POLITIQUE-MAURICE: Appel pour plus de femmes candidates

PORT-LOUIS, 24 fév (IPS) – Sandhya Boygah se considère comme une victime de la politique dominée par les hommes. En 2007, son parti, le Parti travailliste au pouvoir, lui a demandé de se retirer pour permettre à un homme de se représenter au poste électif qu'elle voulait.

Après de longues journées de démarchage électorale intense, de pression sur les ministres et même sur le Premier ministre; et après avoir négligé sa famille ainsi que ses enfants, Boygah pensait qu'elle pourrait être désignée au poste de présidente du Conseil de district de Pamplemousses/Rivière du Rempart, dans le nord de Maurice.

“Malheureusement, lorsque le moment est venu, le parti a préféré un homme. Cela m’a vraiment fait mal”, se rappelle-t-elle.

Elle a ajouté qu'elle insistera pour que son parti la désigne comme candidate aux élections de juillet. (A Maurice, le candidat doit être désigné par le leader de son parti politique avant qu’il ne puisse se présenter à une élection. L'alternative est de se présenter comme candidat indépendant.

Cela fait trois ans qu’on a demandé à Boygah de se retirer à cause de son sexe et, malgré les progrès réalisés pour une représentation accrue des femmes dans la politique, il y a trop de lenteur pour certains.

Des organisations de défense des droits affirment que trop peu de femmes sont en train d’être désignées par les leaders des partis politiques comme candidates aux élections locales, régionales et nationales. Parmi les députés, seulement 17 pour cent (12 membres sur 70) sont des femmes, dans les municipalités seulement 11,2 pour cent des politiciens sont des femmes. Et dans les conseils de district, le taux est plus faible, avec seulement 5,2 pour cent de représentation féminine. Toutefois, cela constitue une augmentation par rapport à 2005 où seulement 5,4 pour cent des députés étaient des femmes.

Il y a eu une augmentation des appels pour améliorer la représentation féminine au parlement avant les élections législatives de juillet – au cours desquelles des membres sont élus au parlement par le vote dans plusieurs circonscriptions électorales.

Maurice est actuellement en retard sur la représentation de 30 femmes au parlement d'ici à 2010 qu’elle a acceptée en signant la Déclaration de 2005 de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sur le genre et le développement. Cet accord, n'est cependant pas obligatoire.

Une organisation non gouvernementale locale, les Femmes en réseau (WIN), est en train de faire circuler une pétition appelant à une représentation accrue des femmes au parlement. Elle espère obtenir 50.000 signatures d'ici à la fin de mars lorsque la pétition sera remise aux leaders politiques.

“Nous voulons que les choses changent pour les prochaines élections prévues à la fin de cette année”, a déclaré Paula Atchia, un membre de l’organisation ‘Les Femmes en politique (WIP)’, affiliée à WIN. WIP a demandé à tous les partis politiques de désigner au moins une femme sur les trois candidats dans chacune des 20 circonscriptions électorales de l'île.

Paul Berenger, chef du parti de l'opposition, Mouvement militant mauricien (MMM), a peut-être promis de désigner une femme comme présidente du parlement si son parti arrive au pouvoir au cours des prochaines élections, mais WIP est sceptique.

“Ceci n'est pas notre objectif. Nous voulons une femme sur trois candidats. Faisons-le maintenant”, a dit Atchia.

D'autres militants des droits humains ont appelé à l’introduction d’un système de quota obligatoire. “Sans un quota, nous n’aurons pas assez de femmes comme candidates”, a indiqué le professeur Ameenah Gurib-Fakim, vice-recteur de l'Université de Maurice.

Mais cela peut ne pas se produire pendant un certain temps. Alors qu’une culture conservatrice a été partiellement accusée pour manque de représentation féminine en politique, la constitution du pays constitue également un obstacle au changement.

Maurice demeure l'un des deux pays qui n'ont pas signé le Protocole obligatoire de la SADC sur le genre et le développement – qui engage les pays à œuvrer pour l'objectif de 50 pour cent de femmes aux postes politiques et de prise de décisions d'ici à 2015 – parce qu'il contredit la constitution du pays. Un système de quota contredira la clause dans la constitution qui favorise l'égalité, soulignent les experts.

