FAMINE: Nouvel avertissement sur la sécurité alimentaire pour la Corne de l’Afrique

NAIROBI, 4 jan (IPS) – Le Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) a hissé un drapeau rouge à propos de l'aggravation de la situation de la sécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique.

Karel De Gucht, le commissaire européen en charge du développement et de l'aide humanitaire, attribue la situation désastreuse au terrible potentiel du changement climatique.

“De grandes parties de la Corne de l'Afrique ont reçu moins de 75 pour cent des précipitations normales en 2009, après avoir déjà subi une série de sécheresses sévères. La population ne peut plus faire face à une telle souffrance extrême et prolongée qui vient souvent au-dessus d’une situation conflictuelle. En conséquence, plus de 16 millions de personnes ont désespérément besoin d'aide”, a-t-il déclaré dans un communiqué publié par ECHO.

L'optimisme initial occasionné par des prévisions des pluies d'El Niño a été contrecarré lorsque le mois de novembre s’est avéré largement sec. El Niño désigne un réchauffement périodique des températures dans l'océan Pacifique, loin des côtes d'Afrique de l’est, mais avec des impacts sur la pluviométrie et les conditions météorologiques du pays.

Samuel Mwangi, directeur adjoint par intérim des Services météorologiques nationaux du Kenya, explique qu’El Niño a été lié aux plus grandes précipitations au cours des “courtes pluies” annuelles en Afrique de l’est, entre octobre et décembre.

ECHO prévient que si les pluies de décembre sont en dessous de la moyenne, certaines parties du Kenya peuvent subir des dommages irréparables.

Le responsable régional de l’information à ECHO, Daniel Dickinson, a dit à IPS: “Face à la situation de sécheresse qui se présente, ECHO est en train de fournir 50 millions d'euros d’aide humanitaire aux populations vulnérables touchées par la sécheresse en Somalie, en Ethiopie, au Kenya et en Ouganda. Les pluies ont été faibles et les gens ont épuisé les mécanismes d'adaptation qu’ils avaient et ont d'urgence besoin d'aide”.

La ministre kenyane des programmes spéciaux, Naomi Shaban, a émis un avertissement similaire à la mi-décembre par rapport à l’aggravation de la situation de la sécurité alimentaire à travers le pays.

S’exprimant pendant qu'elle annonçait une aide alimentaire de 80.000 dollars offerte par 'Telkom – Kenya' et 'World Vision – Kenya', Shaban a indiqué que dix districts à travers le pays étaient confrontés à une crise imminente liée à l'insécurité alimentaire.

“Malheureusement, le pays a connu une autre saison de faibles pluies, ce qui devrait augmenter les niveaux actuels d'insécurité alimentaire. Bien que la sécurité alimentaire du Kenya soit toujours à sa limite, beaucoup de districts courent le risque de sombrer dans une crise alimentaire et de moyens d’existence aiguë. Cette situation est aggravée par les prix élevés des denrées alimentaires”, a expliqué Shaban.

Au Kenya, Dickinson affirme qu'environ 3,8 millions de personnes dépendent actuellement de l'aide humanitaire et que la situation s'aggrave, avec la malnutrition aiguë au-dessus de 20 pour cent dans cinq districts.

Le gouvernement du Kenya a augmenté ses dépenses mensuelles sur l’aide alimentaire à 1,3 million de dollars par mois pour aider ceux qui sont confrontés à la famine. Au début de 2009, le gouvernement a déclaré la situation de la sécurité alimentaire qui se dessine comme une catastrophe nationale, affirmant que 10 millions de Kenyans étaient incapables d’accéder à la nourriture.

En Ethiopie, les rapports d’ECHO indiquent qu’avec plusieurs échecs consécutifs des cultures, la situation nutritionnelle dans ce pays s'est beaucoup détériorée et devrait s’aggraver davantage.

L'histoire qui se déroule en Somalie est similaire, avec la situation aggravée par le conflit en cours. En Ouganda, ECHO déclare que 2,2 millions de personnes dans les régions d'Acholi et Karamoja, dans le nord, sont confrontées à l'insécurité alimentaire.

Selon 'Famine Early Warning Systems Network' (Réseau des systèmes d’alerte précoce sur la famine) – qui émet des alertes sur l'insécurité alimentaire – les faibles pluviométries en novembre ont révisé les perspectives pour des améliorations généralisées de la sécurité alimentaire, qui devraient se manifester vers la fin de décembre au Kenya.

Ceux qui sont prévus pour être affectés comprennent les ménages pastoraux qui sont déjà confrontés à des prix implacables des denrées alimentaires, à un accès de choléra et à l'intensification du conflit sur l'eau et les pâturages limités dans des conditions de sécheresse.

Toutefois, Mwangi dit que des sections du pays ont connu une augmentation des précipitations comme il a été prévu, ce qui signifie que de bonnes récoltes seront enregistrées dans certaines zones.

“Il faut souligner que la mauvaise performance des précipitations n'est pas très répandue à travers le pays. Il y a des régions qui enregistreront toujours de bonnes récoltes à partir des précipitations reçues au cours de la saison.

“Dans les Provinces de la Côte, du Nord-est et du Centre, les précipitations étaient caractérisées par de violents orages dans la deuxième moitié du mois. Cela a considérablement renforcé les quantités de précipitations totales enregistrées dans ces provinces”, déclare Mwangi.

Ce n'est pas clair si les bonnes récoltes dans ces zones couvriront les déficits prévus dans le reste du pays.