KORHOGO, Côte d’Ivoire, 24 oct (IPS) – Le commandement des Forces nouvelles (ex-rebelles) tente de sécuriser le processus de démobilisation dans le nord de la Côte d’Ivoire par un désarmement intéressé et attractif de leurs ex-combattants.
Le commandant de la zone 10 des Forces nouvelles (FN), Martin Fofié Kouakou, a promis une prime de 50.000 francs CFA (environ 100 dollars) contre une arme de guerre remise par un ex-combattant démobilisé.
A l’entrée de l’état-major des FN, situé au sud de la ville de Korhogo, dans le nord du pays, Pkaratiogo Yéo, un ex-combattant démobilisé de 40 ans environ, portant une tenue militaire déteinte et coiffé d’un béret rouge, était adossé au portail métallique, un jour de la fin du mois passé.
«Le commandant Fofié Kouakou nous a demandé d’informer nos amis qui possèdent des armes acquises sur les champs de bataille ou par tout autre moyen, de les ramener dès maintenant et en retour, ils recevront cette prime», explique-t-il à IPS.
Ces ex-combattants peuvent passer par leur commandant d’unité ou une tierce personne pour déposer l’arme et cette personne leur remettra l’équivalent des 100 dollars. «C’est une manière pour le commandant de réussir le désarmement», a ajouté Yéo.
Passée la période de démobilisation – dont le délai n’est pas fixé -, toute personne qui posséderait une arme sera passible de poursuites, a précisé à IPS, Adama Sakanogo, un autre ex-combattant démobilisé qui a déjà reçu la prime après avoir remis son arme.
«C’est une décision que le commandement de la zone 10 prend pour le bonheur de la Côte d’Ivoire, des Forces nouvelles pour que la démobilisation soit totale», a déclaré le commandant Fofié Kouakou, expliquant le fondement de cette forme de désarmement devant plusieurs journalistes, au début du mois dernier.
Pour Seydou Ouattara, commissaire militaire des FN, «il ne faut pas aller dans le sens de la compréhension commune de ce que le désarmement signifie venir donner l’arme puis retourner». C’est un scénario qui met en place un processus visant à faire insérer les désarmés dans un tissu social pour leur permettre de vivre décemment, a-t-il affirmé.
Selon des démobilisés qui préfèrent garder l’anonymat, plus de 80 ex-combattants ont déjà reçu chacun les 100 dollars de l’état-major du commandement de la zone 10 en échange de l’arme déposée.
Toutefois, Isidore Coulibaly, un autre ex-rebelle démobilisé, explique à IPS son nouveau statut de ni militaire ni civil, d’un ton amer. «Nous continuons de venir dans les casernes ou sur les corridors auprès des VAN (volontaires de l’armée nouvelle) ou ADS (agents de sécurité) parce que nous n’avons pas encore reçu de moyens de réinsertion sociale, et cette nouvelle vie est dure à supporter».
Les VAN et les ADS sont les éléments des FN, qui ne sont pas touchés par la démobilisation, mais sont réintégrés dans les nouvelles forces de sécurité régulières de ce pays d’Afrique de l’ouest secoué par une crise politico-militaire depuis sept ans.
Mais, les démobilisés et les non-démobilisés rackettent quotidiennement des usagers de la route sur les corridors dressés aux entrées et sorties des villes dans les zones anciennement assiégées par les ex-rebelles.
Interrogé par IPS, Drissa Diallo, un responsable des FN à Bouaké, dans le centre de la Côte d’Ivoire, a indiqué que le commandant Fofié Kouakou procédait à une préparation psychologique des démobilisés de sa zone en leur permettant de fréquenter leurs anciennes bases militaires parce qu’il faut savoir se débarrasser des jeunes gens qui maîtrisent et manient une arme de guerre.
Mariam Traoré, présidente de l’ONG locale 'Ditiaba' (Combattre l’ignorance, en langue locale Sénoufo) et membre de la plateforme de la société civile du nord de la Côte d’Ivoire, n’est pas assez rassurée. «Nous ne croyons pas véritablement au désarmement des ex-combattants tant que les structures de démobilisation et de réinsertion sociale ne l’ont pas accompagné des moyens financiers pour occuper ces gens habitués à manipuler l’arme», a-t-elle observé.
Par exemple, le 10 octobre, Gervais Coulibaly, conseiller du président ivoirien Laurent Gbagbo, chargé de la décentralisation, a été bloqué avec ses collaborateurs à Korhogo durant une heure au corridor sud à l’entrée de la ville par des éléments des FN, alors qu’il allait assister à l’installation de la coordination régionale de son mouvement politique favorable à la réélection de Gbagbo.
Puis le lendemain, 11 octobre, des éléments des FN armés de kalachnikovs et circulant à bord de véhicules 4X4 dans la ville, ont empêché environ 500 ex-rebelles non armés de se rallier au Front populaire ivoirien (FPI, le parti de Gbagbo).
Une vingtaine de candidats ont déjà leur dossier de candidature à la Commission électorale indépendante, dont Gbagbo le président sortant, pour prendre part à l’élection présidentielle prévue le 29 novembre prochain si un nouveau report n’intervenait pas au dernier moment. L’Accord politique de Ouagadougou (2007) pour une sortie de crise en Côte d’Ivoire, piétine dans les zones centre nord et ouest, affirme Yacouba Coulibaly, directeur départemental de campagne du candidat Gbagbo, dans la sous préfecture de Korhogo.
«Nous pensons, en tant que humanitaire et activiste des droits de l’Homme, que l’un des points clés de la sortie de crise est le désarmement, et les armes constituent un véritable outil d’insécurité», a déclaré, de son côté, Yacouba Ouattara, président régional du Mouvement ivoirien des droits humains (MIDH) et président de la plateforme de la société civile du nord de la Côte d’Ivoire.
«Si l’on s’amuse à berner ces jeunes gens, ça va créer des remous et ce sont les populations qui payeront les frais», avertit-il, invitant que le gouvernement ivoirien à réviser sa position avec ces ex-combattants parce qu’ils sont un danger permanent pour la quiétude des citoyens.
Il faut éviter de les faire rêver parce qu’ils ont besoin d’argent pour se réinstaller. Ce n’est que par ce prix que la paix véritable peut revenir dans la région et dans tout le pays, a ajouté Ouattara.
Selon une enquête menée en 2009 par le ministère du Plan et du Développement appuyé par le Programme des Nations Unies pour le développement, la paupérisation s’est accrue en Côte d’Ivoire durant la crise, et particulièrement dans la région des savanes, dans le nord. Et le Document de stratégie de réduction de la pauvreté indique que 77 pour cent de ces pauvres vivent dans cette partie qui reste la plus touchée par la crise.