Nita Deerpalsing Kumaree, une députée du parti au pouvoir, le Parti travailliste, a expliqué que le concept d'égalité entre les sexes dans la constitution signifie qu'un sexe ne peut être privilégié par rapport à l'autre.

“Maurice souscrit à l'égalité entre les sexes et cela a été noté dans l'adoption de la Loi sur l'égalité des chances. Mais certaines des clauses du protocole de la SADC traitent des quotas et lorsque vous avez affaire à la Loi sur l'égalité des chances et une société qui croit en l'égalité, alors les quotas vont simplement contre ce que la nation croit et soutient”, analyse Deerpalsing.

Elle estime que Maurice est un pays souverain avec ses propres lois et que le gouvernement doit être attentif par rapport à la façon dont il interprète les codes internationaux, tels que le protocole de la SADC. Tout accord international signé par Maurice doit être conforme aux lois du pays, précise-t-elle.

“Le problème est légal; donc, il doit être traité de manière légale et ils doivent trouver les écarts pour tenter de résoudre la question. Le processus a déjà commencé mais il prendra du temps pour identifier les écarts parce que la constitution est bonne dans son ensemble”, explique Deerpalsing.

Loga Virahsawmy, le directeur de Gender Links (Bureau francophone de Maurice) est d’accord et ajoute que la constitution doit être préservée.

“Nous avons une très bonne constitution et nous ne pouvons pas la modifier à cause d'un seul article; alors nous n’avons qu’à chercher les moyens de contourner le problème”, recommande Virahsawmy.

Deerpalsing a déclaré que jusqu'à ce que cela soit finalisé, les partis politiques doivent s'engager à proposer plus de femmes à des postes politiques.

“Les principaux partis politiques doivent aligner plus de femmes sur leurs listes – ainsi, le nombre de femmes députées peut augmenter. Dans tout le pays, les femmes ont pris conscience de la faible représentation féminine et elles commencent à s'impliquer dans la politique”, dit-elle.

Virahsawmy a indiqué que les femmes à l'île Maurice veulent se lancer dans la politique et qu’elles ont manifesté leur intérêt à travers leurs différents partis politiques. “Elles commencent à diriger des comités et jouent davantage de rôles de leadership”, déclare Virahsawmy.

Rishy Kumar Choony, ancien président du Conseil de district de Moka-Flacq (est), admet que les femmes ont un rôle important à jouer en politique.

Choony a désigné deux femmes dans son conseil de 12 membres après s'être rendu compte qu'elles étaient capables d'aborder avec succès les problèmes sociaux qui ont affecté son village.

Il a ajouté que beaucoup d'hommes croient encore que la place de la femme est à la maison: “La religion et la culture n'ont pas été non plus très utiles pour faire sortir les femmes de leur domicile”. Il forme actuellement sa fille de 16 ans sur les compétences politiques afin qu’elle puisse prendre sa place un jour.

Dany Marie, membre de 'Rezistans ek Alternativ', un petit mouvement politique, a déclaré qu’il existe encore certains facteurs qui découragent les femmes à s'impliquer dans la politique. L'un de ces facteurs, indique-t-elle, est le fait que la plupart des femmes travaillent dans des secteurs où être actif en politique est contraire à la réglementation du travail.

Elle a ajouté que les femmes travaillent également dans des domaines comme l'industrie manufacturière et les centres d'appel, où les heures sont si longues et irrégulières qu'elles ont peu de temps pour d’autres occupations en dehors du travail et de leurs responsabilités familiales.

Boygah a demandé au Premier ministre Navin Ramgoolam, qui dirige le Parti travailliste, d’offrir 50 pour cent des listes électorales du parti aux femmes aux prochaines élections. “Est-il prêt à jouer à un tel jeu?”, se demande Boygah. *Reportage complémentaire fait par Marshall Patsanza.