ZIMBABWE: Comment réglez-vous le problème des arriérés?

BULAWAYO, 15 fév (IPS) – Confronté à près de six milliards de dollars de dette extérieure, le gouvernement d'union nationale du Zimbabwe envisage de postuler pour l'obtention du statut de Pays pauvre très endetté.

Selon le cabinet du Premier ministre, les 5,7 milliards de dollars dus au Fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale, à la Banque africaine de développement, et à d'autres institutions empêche le pays d'emprunter, de toute urgence, plus d'argent nécessaire pour relancer son économie.

Le ministre des Finances, Tendai Biti, a déclaré que l'adhésion au programme des Pays pauvres très endettés (PPTE) constitue une porte de sortie.

Le programme des PPTE a été lancé en 1996, au moins en partie, comme une réponse aux critiques de la politique économique du FMI et de la Banque mondiale par la société civile. Le programme accorde un allègement des dettes et des prêts à faible intérêt pour annuler ou réduire les remboursements des dettes extérieures.

Pour être considérés pour l'initiative, les pays doivent avoir une charge de dettes insoutenables. Cette assistance s’obtient si les gouvernements nationaux de ces pays réalisent un ensemble d’objectifs de gestion économique et de performance.

“Vous devriez savoir que le Zimbabwe n'est pas un pays pauvre. Il possède de vastes ressources naturelles, mais ces ressources ne peuvent pas être transformées en capital”, explique, Gordon Moyo, le ministre d'Etat au cabinet du Premier ministre.

“Le Zimbabwe devrait élaborer un document de stratégie de réduction de la pauvreté, ce qui est un projet de la façon dont il compte utiliser les ressources qui vont être mises à sa disposition une fois que la dette est annulée”, poursuit Moyo. “C'est la responsabilité du Zimbabwe, ce n'est pas l'imposition de la Banque mondiale, du FMI ou du Club de Paris ou de n’importe quelle autre institution”.

Mais Dr Qhubani Moyo, un analyste des politiques publiques et un activiste, affirme que les problèmes économiques du Zimbabwe ne proviennent pas de ses dettes, mais des sanctions économiques destinées à affaiblir le parti de Robert Mugabe, l’Union nationale africaine du Zimbabwe–Front patriotique (ZANU-PF), qui a régné de 1980 jusqu'à 2008, lorsqu’il a été rejoint dans un gouvernement d'union par deux factions de la formation rivale: Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

“A moins que nous abordions la question des sanctions, nous n’irons nulle part. Nous devons nous assurer que nous lions la question des sanctions au programme des PPTE. Faisons en sorte qu’il y ait la croissance économique dans ce pays en s'engageant dans le commerce – ce commerce peut être fait si les barrières des sanctions sont levées”.

Répondant à la déclaration du ministre – citant l'allègement de la dette et la croissance économique en Ouganda, au Mozambique, en Zambie et au Nigeria –soutenant que l'initiative des PPTE a bien marché pour d'autres pays africains, Qhubani Moyo affirme que les comparaisons sont erronées.

“Si vous pensez qu'il y a une formule pour résoudre les problèmes qui touchent tous les pays d'Afrique, alors vous aurez un sérieux problème dans le long terme.

“Des pays comme le Mozambique sortaient d'une guerre civile sanglante. Le Zimbabwe est un pays dont l'économie s'est effondrée mais il n’y avait rien en termes de destruction des infrastructures et de la superstructure. En outre, si vous regardez le Mozambique et ces autres pays qui sont devenus des PPTE, la prétendue croissance est insignifiante. Elle n'est pas ressentie au niveau des individus”.

Janet Mudzwiti, la représentante de la Coalition sur les dettes et le développement du Zimbabwe, critique le plan de l'initiative des PPTE à partir d'un angle différent.

“Nous sommes contre les initiatives d'aide dirigées par le prêteur, simplement parce que leur idéologie n'est pas axée sur la population; elles ne sont pas des politiques basées sur la population. Pour nous, les principes de l'initiative des PPTE dépendent toujours des politiques néolibérales selon lesquelles vous devez ouvrir vos marchés, introduire des frais d'utilisation pour des services sociaux tels que la santé et l'eau. Nous disons que ce n'est pas différent du Programme d'ajustement structurel qui était désastreux”.

Concernant les dettes du pays, elle soulève deux questions. “Il y a la question des dettes odieuses et la question des dettes illégales”, souligne Mudzwiti.

“Quand vous regardez la question du profil des dettes du Zimbabwe, il y a la question des dettes coloniales (contractées par un gouvernement constitué uniquement de blancs entre 1965 et 1980). Et nous avons la question des dettes (contractées) dans le cadre du programme d'ajustement structurel économique”.

Une dette odieuse est une dette contracté par un gouvernement au nom du peuple, mais qui ne profite pas à ce dernier. Une grande partie des 500 millions de dollars de dette accumulée par l'État rhodésien a été dépensée sur une guerre contre la majorité noire; il existe des arguments solides pour que cette dette soit considérée comme odieuse.

Beaucoup plus tard, les Programmes d'ajustement structurel étaient imposés par la Banque mondiale et le FMI dans toute l’Afrique dans les années 1980 et 1990 comme une condition pour des prêts afin de couvrir une crise de dettes précédente.

Les conditions qu'elle a imposées ont nettement limité les dépenses publiques sur des choses comme les soins de santé et l'éducation, appelé à la privatisation des actifs publics précieux et des services comme l'eau et l'électricité, exigé la dévaluation des monnaies locales, et empêché les gouvernements de protéger la production locale au moyen des tarifs d'importation.

L'adoption de l'ajustement structurel par le Zimbabwe s'est révélée désastreuse pour l'économie et des militants s’inquiètent en pensant que les conditions pour les PPTE pourraient reproduire cette expérience.

Chat échaudé craint l’eau froide. Qhubani Moyo ne veut pas que le pays tourne aux institutions de Bretton Woods pour des solutions.

“Le Zimbabwe a une façon de faire face à ses problèmes. Nous ne pouvons avoir une seule solution fixe pour tous. Le Zimbabwe doit élaborer son propre modèle pour utiliser ses propres ressources pour son propre redressement et sa propre croissance”.