OUAGADOUGOU, 16 oct (IPS) – Les pays africains appellent à la mobilisation des fonds à travers une facilitation d’accès aux sources de financement pour leur permettre de s’adapter aux changements climatiques à l’issue du septième forum mondial du développement durable à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Six chefs d’état et plus de 500 experts africains ont pris part à la rencontre du week-end dernier dans la capitale burkinabé, qui visait à accorder les initiatives africaines avant le sommet de Copenhague, au Danemark, en décembre prochain, sur les changements climatiques.
Selon une étude de la Banque mondiale, les pays en développement auront besoin de 75 à 100 milliards de dollars par an pour s’adapter aux changements climatiques entre 2010 et 2050.
Dans une déclaration, les pays africain ont annoncé leur soutien à a position de l’Union africaine (UA) qui plaide en faveur d’une reconstitution substantielle du Fonds pour l’environnement mondial. «Nous le savons tous, nous payons le plus lourd tribut du désordre écologique existant aussi bien en terme de biodiversité que de baisse des rendements agricoles et de famine, ou de maladies émergentes», se lamente Denis Sassou Nguesso, le président congolais présent au forum mondial.
Les dirigeants africains ont également lancé un appel à la communauté internationale pour soutenir le 'New Green Deal' (Nouveau pacte vert) pour l’Afrique et les programmes de reverdissement et de reboisement de leurs pays.
Ce pacte vert est l'une des nombreuses initiatives visant à protéger les forêts à travers une opération de reboisement à grande échelle dans les pays africains. Ils ont par ailleurs insisté sur la nécessité du financement du coût total des programmes d’actions nationaux d’adaptation et de leur extension à d’autres pays africains. Ce sont des programmes d'adaptation aux changements climatiques qui sont aussi variés que l'adoption de semences, la construction de réservoirs d'eau et la prévention des catastrophes naturelles.
«Nous avons pu constater qu’il y a une unanimité qu’il faut agir vite et qu’il faut aussi que la responsabilité, même si elle est commune, soit différentiée, à savoir que les plus grands pollueurs ont des responsabilités différentes de celle de l’Afrique par exemple», a déclaré Blaise Compaoré, le président burkinabé, désigné par le forum pour parler au nom du continent à Copenhague.
«Nous envisageons Copenhague comme une rencontre mondiale», indique cependant, plus conciliant, Compaoré. «L’Afrique y sera avec ses préoccupations, mais nous devons penser qu’il faut intégrer nos préoccupations dans les autres régions du monde». Le président de la commission de l’UA, Jean Ping, regrette que l’Afrique qui, avec 3,8 pour cent, contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre qui menace l’humanité toute entière, soit paradoxalement le continent le plus vulnérable qui subit les plus graves conséquences. «Les responsables du dérèglement climatique, qui sont les pays développés, doivent s’engager fermement et sans tergiversation à réduire leurs gaz à effet de serre et répondre au principe de pollueur payeur», a martelé Ping qui met en cause le réchauffement planétaire provoqué par «les actes irresponsables prolongés perpétrés par le Nord».
Selon Ping, le Texas aux Etats-Unis, avec moins de 30 millions d’habitants, relâchent autant de Co2 que le milliard d’Africains. Une autre illustration est celle de la forêt gabonaise qui, dit-il, couvre près de 22 millions d’hectares représentant 85 pour cent du territoire – et qui consomme quatre fois plus de gaz à effet de serre que produit toute la France.
Ping a, par ailleurs, plaidé en faveur des subventions au lieu des prêts pour l’adaptation des pays africains aux changements climatiques.
Selon Cheick Sidiki Diarra, secrétaire général adjoint du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’impact du changement climatique demeure alarmant malgré les multiples initiatives, et affecte en premier lieu les pays les moins préparés à y faire face comme ceux d’Afrique.
Les analyses du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoient une augmentation de la température globale d’environ 0,2°C tous les dix ans au cours des 20 prochaines années. Le rapport du GIEC prédit que d’ici à 2020 en Afrique, entre 75 millions et 250 millions de personnes souffriront de la raréfaction des ressources en eau. Les rendements de l’agriculture dépendant des eaux pluviales pourraient être réduits à hauteur de 50 pour cent dans certains pays d’Afrique, indique le rapport qui prédit que des millions de personnes seront déracinées en raison de l’élévation du niveau des mers dans les pays de faible altitude et dans les zones côtières densément peuplées.
«Le tribut à payer pour s’adapter au nouvel environnement climatique sera bien lourd à supporter par le seul continent africain», ajoute Diarra.
Selon Monique Barbu, secrétaire exécutive du Fonds pour l’environnement mondial (FEM), il faut tout de suite un milliard de dollars pour commencer les activités de lutte contre les effets des changements climatiques en Afrique de l’ouest, comme la désertification et l’érosion des terres.
Ces deux dernières années, le FEM a déjà octroyé 200 millions de dollars à l’Afrique de l’ouest et du bassin du Congo, affirme-t-elle.
L’ONG Oxfam appelle les bailleurs de fonds à veiller à ce que des fonds suffisants soient disponibles pour apporter une aide humanitaire opportune, efficace et de bonne qualité, et porter le montant de l’aide humanitaire à 42 milliards de dollars par an. Oxfam prévoit que d’ici à 2015, ce sont plus de 375 millions de personnes qui seront touchées par des catastrophes liées au climat tous les ans. Ces personnes, selon Oxfam, seront probablement touchées par la prolifération des sécheresses, des glissements de terrain, des inondations et autres catastrophes locales, conséquences des changements climatiques.
Certains de ces changements environnementaux intensifieront, par ailleurs, la menace de nouveaux conflits et entraîneront ainsi le déplacement de plus de personnes et un besoin accru d’aide humanitaire, ajoute Oxfam.

