KINSHASA, 7 oct (IPS) – Avec une capacité de production d'environ 425.000 mètres cubes/jour face à une demande de 700.000 m3 d’eau dans Kinshasa, la Régie de distribution d’eau (REGIDESO) en République démocratique du Congo (RDC), fonctionne sur déficit, notamment à cause de la vétusté de ses équipements et de ses réseaux de distribution.
Un récent rapport de janvier 2009 de la Banque mondiale, dont copie est parvenue à IPS, affirme que «la REGIDESO (une entreprise publique ayant le monopole de production et de distribution d’eau) n’assure pas l’entretien ni le renouvellement de ses installations» et que «ses réseaux de distribution et ses ouvrages de production sont devenus obsolètes et inadaptés». David Ekwanza, directeur d'exploitation dans cette entreprise, indique, à titre d’exemple, que «l'usine de production d'eau du district de la Lukunga, qui a une capacité de 48.000 m3/jour et qui dessert plus de deux vastes communes de Kinshasa, la capitale de la RDC, a été installée depuis 1939 par le pouvoir colonial et n’a pas connu de renouvellement substantiel de ses infrastructures à ce jour». Les deux communes desservies font environ un million d’habitants. Ekwanza, qui est également ingénieur civil mécanicien dans le domaine de l’eau, affirme que «la perturbation de la fourniture d’eau est aggravée par l'instabilité et l’irrégularité de l'énergie électrique dans les usines de production et stations de re-pompage à cause de la dégradation de la qualité des services de la Société nationale d’électricité (SNEL)». Pour cela, ajoute-t-il, «plusieurs usines de production et de traitement d'eau à Kinshasa connaissent en moyenne 10 heures d'arrêt de moteur tous les jours».
Selon Frank Bousquet et Jean-Louis Bongungu Loenda, respectivement chef d’équipe et coordonnateur de la cellule d'exécution du Projet d’alimentation en eau potable en milieu urbain (PEMU) de la Banque mondiale, «le défaut de renouvellement et d’entretien des infrastructures de production et de desserte pour la population de Kinshasa est, entre autres, une conséquence du défaut de paiement des factures de consommation d’eau par plusieurs services de l’Etat».
Ces deux experts de la Banque mondiale, soutenu par Polycarpe Kabangu, responsable au sein des services financiers de la REGIDESO, estiment que «ces services de l’Etat doivent environ 3,5 millions de dollars US de chaque facturation mensuelle qui représente 40 pour cent du chiffre d’affaires de l’entreprise». Ces impayés des services de l’Etat «engendrent ainsi d’énormes difficultés de trésorerie, l’impossibilité de renouveler les infrastructures de fourniture d’eau à travers la ville de Kinshasa ainsi que des retards de paiement des salaires des agents».
«La santé de la population est mise à dure épreuve», déclare Jean Pierre Kajangu, ingénieur chargé de suivi et d’appui au programme économique de la santé à l’Ecole de santé publique de l’Université de Kinshasa.
Kajangu estime que «la qualité de l’eau desservie pose problème à cause de l'insuffisance de stocks des produits chimiques de traitement d'eau, ainsi que du vieillissement des tuyaux métalliques installés depuis plus de 40 ans pour la conduite de l’eau, et qui sont désormais rouillés et parsemés de trous de fuite d’eau, comme dans les bâtiments de l’Université de Kinshasa».
«Les conséquences de cette situation sur la santé de la population est d’autant évidente» que Bousquet et Bongungu Loenda affirment : «Aujourd’hui, seulement 22 pour cent de la population totale de la RDC a accès à l’eau potable, alors que la moyenne en Afrique subsaharienne se situe à environ 60 pour cent». Pour ces experts de la Banque mondiale, «le manque d'eau potable fait peser une menace considérable sur la santé publique et ce sont les pauvres qui font le plus les frais d’un service inefficace, car ils payent le litre d’eau jusqu’à sept fois plus cher qu’ils ne le devraient s'ils étaient desservis convenablement par le service public de l’eau».
Jean Matumona et Louis Senga, deux habitants du quartier Kitokimosi dans la commune de Ngaliema, ont indiqué à IPS que «faute de fourniture d’eau par la REGIDESO, leurs familles sont obligées de puiser dans des sources et des puits», mais que «cela expose dangereusement leur santé puisque ces sources sont insalubres et que leurs eaux sont souvent mélangées de celles venant des toilettes et des douches des constructions anarchiques voisines».
Louis Yimba, richard Lingwe et Foudre Kole, trois habitants du quartier Mpasa I dans la commune de Kinkole, «regrettent que la REGIDESO soit si absente et indifférente aux problèmes de santé de la population de leur quartier où il n’existe aucun tuyau installé et où l’absence de l’électricité en rajoute à leur sous-développement».
Comme solution d’avenir, une étude menée par les services techniques de la REGIDESO, dont copie est parvenue à IPS, requiert «un investissement de six millions de dollars US pour acquérir une centrale thermique dont les charges d'exploitation seront de l'ordre de 600.000 millions de dollars mensuellement». Mais, selon deux agents de la REGIDESO qui ont requis l’anonymat, «cet investissement est impossible à acquérir à cause de l’insolvabilité des services de l’Etat et de l’absence d’un budget d’investissement».
Interrogé par IPS sur la réalité de ce projet, un conseiller du ministre de l’Energie, ayant demandé l’anonymat, a simplement indiqué que «cette étude n’est jamais parvenue au cabinet».
Le projet PEMU lancé en janvier 2009, et auquel concourent le gouvernement congolais et la Banque mondiale, «se propose d’accroître de manière durable l’accès à l’eau dans les zones urbaines sélectionnées, ainsi que l’efficacité technique et financière de la REGIDESO dans son ensemble et, partant, d’améliorer considérablement la vie des populations».
Selon le projet, les trois axes que vise l’accroissement sont «le rétablissement de la viabilité financière; la création des conditions d’une gestion dynamique en transformant cette entreprise publique en une société commerciale aux fins de l’accroissement de son autonomie de gestion; ainsi que le renouvellement et la modernisation des installations dans les trois centres les plus aptes à générer des revenus nécessaires pour retrouver l’équilibre et permettre d’appuyer les centres secondaires».

