes sur ce qu'ils souhaitent voir se réaliser pendant cette décennie.
“La décennie présente une nouvelle chance pour amener les droits des femmes en Afrique à un niveau plus élevé”, a déclaré à IPS, Roselynn Musa, responsable de l’information et de la documentation du Fonds de développement des femmes africaines. Cette fondation d’octroi de subvention, à but non lucratif, basée à Accra, soutient les organisations qui travaillent dans le sens de l'autonomisation des femmes.
Promesses rompues Un examen de la Plateforme d'action de Beijing (Beijing +15)- fait en novembre 2009, en Afrique – dresse un tableau sombre des pays africains refusant de respecter leurs engagements en matière de l'égalité entre les sexes. Les progrès sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) seront également examinés au cours d'une réunion de haut niveau en septembre cette année et tout indique jusque-là que l'Afrique ne donne pas de bons résultats en matière de l’OMD3 sur la promotion de genre et l'autonomisation des femmes.
Selon Musa, l'Afrique a “atteint un stade où il faut accorder une attention plus grande à la mise en œuvre”.
Dans un entretien par courrier électronique, Bineta Diop, directrice exécutive de 'Femmes Africa Solidarité', a confié à IPS que pour mettre en œuvre les déclarations et les différents instruments, des efforts doivent être faits en matière d'éducation, de santé et de lutte pour mettre fin aux violences faites aux femmes à la base.
“Il est nécessaire de passer de la théorie à la pratique en appliquant tous les instruments et engagements adoptés par l'UA et ainsi pour combler les nombreuses lacunes existantes”, a-t-elle déclaré.
Malgré les promesses de progrès que la décennie pourrait apporter, l'égalité entre les sexes et l'autonomisation des femmes n'étaient pas parmi les priorités que le nouveau président de l'UA, le président du Malawi, Bingu Wa Mutharika, a présentées à l'organe continental pour son mandat de 12 mois. Il a justifié cette exclusion en disant que les questions des femmes seront intégrées dans tous les programmes de l'UA.
“Nous avons des questions de genre dans tous les aspects en matière de sécurité alimentaire, en matière de santé. C'est donc une question transversale et c'est pourquoi nous ne l’avons pas soulevée”, a-t-il expliqué à IPS. “Mais elle est là comme une priorité absolue”.
Mutharika a également déclaré qu'il s’engage à la réalisation des objectifs de la décennie.
“J'ai confiance aux femmes et nous ferons tout pour les soutenir”, a-t-il souligné.

