AFRIQUE DE L’OUEST: Une charte pour gérer les ressources du bassin de la Volta

LOME, 7 jan (IPS) – Les pays membres de l’Autorité du bassin de la Volta viennent d’élaborer une charte pour une bonne gestion des ressources liées au fleuve Volta long de 1.850 kilomètres.

Le bassin de la Volta a une superficie totale de 412.000 kilomètres carrés et couvre six pays d’Afrique de l’ouest : Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Bénin, Ghana, Mali et Togo. Bien que constituant l’un des bassins hydrographiques les plus importants de l’Afrique de l’ouest, ce bassin est resté pendant longtemps en marge du processus conventionnel de mise en place d’organisation de bassin sur le continent et dans la sous-région.

«L’eau est transfrontalière et il faut des structures et des textes juridiques pour gérer cette ressource», a expliqué à IPS, Eléonore Bélemlilga, juriste à la direction générale des ressources en eau du Burkina Faso.

«Il ne s’agit plus pour chaque pays de gérer à son niveau l’eau, mais il faut des actions concertées et c’est pourquoi nous élaborons ensemble nos règles pour gérer nos ressources», a-t-elle indiqué.

En janvier 2007, lors d’un sommet de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), les chefs d'Etat des six pays riverains ont signé une convention instituant le statut de la Volta et établissant l’Autorité du bassin de la Volta (ABV), une structure chargée de coordonner les actions. Cette convention est entrée en vigueur en août 2009 et stipule que l’ABV est chargée de promouvoir la gestion intégrée et durable des ressources du bassin de la Volta et de protéger l'environnement et l'écosystème du fleuve.

Mais, elle n’est pas assez détaillée pour la gestion des ressources du bassin de la Volta alors que la zone est exposée aux changements climatiques, à l'érosion, à la pollution, à des crues extrêmes avec de nombreuses inondations et à une pression démographique.

«Il est apparu indispensable d’aller au-delà de la convention en se dotant d’un outil pratique pour gérer au quotidien les ressources de sorte que les bénéfices soient partagés par l’ensemble des pays pour faire face aussi aux conflits qui peuvent naître à l’intérieur des Etats et entre les Etats», a déclaré Jérôme Tiombiano, conseiller technique principal du projet «Gestion intégrée des ressources en eau» (GIRE) du bassin de la Volta.

C’est ce qui justifie l’élaboration de la nouvelle charte à l’occasion d’un atelier qui s’est déroulé la semaine dernière à Lomé, la capitale du Togo. «Cette charte qui traite d’une question aux enjeux multiples, est un protocole qui vient en addition à la convention», a–t-il ajouté.

La charte vise à déterminer les règles d’utilisation des ressources en eau par les Etats membres de l’Autorité du bassin de la Volta. Elle fixe les principes et les modalités de répartition des ressources en eau du fleuve Volta entre les différents secteurs d’utilisation que sont notamment, l’agriculture, l’élevage, la pêche continentale, l’aquaculture, les mines, l’artisanat, la faune, la flore, l’énergie hydroélectrique, l’alimentation en eau potable et l’assainissement, la navigation et l’environnement.

La charte définit également les modalités d’examen et d’approbation de nouveaux projets et harmonise les législations nationales en matière de ressources en eau. «Il s'agit de mesures pratiques pour que la réalisation d'ouvrages d'utilisation des ressources en eau du fleuve ne crée pas de conflits entre les Etats», a expliqué à IPS, Yao Samuel Attikpo, directeur général exécutif adjoint par intérim de l'ABV.

Selon Attikpo, la création d'un barrage dans un des Etats, par exemple, peut créer des inondations ou des pénuries d'eau dans un des autres Etats membres. «Il s'agit de mesures pour éviter que les conflits potentiels, qui naissent de l'utilisation des ressources en eau de ce fleuve, ne deviennent des conflits ouverts», a-t-il souligné. «La charte va rentrer dans les détails et mettre des dispositions pratiques légales sur pied pour que cette gestion soit assez concrète».

Selon un document de l'ABV, il existe déjà sur la Volta le barrage d’Akosombo réalisé au Ghana en 1964, avec plus de 60 milliards de mètres cubes de réserve d’eau utilisable et une capacité de stockage de 148 milliards de mètres cubes.

Au Burkina Faso, il y a les barrages plus modestes de Bagré, Kompienga et Ziga. Le volume total de stockage dans ces barrages est de moins de quatre milliards de mètres cubes d’eau.

Jusque-là, chaque pays installe et gère ses barrages, indique le document.

«Nous nous sommes mis ensemble pour créer l’autorité de gestion du bassin de la Volta, mais pour qu’elle fonctionne, il faut qu’on élabore des règles», a indiqué Dr Michel Nguessan, directeur des ressources en eau de Côte d’Ivoire. «Tout ce que nous faisons entre dans la politique régionale de la CEDEAO et l’eau est un grand facteur d’intégration sous-régionale», a-t-il soutenu. L’adoption d’une charte de l’eau pour le bassin de la Volta s’inscrit dans le cadre du processus en cours en Afrique de l’ouest visant à doter les bassins partagés d’instruments plus opérationnels, a-t-il ajouté.

«Je salue cette initiative visant une gestion efficace des ressources de nos pays et j’espère que les textes adoptés seront pleinement mis à profit», a déclaré Justin Afangbédji, un étudiant de l’Université de Lomé.