AGRICULTURE-ACP: Unir les efforts des médias et acteurs du développement agricole

BRUXELLES, 17 oct (IPS) – Une conférence organisée à Bruxelles recommande un effort accru des médias et de tous les acteurs du développement rural dans les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), pour capitaliser les différentes formes de savoir, de connaissance, d’expertise et d’expérience disponibles afin d’assurer le développement agricole dans ces Etats.

Des journalistes, des spécialistes des questions agricoles et rurales, des représentants des organisations non gouvernementales, des parlementaires ainsi que des partenaires techniques et financiers du monde rural des pays ACP ont pris part aux travaux qui ont porté sur «Le rôle des médias dans le développement agricole et rural des pays ACP».

Les participants à la rencontre tenue du 12 au 15 octobre, ont reconnu que les médias ont un rôle important à jouer dans le développement agricole et ont demandé que les médias accordent tout l’intérêt requis aux évolutions du monde rural. «Les médias doivent faire du développement de l’information agricole une composante de leurs stratégies», indique une déclaration publiée à l’issue de la conférence. «Les médias accompagnent le monde agricole et contribuent efficacement à l’information et à la sensibilisation des agriculteurs et des décideurs de nos pays et donc, ils occupent une place de choix dans le développement», a déclaré à IPS, Sylvain Kouaou, membre de l’Association nationale de l’organisation paysanne de Côte d’Ivoire.

Son avis est partagé par Oumar Seck Ndiaye, président de la branche africaine de l’Association mondiale des radios communautaires, qui cite l’exemple du Sénégal où des radios communautaires emploient un personnel issu d’un milieu dont elles connaissent les préoccupations et les réalités. «Les radios communautaires, qui travaillent dans les langues locales et auxquelles les communautés d'identifient, doivent jouer un grand rôle dans le développement agricole», a expliqué Ndiaye à IPS. Il a reconnu que même si les médias jouent leur partition dans le développement, il n'y a «malheureusement» pas d'indicateur pour certifier l'impact de leur rôle. Mais, les difficultés des médias ont été également relevées. «Les journalistes ne maîtrisent pas le langage scientifique et pour une meilleure compréhension entre eux et les chercheurs, il faut simplifier le langage et éviter le climat de méfiance qui sévit souvent entre les deux», a recommandé Sayouba Traoré, un journaliste malien producteur d’émissions rurales à Radio France internationale. Il a souligné la nécessité de renforcer les capacités des médias dans les pays ACP.

«Il faudra penser désormais à comment apporter un soutien aux professionnels des médias pour réduire les difficultés, afin qu’ils s’attaquent aux questions de développement», a soutenu Tumi Makgabo, journaliste sud-africaine et ancienne présentatrice à la chaîne américaine CNN. Soulignant le rôle capital des médias dans le développement agricole et le développement global du continent, elle a insisté sur la formation des professionnels pour cet objectif.

Pour sa part, le représentant du sécréterait exécutif Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), Olekorede willoughby, affirme que leur institution est consciente du rôle des médias dans le développement. «C’est pourquoi nous avons un programme de formation des journalistes qui travaillent sur la thématique agricole», a-t-il dit, indiquant que le rôle des médias dans la dissémination de l’information est «absolument crucial».

Falilou Diagne, membre de l'Union des groupements paysans du Sénégal, reconnaît, de son côté, que les agriculteurs doivent démultiplier ce qu'ils font. «Les médias sont là pour véhiculer l'information et nous aider à échanger les connaissances». Mais, il a toutefois déploré un fossé entre les médias et le monde rural, qui, a-t-il dit, «ne va pas vers les médias, et ces derniers ne vont pas vers les producteurs, alors que les deux entités devraient être complémentaires». «Il est nécessaire de renforcer les relations entre les journalistes, les producteurs agricoles et les décideurs politiques», estime Gladson Makowa, un journaliste du Malawi.

«Tous les jours, les histoires sur l’environnement, l’agriculture nous parviennent par les chaînes câblées alors que chez nous, dans nos médias, la politique prend le pas sur le reste et tant qu’il n’y a pas de catastrophe, on ne s’intéresse pas à l’agriculture», a déploré la journaliste kényane Violet Otindo, lauréate du Prix «African Journalist Awards 2009» décerné par CNN.

Moctar Coulibaly, directeur exécutif de l'Alliance des radios communautaire du Mali, a expliqué à IPS que les agriculteurs ont des idées et tant que les médias n'auront pas la capacité de les mettre au centre du débat, «nous allons peiner à atteindre nos objectifs en vue du développement agricole». Traoré a exhorté les journalistes à traiter les paysans et acteurs du monde rural avec plus de considération en tant qu’agents de développement.

Hansjörg Neun, directeur du Centre technique de coopération pour le développement rural et agricole de l’Union européenne et des pays ACP, estime que l'agriculture, qui a un rôle majeur dans la fourniture de la nourriture tout en offrant des emplois et des revenus, doit se pratiquer d'une manière durable. «Il est nécessaire de sensibiliser aussi bien le grand public que les gouvernements sur l’importance d’investir dans l'agriculture, et cela passe par la communication, les médias», a-t-il ajouté.