PATERNOSTER, Afrique du Sud, 5 jan (IPS) – De plus en plus de petites communautés de pêcheurs sud-africaines luttent pour survivre à cause d'un système injuste de quota de pêche.
Le système de quota du gouvernement, qui vise à réglementer l'industrie de la pêche pour éviter la surpêche, profite seulement aux grandes entreprises de pêche, tandis que les pêcheurs de subsistance sont incapables d'acheter des permis avec des quotas assez élevés pour gagner leur vie, affirment des experts.
En conséquence, le chômage et la pauvreté sont en hausse, ce qui aboutit souvent à l'alcoolisme et la toxicomanie, à l'augmentation de la criminalité, à la mauvaise santé et un accès limité à l'éducation.
'Coastal Links', un réseau communautaire de pêche traditionnelle à petite échelle des communautés côtières, à West Coast, en Afrique du Sud, fait pression sur des agences gouvernementales, notamment l’Unité de gestion maritime et côtière (MCM) du ministère des Affaires environnementales et du Tourisme (DEAT), pour garantir les droits des habitants côtiers aux ressources marines et aux alternatives de subsistance durables.
Q: Quel est le mandat de Coastal Links? NAOMI CLOETE: Nous représentons les pêcheurs traditionnels ici à West Coast, qui gagnent leur vie à partir de la mer. Il y a des années, la MCM les a totalement éliminés [du système de quota] parce que la plupart des pêcheurs ne sont pas scolarisés, et le système de quota est compliqué à comprendre. Les gens luttent pour remplir les formulaires, payer les permis et exiger leurs droits.
Jusqu'à présent, la MCM recherche seulement les grandes entreprises de pêche, celles qui font beaucoup d’argent. Alors, il y a dix ans, j'ai décidé que je dois aider les pêcheurs, parce que personne ne l'a fait, et quelqu'un doit être leur voix.
Q: Quel appui recevez-vous des gens du gouvernement? R: Ils sont maintenant occupés à nous protéger, parce que Coastal Links fait pression. Au début, ils ne nous ont pas laissés passer par la porte, mais maintenant ils ont commencé à écouter.
La nouvelle ministre (du DEAT, Buyelwa Patience Sonjica) est très compréhensive. Je pense qu'elle fera un réel effort pour nous aider. Elle vient aussi d'un petit village, donc elle sait ce que c'est d'être pauvre.
Q: Quelle a été votre relation de travail avec la MCM dans le passé? R: Elle montait et descendait, montait et descendait. Mais maintenant, Coastal Links est reconnu par la MCM, et je pense que la souffrance est un peu moindre pour les pêcheurs. La MCM vient (à West Coast) et écoute la population.
C'est maintenant la quatrième année que nous obtenons gratuitement des permis de subsistance qui nous autorisent à attraper et vendre quatre écrevisses par personne par jour. C'est peu, mais mieux que rien. Le carburant pour les barques et l'amorce est si cher qu’il n'y a pas beaucoup d'argent à gagner. Ce qui vient à la maison est juste assez pour mettre de la nourriture sur la table.
Q: Quelles sont vos demandes? R: Nous voulons augmenter le quota à 90 écrevisses par mois. Alors, c'est dix de plus par mois. Mais la chose la plus importante pour nous est de passer d'un quota quotidien à un quota mensuel. De sorte que si un pêcheur attrape ses 90 écrevisses dans les deux premières semaines (du mois), il peut remplir son quota de cette façon.
Cela signifie qu'il n'a pas besoin d'aller chercher quatre tous les jours. C’est plus économique parce qu’il peut économiser beaucoup de carburant. Aussi, cela lui donne le temps de pêcher pendant le reste du mois, bien que le poisson ne rapporte pas beaucoup d'argent. C'est juste un petit plus.
Nous avons proposé cela à la ministre, et nous attendons maintenant de voir ce qu'elle dira. Je pense qu'elle le fera, mais il faudra encore deux à trois ans pour mettre les choses en ordre.
Q: Quels sont vos espoirs pour un meilleur avenir? R: Les pêcheurs disent qu'ils ne veulent pas être riches; ils veulent juste être à l'aise. Ils veulent un avenir pour leurs enfants. Mais actuellement, ils n'ont pas le choix: ils doivent prendre la mer. Il n'y a pas d'autre moyen de gagner la vie.
Vous voyez, mon fils a 18 ans maintenant, et il avait 11 ans quand son père l'emmenait en mer. C'est ainsi qu'il a appris, et il est aujourd’hui un pêcheur pour son propre compte. Il a abandonné l'école quand il avait 16 ans. J'aurais aimé le garder à l'école (pour poursuivre ses études), mais nous n'avons pas eu l'argent. Son père est pêcheur. Alors, notre fils a été obligé de prendre la mer.
Q: Quelle est votre expérience personnelle? R: J'ai grandi dans une famille de pêcheurs, ici à Paternoster. Mon père était pêcheur et mon grand-père également. Je sais exactement comment la situation est difficile.
Ce qui m'a encouragée (à devenir la présidente de Coastal Links) était que lorsque mon père mourait, nous n'avions même pas une petite barque devant notre maison pour montrer ce pour quoi il travaillait. Son patron, pour qui il a travaillé dans une grande entreprise de pêche, pendant 48 ans, lui payait très peu d'argent. En fin de compte, il n'avait rien. Il a été exploité.
Q: Quel rôle jouent habituellement les femmes dans la communauté de pêcheurs? R: Toutes les femmes travaillaient à l'usine de pêche à St Helena Bay (près de Paternoster), faisant l'emballage et d’autres choses, mais à cause de toutes les réductions des effectifs, elles restent maintenant à la maison. Elles sont au chômage. C'est un énorme problème. Il y a tant de pauvreté.
Et il y a une grande criminalité due à la pauvreté, et l'autre chose est la drogue. L'abus d'alcool est mauvais, mais le pire est le tik (l’alcool à brûler cristal). Les gens vont voler pour acheter les drogues. Et c’est parce que les gens n'ont pas de travail. Toute la communauté est touchée.
Q: De quel accès sanitaire disposez-vous dans votre communauté? R: Nous avons seulement un (petit) centre de santé public qui est ouvert trois jours par semaine. Il y a juste un infirmier, qui ne peut pas faire beaucoup. Mais, depuis très récemment, il y a un médecin qui vient le vendredi. Nous avons mis cela sur la table du conseil municipal et avons demandé qu’un médecin vienne à Paternoster.
Nous avons besoin d'un médecin ici, parce que maintenant, si quelqu'un est malade, il doit aller à l'hôpital de Vredenburg. Mais où est l'argent pour faire cela? C'est à 15 kilomètres, et les gens n'ont pas l'argent à payer pour s’y rendre.
Q: Avez-vous noté un impact de la pauvreté sur l’éducation des enfants dans votre communauté? R: Plus les gens sont pauvres, plus tôt ils envoient leurs enfants en mer. C'est ce qui est arrivé à mon fils. Et les autres enfants aussi doivent aller à la mer parce qu'il n'y a pas d'argent pour rester à l'école. S’ils restent à l'école jusqu'à ce qu'ils aient 15 ou 16 ans, ils sont chanceux.
Si les gens luttent pour gagner leur vie, leurs enfants quittent l'école même plus tôt, juste après le cours primaire. La plupart des gens ici n'ont pas plus d’éducation que cela. Et sans éducation, vous ne pouvez pas améliorer votre vie.

