Q&R: Créer un élan pour la participation des femmes

NEW DELHI, 13 fév (IPS) – Les mouvements de femmes ont joué un rôle déterminant dans la création d'un espace politique pour la participation féminine en politique à travers le monde. En effet, les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses au gouvernement qu’aujourd’hui.

Selon le rapport 2008/2009 des Progrès des femmes du monde de l’UNIFEM “Qui répond aux femmes? Genre et responsabilité”, les femmes occupent maintenant une moyenne de 18,4 pour cent des sièges dans les assemblées nationales, bien que ce taux d'accroissement soit toujours très lent.

Dans le monde, un bon nombre de pays connaissent un long processus de consolidation démocratique, dans lequel les systèmes juridiques sont en train d’être modifiés pour intégrer de nouveaux droits constitutionnels et les systèmes politiques en train d’être testés pour leur capacité à tolérer l'opposition, déclare la conseillère en chef de l'UNIFEM pour la gouvernance, la paix et la sécurité, Dr Anne-Marie Goetz. Mais beaucoup reste encore à faire puisque l'efficacité des femmes dans la traduction des politiques en action dépend des réformes de la gouvernance sensible au genre. Et le mouvement des femmes peut jouer un rôle crucial dans l'appui à un tel changement social. Paula Fray a parlé avec Dr Goetz, qui possède une vaste expérience dans la lutte contre le phénomène de l'usage des violences sexuelles et des violences basées sur le genre comme méthode de guerre, soutenant l'engagement des femmes dans les processus de paix, la réforme sécuritaire sensible au genre, et la consolidation inclusive de la paix post-conflictuelle. Voici une version corrigée de l'entretien.

Q: Le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la démocratie, travaille avec les organisations soutenant les femmes en politique à travers le monde depuis 2006. Quels ont été les plus grands défis dans l’appui aux femmes dans la politique? R: A travers le monde, les femmes ont une dotation en ressources humaines et capitales plus faible que les hommes: elles ont souvent moins de réseaux sociaux liés au pouvoir que les hommes, moins d’éducation, moins d'expérience et moins d'argent. Les réseaux et l'argent sont décisifs pour une concurrence politique efficace.

En outre, les femmes manquent souvent de l'apprentissage politique étendu dont disposent les hommes. Cela signifie que les femmes peuvent n’avoir pas passé le temps à gravir les échelons dans les partis politiques que les hommes, et par conséquent, les mentors supérieurs, les systèmes d’appui, et la base électorale constituée que possèdent les hommes, peuvent leur faire défaut.

Ajoutez à cela le fait que les femmes candidates à l’élection présidentielle n'ont pas un électorat naturel parmi les femmes votantes, puisque les femmes dans les sociétés patriarcales ne perçoivent pas nécessairement leurs intérêts comme étant liés au leadership des femmes ou à un programme politique sur l'égalité des sexes. En politique, les femmes se sentent beaucoup écartelées.

Q: Pourquoi est-il nécessaire de se focaliser en particulier sur les femmes alors que beaucoup de groupes marginalisés restent toujours exclus de la participation politique? R: Il existe beaucoup de groupes sociaux exclus ou marginalisés des prises de décisions publiques. Ce qui est si frappant au sujet des femmes en tant qu’une catégorie générale, c’est qu’elle est si socialement énorme – la moitié de la population.

L'exclusion structurelle des femmes est frappante, et cela nous dit vraiment qu'il y a un système dangereux de deux poids deux mesures dans le fonctionnement de la concurrence politique démocratique. La preuve, c’est la tolérance généralisée des violences faites aux femmes. Si un homme sur trois était victime de violence, nous n'accepterions jamais cela.

Une autre raison de se concentrer sur les femmes alors qu’il existe d'autres formes de marginalité est parce que plusieurs types d'exclusion sont aggravés par le genre féminin. Abordez les droits des femmes, et nous pourrons également faire face à certaines des inégalités affectant d’autres groupes sociaux.

Q: Alors, quel impact la participation des femmes a-t-elle sur la démocratie et la bonne gouvernance? R: On dit souvent que les femmes ne font pas la différence que nous pensons qu'elles feraient. Le problème est que nous avons trop peu de cas permettant d'apprécier puisqu’il y a si peu de pays où les femmes ont, très récemment, atteint des niveaux assez élevés en politique pour que nous espérions voir un impact tangible. Les femmes constituent une masse critique de 30 pour cent des parlements nationaux dans seulement 27 pays sur 192.

Là où les femmes constituent une masse critique et y ont été depuis assez longtemps, et là où l'Etat est d’un grand soutien, nous voyons très certainement des changements dans les résultats qui favorisent les femmes. Dans les régions où les femmes sont chefs de gouvernement local, les types de dépense changent en faveur des femmes et des enfants. Ce qui est particulièrement évident, c’est l'investissement local plus élevé dans l'eau et la réduction de la pauvreté pour les femmes.

Chacune des femmes à des postes élevés peut aussi faire une différence. Dans le cas des investigations sur les incidents du 28 septembre 2009 en Guinée, par exemple, il y avait deux femmes sur la commission internationale d'enquête et les deux étaient des défenseurs loyaux des droits des femmes. Ces femmes ont assuré que la question du nombre élevé de viols extrêmement brutaux et publics des opposants au régime a été examinée. Cela se serait-il produit autrement? Honnêtement, je ne le crois pas.

De même, dans les tribunaux pour crimes de guerre, les femmes procureurs font une différence – les femmes procureurs ont commencé à insister sur les inculpations pour viols pendant la guerre dans les années 1990. Les femmes font une différence au gouvernement: elles offrent aux femmes un modèle de rôle; elles féminisent l'espace public et le rendent plus accessible aux femmes et développent un fief électoral intéressé par l'égalité entre les sexes.