AFRIQUE DU SUD: Faire face au gaspillage de l’eau

LE CAP, 23 oct (IPS) – Comment réparez-vous un tuyau qui fuit? Vous le colmatez, bien sûr, mais que faire s’il y a des dizaines de milliers de raccordements d'eau, tous avec des tuyaux et toilettes qui fuient potentiellement?

Colmater ou remplacer tous les raccordements défectueux coûterait des dizaines de millions de dollars.

Ronnie McKenzie, directeur général de 'WRP Consulting Engineers', une entreprise de conseil en ingénierie, a déclaré qu’un flot d'accessoires bon marché, de qualité inférieure, avaient été utilisés dans des maisons.

C’était “effectivement une bombe à retardement” parce qu'ils n'étaient pas conçus pour supporter la pression de l'eau ou la chaleur et le froid des conditions d'Afrique australe.

Mais il faut faire quelque chose. L'eau – une ressource rare – est en train d’être littéralement jetée par la fenêtre.

Tel était le problème à Sebokeng, un township dans la province de Gauteng, en Afrique du Sud, où vivent environ 420.000 personnes avec 84.000 raccordements d'eau, a indiqué McKenzie.

Résoudre directement le problème en rénovant les maisons aurait coûté environ 21 millions de dollars, a-t-il souligné.

Dans ce cas, il n'était pas possible de boucher les trous, mais de réduire la pression de l'eau – et donc la quantité de fuites des tuyaux.

WRP a installé des robinets qui réduisent la pression sur le tuyau principal qui fournit de l'eau au township, économisant quatre millions de dollars d'eau chaque année pour la municipalité, par rapport aux 600.000 dollars qu’il a fallu pour construire le système de gestion de la pression il y a quatre ans et demi.

Mais Géraldine Hochman, une spécialiste principale des politiques à l’ONG pour l’eau et l’assainissement 'Mvula Trust', dit que pendant que les municipalités gaspillent “beaucoup” d'eau et ne disposent pas d’une surveillance adéquate en place pour leur dire là où sont situées les fuites – dans le contexte plus large de la consommation d'eau du pays – la quantité d'eau utilisée par les municipalités est négligeable. “La chose est que le gaspillage de l'eau domestique est beaucoup plus visible”, a-t-elle dit, donnant l'exemple d'un robinet – dans une zone urbaine peuplée – laissé couler à la vue de tout le monde, comparativement à un agriculteur qui utilise l'eau à travers une irrigation inefficace. L'agriculture utilise 64 pour cent de l'eau dans le bassin du fleuve Orange-Senqu, un système d'eau essentiel pour le pays, tandis que l'utilisation urbaine, qui comprend à la fois la consommation domestique et industrielle, représente 23 pour cent. Le ministère des Affaires de l'Eau annonce que 180 milliards de litres d’eau sont perdus chaque année à cause de l'utilisation illégale de l'eau pour l'irrigation sur le haut Vaal, une partie du système de Orange-Senqu.

En juin, la ministre sud-africaine des Affaires de l’Eau, Buyelwa Sonjica, a souligné des inquiétudes concernant d’importantes pertes d'eau dans le secteur agricole.

Citée avant un vote du budget au parlement, elle a noté la difficulté de surveiller et de réglementer la quantité d'eau extraite des barrages et des fleuves. Dans les commentaires de suivi, le ministère a indiqué que l’évaluation de la fourniture d’eau et de l’utilisation de l’eau dans le secteur agricole était faible, voire inexistante. La porte-parole des affaires de l'eau, Linda Page, soutient que des mesures d'amélioration de l'efficacité sont en train d’être mises en œuvre dans le secteur agricole, mais affirme que tous les secteurs devraient être considérés comme étant tout aussi importants quand il s'agit de minimiser les pertes. Elle a déclaré que l'eau du secteur domestique est plus coûteuse que l'eau extraite pour l'irrigation et constitue également un domaine – avec l’utilisation industrielle – où la demande est appelée à augmenter, signifiant qu’il est logique de s’assurer que l'eau est efficacement utilisée dans ces secteurs. Un kit de sensibilisation produit pour la Commission du fleuve Orange-Senqu (ORASECOM), créé conformément au Protocole de la SADC sur les cours d'eau communs, pour conseiller les quatre pays du bassin sur les questions de l'eau, constate que la conservation de l'eau et la gestion de la demande sont “d’une grande urgence” dans la région et, tant qu’elles ne seront pas mises en œuvre, beaucoup souffriront de ressources en eau inadéquates dans les 20 à 30 prochaines années. Assurer une fourniture d’eau adéquate exigerait que les pays du bassin règlent le problème de la faible sensibilisation de la population que les ressources de la région étaient épuisées. En outre, des structures tarifaires inappropriées, le faible recouvrement des coûts, et les problèmes de l’obtention des paiements pour les fournitures d’eau auraient besoin d’être résolus, indique le kit.

Mais certains, comme le spécialiste de l'eau, Dr Anthony Turton, estiment qu’une “grande priorité” devrait être le vol de l'eau par des agriculteurs qui n'ont pas de permis de subtilisation, ce qui entraîne une réduction dans l'assurance de la fourniture de l’eau au géant de l'électricité Eskom et à l’entreprise des produits pétrochimiques Sasol. “L’Afrique du Sud possède la loi la plus progressiste relative à l'eau dans le monde. Ce qui manque, c'est l'application. La réponse simple est donc d'appliquer cette loi qui existe déjà”. Hochman croit que des solutions techniques – telles que les compteurs prépayés – ont besoin de prendre en compte les composantes sociales et que le public doit être informé des mesures prises pour régler les questions de la demande. En attendant, Hameda Deedat, un membre du comité de pilotage de la Commission sud-africaine de l'eau, un regroupement de la société civile, a déclaré que cette innovation avait un rôle à jouer pour faire face au gaspillage. Elle se demande pourquoi, par exemple, la collecte de l'eau de pluie n'est pas pratiquée au Cap à travers l'installation de réservoirs d'eau dans des foyers résidentiels.

“Il existe des moyens durables pour régler le problème”, a-t-elle ajouté.