TANZANIE: Aborder la crise énergétique à travers des alternatives et l’efficacité dans les ménages

DAR ES SALAAM, 5 jan (IPS) – Le réseau électrique de la Tanzanie est alimenté par un mélange de gaz naturel, de diesel et d'hydroélectricité; toutefois, au cours de ces dernières années, le pays a connu de graves pannes d’électricité et le rationnement de l’énergie à cause de la sécheresse et des faibles niveaux d'eau subséquents.

Après avoir vu des printemps et des fleuves dans sa région natale du Kilimandjaro tarir, Estomih Sawe a voulu offrir des alternatives énergétiques aux Tanzaniens.

“Seulement 10 pour cent des gens dans ce pays ont accès à l'électricité. Les gens comme nous, nous sommes chanceux!”, a déclaré Sawe, assis dans son bureau climatisé à Dar es Salaam, la capitale de la Tanzanie.

“Dans les zones rurales, où plus de 80 pour cent des gens vivent, seulement deux pour cent ont accès à l'électricité. Vous pouvez donc imaginer la grande tâche qui nous attend”.

La Tanzanie brûle un million de tonnes de charbon de bois chaque année; ce qui équivaut à la destruction de plus de 300 hectares de forêt chaque jour pour produire du charbon de bois. “Malheureusement, le taux d'abattage des arbres et leur remplacement n'est pas proportionné”, a expliqué Sawe. “Si vous faites le calcul, 300 hectares par jour x 365 jours équivaut à…” 109.500 hectares par an.

“Nous sommes seulement en mesure de planter 25.000 hectares annuellement; alors, c’est en fait un problème très grave pour notre environnement”.

Sawe avait initié la TaTEDO – l’Organisation de l'énergie traditionnelle, du développement et de l'environnement de la Tanzanie – en 1999, pour mettre en pratique les connaissances qu’il a acquises en travaillant en tant que directeur du secteur des énergies renouvelables pour le ministère de l'Energie du pays.

“Un des problèmes majeurs est vraiment l'utilisation de biocombustibles solides”, a déclaré Sawe, “ce qui comprend l'usage du bois de chauffage et du charbon de bois, dont la technologie et l'utilisation sont très inefficaces”.

Les fourneaux les plus couramment utilisés en Tanzanie – des foyers en trois pierres pour le bois et des fourneaux en métal qui brûlent le charbon de bois – gaspillent plus de 85 pour cent du potentiel énergétique de leur combustible.

“Le nombre de personnes qui meurent, notamment les femmes et les enfants, après avoir inhalé la fumée, augmente”, ajoute Sawe. “L’Organisation mondiale de la santé indique que plus de 75 personnes meurent chaque jour ici en Tanzanie pour avoir inhalé la fumée tout en gardant ces technologies inefficaces”.

Mais faire des changements est compliqué par des facteurs qui se chevauchent, y compris le genre et la pauvreté, selon le Réseau pour l’énergie des ménages (HEDON).

La division du travail selon le sexe signifie habituellement que les femmes sont responsables de la plupart des travaux domestiques; les femmes et les enfants sont plus gravement touchés par les impacts sanitaires de l'inhalation de la fumée par exemple.

Mais, l'influence des femmes sur la prise de décisions dans le ménage est limitée par leur dépendance économique à l’égard des hommes. Selon le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT), là où les femmes sont économiquement autonomes, elles sont plus susceptibles d'adopter les meilleures technologies pour changer les pratiques énergétiques préjudiciables et améliorer les conditions de vie de leurs familles.

Dans le village rural d’Igunhwa dans la région de Mwanza, dans le nord de la Tanzanie, plusieurs groupes de femmes ont été formés pour profiter des programmes de microfinance et construire des fourneaux en terre plus efficaces, conçus par la TaTEDO.

“Avant qu’on ne nous initie aux fourneaux en terre, nous utilisions des foyers traditionnels à trois pierres pour faire la cuisine”, a confié Florence Ngembwe* du groupe des femmes d’Upendo. “Les problèmes avec l’utilisation des foyers à trois pierres étaient que nous utilisions beaucoup de bois de chauffage pour faire la cuisine, et ce sont seulement les femmes et les filles qui cherchent les bois.

“Il y avait également beaucoup d'impacts sur la santé des femmes, du fait de la fumée pendant qu’elles font la cuisine à l'intérieur. Nous perdions beaucoup de temps à chercher du bois au lieu de faire d'autres activités productives, et les filles faisaient souvent ce travail aussi; alors, elles n'allaient pas à l'école”.

Bon nombre des femmes impliquées dans le projet ont déclaré que la construction de foyers améliorés les a considérablement aidées. Elles ont maintenant une charge de travail réduite, moins de collecte de bois de chauffage et les nouveaux fourneaux ont des cheminées; ce qui signifie beaucoup moins de fumée à l’intérieur de leurs cuisines.

Selon Sawe, plus de 80 pour cent des résidents urbains utilisent le charbon de bois pour faire la cuisine. La TaTEDO affirme qu’à Dar es Salaam, environ 60 pour cent des ménages ont été aidés à passer aux fourneaux à charbon améliorés qui réduisent les coûts et la charge sur l'environnement grâce à une efficacité plus grande.

“C'est une entreprise assez difficile”, a déclaré Sawe. “Tout d'abord, vous avez affaire à des gens aux moyens limités, aux revenus limités. Ici, nous parlons de technologies dont les coûts initiaux sont élevés, ce qui signifie que l’augmentation de l’intérêt pour les technologies est limitée parce que les gens sont pauvres”.

Certains des autres domaines dans lesquels la TaTEDO travaille comprennent: la fabrication de combustibles alternatifs pour les fourneaux en dehors des déchets issus de l'abattage des arbres, et d'autres résidus agricoles. “Vous n'êtes pas obligés de couper un arbre pour faire du charbon de bois”, a indiqué Sawe. Ils utilisent les enveloppes de riz et les coquilles de noix de coco, ainsi que de la sciure pour créer des briquettes combustibles.

Grâce à l'introduction des nouveaux fourneaux, la TaTEDO déclare sauver plus de 4.500 hectares d'arbres dans les zones où elle travaille. Mais en dépit de la prise de conscience croissante des effets réels du changement climatique – 2009 a été l'année la plus sèche enregistrée – le passage aux technologies plus durables est lent.

“Bien sûr, il existe des problèmes culturels; si vous avez affaire à des gens qui utilisent des foyers à trois pierres depuis plusieurs années, il faudra assez d’effort pour se tourner vers une nouvelle technologie, même si elle est très bonne”.