JUBA, 2 jan (IPS) – Comme les élections générales programmées pour avril 2010 approchent au Soudan, le plus vaste pays d’Afrique, ravagé par une longue guerre, la bousculade pour les postes politiques va bon train comme la lutte des femmes pour marquer leur présence se fait remarquer.
Bien que les femmes africaines aient mené une bataille farouche pour accéder au leadership politique, à cause des facteurs tels que la société patriarcale qui n’est pas disposée à accepter le leadership féminin, l'histoire du Sud-Soudan est encore plus compliquée. Sabina Dario Lokolong, le chef du parlement de l'Etat d’Equatoria de l’est et la première femme présidente de parlement, souligne que le plus grand obstacle des femmes réside en elles-mêmes. “La concurrence entre les femmes elles-mêmes est destructrice; quand il y a par exemple des postes à occuper, au lieu que les femmes unissent leur force pour choisir la meilleure personne, elles préfèrent rivaliser. “En fin de compte, c’est l’homme qui remporte la victoire; la politique de division qui découle de cette nature de concurrence est dangereuse pour le programme du genre dans l'arène politique”. La perception selon laquelle les femmes ne sont pas capables de gérer, déclare le chef du parlement, a toujours existé et par conséquent, nous ne devrions pas perdre assez de temps à nous plaindre de ce cela”, des efforts devraient plutôt être faits pour changer cette grave et fausse impression”. Ses sentiments sont partagés par Agnès Lawrence Odwar, membre de l'Assemblée législative intérimaire, et représentante du comté de Torit, dans l’Etat d’Equatoria de l’est. “La critique destructrice et les suspicions entre les femmes convoitant les postes de responsabilité, peuvent continuer à être notre faiblesse, il est donc nécessaire pour nous de nous concentrer sur un programme collectif qui traite de la nécessité de créer un processus démocratique”, affirme Odwar. Elle a ajouté que la focalisation sur la question “quel est mon intérêt dans tout cela?” sera toujours le plus grand obstacle du programme. Dans un pays où les femmes constituent la majorité, qui est actuellement estimée à 60 pour cent, selon les agences des Nations Unies, c'est regrettable qu’elles restent marginalisées dans le leadership politique dominant. Il est encore plus regrettable que le programme recherche des postes politiques se basant uniquement sur l’aspect féminin sans que l’on trouve des messages politiques solides qui reflètent la capacité de diriger un peuple, parmi la plupart de ceux que ces femmes apportent à la table de négociations politiques. Lomong Dan, un assistant social, déclare que “malheureusement, la plupart de ces femmes veulent être élues parce que les femmes aussi peuvent diriger, ce qui, selon moi, est une façon très rétrograde de changer une société patriarcale”. “En plus, la plupart de ces femmes éveilleront une sympathie émotive provoquée au niveau du public plutôt que de consolider leurs positions par des discours qui reflètent ce que les gens du Sud-Soudan veulent entendre”, soutient Dam.
Il a donc ajouté que puisque la vie des Soudanais du sud a été caractérisée par la misère et la destruction, il est nécessaire d’établir une figure qui symbolise l'espoir et le changement tant sollicité et libre d’une rhétorique politique. Inévitablement, l'orientation politique démocratique du Sud-Soudan, comme dans beaucoup d’autres pays africains, a beaucoup affecté la valeur de la femme en tant que dirigeantes politiques actuelles ou potentielles. “Puisque que la socialisation a symbolisé le chef comme étant patriarcal, l’homme est le dirigeant”, explique Rose Ibalu qui travaille pour une organisation religieuse. “Ces perceptions sont devenues nos valeurs politiques qui guident par conséquent notre comportement politique et c'est sur ces valeurs et comportements que nous bâtirons un sens de démocratie; les femmes ont donc besoin de changer leur façon d’aborder le leadership si ces valeurs doivent refléter l'égalité de genre”. Ibalu estime que pour changer ces valeurs déjà établies, il reviendra aux femmes de faire consciencieusement un changement de comportement dans la manière dont elles se gèrent “ce qui devrait être fait, en premier lieu en tant que leaders, et en second lieu en tant que femmes”. Cet aspect des femmes qui semble se concentrer sur le genre a été critiqué comme un masque pour cacher le fait qu'elles n'ont pas d’autres programmes à présenter comme l’explique le journaliste Peter Ngong. “La discrimination positive a été une mesure fortement recommandée pour corriger une injustice sociale, par conséquent, les femmes ont obtenu l'attention de la société comme des dirigeantes, mais maintenant, la même société demande qu’elles se défendent. “Le leadership est perçu dans la société comme un phénomène puissant, lequel est capable d’ordonner un suivi et de prendre de bonnes décisions qui touchent la vie du peuple; si les femmes veulent être élues juste parce qu'elles sont femmes, la bataille pour un plus grand espace politique pour elles durera plus longtemps que nécessaire”. Cependant, Hellen Marsali Boro, ministre chargée du Genre et du Bien-être social, prévient que les femmes ne devraient pas chercher à être comme leurs homologues du sexe masculin avant d’être respectées comme des dirigeantes. “Les femmes sont en elles-mêmes des dirigeantes et devraient donc chercher à exploiter toutes leurs énergies en comptant sur leurs forces et en s’informant sur les besoins des populations et comment elles peuvent les gérer. “De cette façon, elles sont capables d'aborder certaines insuffisances de la société et, avec le temps, leur travail parlera à leur place”. Ses opinions sont partagées par Rachael Akii, une femme d'affaires. “L’estime politique pour les femmes viendra réellement quand elles (les femmes) auront appris à atteindre le cœur de la société et au Sud-Soudan, cela signifie fondamentalement emporter la voix qui reflète un désir de reconstruire ce qui a été détruit au cours des 22 longues années de conflit. “Lorsque les femmes mettront de côté leur genre et déclareront à la société qu'elles sont des dirigeantes assoiffées de transformer un pays qui essaie de décoller, le peuple trouvera en cela un sens de l'espoir auquel s’accrocher”. Elle indique que ceci n'est pas facile, mais même s'il nécessite un temps pour être accompli, il l’a été maintenant, “les femmes ont besoin de déclarer en des termes explicites la valeur qu’elles peuvent ajouter dans la vie du peuple du Sud-Soudan comme nous marchons vers le nouveau Soudan”. Lokolong insiste que bien qu’il soit regrettable que l’on en demande plus aux leaders féminins par rapport à leurs homologues masculins, “dans ces difficultés, il existe de nombreuses occasions pour les femmes de prouver qu’elles ont ce qu’il faut pour guider et conduire une société”. Ceci, dit-elle, parce que le changement n’a jamais été facile et maintenant que le Sud-Soudan est en phase de transformation, les femmes devraient s’adapter en conséquence et inciter à une forme plus représentative du genre dans le leadership, qui est la seule manière pour que les Sudistes puissent parler d'une forme de gouvernance démocratique. “Nous pourrions acquérir l'autonomie que nous cherchons à l’égard de la région du nord, mais si le leadership demeure extrêmement masculin, alors nous ne pouvons jamais parler d’indépendance, peut-être du nord, mais pas de nous-mêmes”, affirme Akii.

