NAIROBI, 6 oct (IPS) – Confronté à une augmentation des cas de cancer du col de l'utérus, le Kenya a adopté une méthode de détection par inspection visuelle, simple, peu coûteuse mais efficace. Idéal pour les installations aux ressources limitées, ce test offre un répit aux milliers de femmes qui meurent chaque année de cette maladie.
“Il est maintenant possible de faire le dépistage des lésions qui, si elles sont laissées seules, conduiront au cancer du col utérin. Utilisant le vinaigre de table, qui coûte moins d'un dollar, nous pouvons dépister six à dix femmes”, déclare Margaret Odhiambo, une infirmière en chef à l'Hôpital provincial de Kisumu, dans l’ouest du Kenya.
Les hôpitaux publics au Kenya encouragent maintenant les femmes en âge de procréer à faire le dépistage gratuitement. “Nous dépistons actuellement entre 20 et 30 femmes par jour; ce qui est une augmentation très sensible par rapport aux enregistrements passés lorsque nous dépendions du frottis vaginal. Dans le passé, les femmes viennent à nous lorsque la maladie a évolué et que peu de choses peuvent être faites”, explique Odhiambo.
Selon les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), le cancer du col de l'utérus est causé par le papillomavirus humain et touche chaque année environ 500.000 femmes dans le monde, et en tue annuellement 270.000.
Selon Dr Paul Mitei, le chef de département au service de gynécologie à l'Hôpital provincial de Kisumu, le cancer du col de l'utérus est l'une des principales maladies meurtrières au Kenya – et même dans le reste du monde.
Pourtant, il est possible pour un agent de santé formé de détecter visuellement la présence de lésions dans l’intervalle de dix minutes, dit-il.
Cette méthode consiste à dilater les parois vaginales, en appliquant une solution d'acide acétique présent dans le vinaigre et en effectuant une inspection visuelle au moyen d’une lampe (torche) halogène lumineuse. Une fois la solution appliquée, les lésions suspectes deviennent blanches, tandis que les tissus sains ne montrent aucun changement de couleur.
“Une fois détectées, les lésions sont traitées instantanément par le gel et dans l’intervalle de 10 minutes, la patiente peut rentrer chez elle et n'aura pas besoin d'être examinée pendant cinq autres années”, explique Dr Mitei.
Dr Mitei explique que les lésions sont traitées par la cryothérapie – un processus par lequel l'azote liquide est utilisé pour congeler les tissus touchés et détruire les lésions. Dans d'autres cas, une procédure d’excision électro-chirurgicale, à la boucle, est utilisée pour exciser les lésions; un courant électrique indolore coupe rapidement le tissu entouré d'un petit bout de fil.
Ce n’est pas tous les hôpitaux qui disposent de l’équipement pour la cryothérapie, selon Jacton Omotto, le gynécologue de district à l'Hôpital du district de Siaya; mais il affirme que la plupart des hôpitaux provinciaux sont équipés. Des discussions sont en cours avec des bailleurs afin d’acheter plus d’équipements à distribuer dans tout le pays. Selon Dr Omotto, des études à travers le monde ont prouvé l'efficacité de la détection visuelle des lésions.
“Des études ont prouvé que la méthode d'inspection visuelle est aussi efficace que le test du frottis vaginal pour identifier les signes du cancer du col de l'utérus. Toutefois, le frottis vaginal exige un équipement beaucoup plus sophistiqué, une formation et de la logistique. La méthode d'inspection visuelle peut être effectuée par n'importe quel médecin formé”, souligne Omotto. “Dans le passé, lorsque nous soupçonnons un cancer du col de l'utérus, nous orientons la patiente vers un centre de niveau plus élevé pour le dépistage et le traitement”, ajoute-t-il. “Toutefois, du fait de la pauvreté, beaucoup ne voyageaient pas vers Nairobi, où se trouve l'Hôpital national Kenyatta. Elles restaient plutôt à la maison et on les ramenait dans un état critique”.
Lorsque Violet Opala a été informée de ce simple mode de détection du cancer, les larmes ont coulé sur ses joues. Les informations ont ravivé des souvenirs de sa mère, qui est décédée d’un cancer du col de l'utérus au début de cette année.
Opala présume que si sa mère avait eu la chance d'être dépistée par la méthode d'inspection visuelle, elle pourrait être en vie aujourd'hui.
“Suite au diagnostic fatal, ma mère était à l’intérieur et à l’extérieur de l'hôpital pendant quatre ans; puis elle a succombé. Au moment où elle a été diagnostiquée, les médecins nous ont dit que c'était trop tard et que le cancer s'était répandu”, explique Opala.
Elle ajoute: “On me dit que le cancer est héréditaire. Mes sœurs et moi avons été inquiètes d’être malades en cas d'un dépistage positif. Toutefois, nous n'avons jamais fait le dépistage à cause des coûts prohibitifs du test. La peur a également été un facteur contribuant; l'idée d'attendre les résultats est simplement agonisante”.
Maintenant que l'inspection visuelle est en train d’être offerte, cette femme de 38 ans déclare qu'elle peut tout braver et se faire dépister.
“Il est encourageant de savoir que si les lésions sont découvertes dans leurs premiers stades, elles peuvent être traitées. Peut-être que mes sœurs et moi pouvons obtenir le sursis tant nécessaire que ma mère n'a jamais eu”, indique-t-elle.
Dr Omotto est du même avis, ajoutant que des femmes de plus en plus jeunes, dans la vingtaine, sont en train d’être diagnostiqués comme souffrant du cancer du col de l’utérus.
“C'est une réalité sur le terrain que les cas de cancer du col de l'utérus sont en augmentation et cela est essentiellement dû à l’augmentation des facteurs de risque. Ce que nous avons noté est que les femmes séropositives ont tendance à développer le cancer du col de l'utérus”, déclare Omotto.
Ce qui est malheureux, selon Mitei des hôpitaux de Kisumu, est que beaucoup de malades viennent à l'hôpital lorsque c’est trop tard et que leur état est au-delà du stade où même la chirurgie peut être utilisée pour intervenir.
“Le cancer du col de l'utérus a été mystifié et malheureusement beaucoup demeurent ignorantes du fait que le dépistage précoce peut sauver des vies. Une fois que les lésions précancéreuses sont détectées, elles peuvent être traitées”, souligne Mitei.
Ces deux médecins prétendent qu'il existe une grande différence entre les décès dus au cancer du col de l'utérus dans les pays riches et les pays pauvres.
Environ 80 à 85 pour cent des décès liés au cancer du col de l’utérus surviennent dans le monde en développement, la majorité survenant en Afrique.
“Dans les nations plus riches, le dépistage au moyen du frottis vaginal est en place pour repérer la maladie et la traiter tôt, sauvant les vies de milliers de femmes. Toutefois, un test du frottis vaginal réussi exige un équipement de laboratoire très sophistiqué et des techniciens qualifiés. Cela n'a donc pas bien fonctionné dans les régions plus pauvres, y compris au Kenya”, affirme Omotto.
À cet égard, présume-t-il, cette méthode d’inspection visuelle peu coûteuse fournira de l'espoir pour des milliers de femmes.
Il existe un vaccin disponible qui empêche les souches du papillomavirus humain qui cause le cancer du col de l'utérus. Toutefois, ce vaccin est très coûteux. Ainsi, les médecins prétendent que la meilleure option est de détecter tôt les lésions précancéreuses.

