LUANDA, 3 oct (IPS) – Angelina Silva, une femme angolaise de 30 ans, ne se rappelle pas les dates exactes de décès de ses fils. Elle ne se souvient que de leurs âges.
“L’un avait un an, l'autre avait un an et neuf mois”, a-t-elle déclaré. “Ils souffraient d’une maladie. Nous pensions que c’était le paludisme, mais nous ne savions pas avec certitude”. Cette femme, qui a cinq autres enfants et vit dans un bidonville à la périphérie de Luanda, la capitale de l’Angola, est peu sentimentale.
Tenant son enfant de 11 mois sur ses genoux pendant qu’elle est assise entre des immondices au bord de la route, vendant des fruits aux passants, elle a affirmé: “Ici, il est normal que les enfants meurent jeunes. Le paludisme est partout. Que pouvez-vous faire?”.
L'Angola est classé 16ème dans le monde pour la mortalité infantile. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), un enfant sur six dans le pays meurt avant d’atteindre l’âge de cinq ans – les principales causes des décès étant le paludisme, les infections respiratoires, la diarrhée et d’autres infections.
Ce classement, quoique désastreux, montre au moins une certaine amélioration comparativement au rapport de 2001 indiquant un enfant sur quatre – qui avait fait que l'Angola était mal classé dans le monde – mais il y a encore du chemin à faire si le pays doit atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) qui vise la réduction de la mortalité infantile de deux tiers d’ici à 2015.
Les taux élevés de mortalité infantile de l’Angola constituent une gueule de bois directe du pays à partir de la guerre civile de trois décennies qui a pris fin en 2002.
Les quelques services de santé, qui existaient pour les Angolais avant qu’ils n’obtiennent l'indépendance du Portugal en 1975, ont été rapidement détruits lorsque le conflit a commencé. Et en dépit de sa richesse énorme en pétrole, en diamants, le pays a été ruiné par la pauvreté.
Des millions de personnes ont fui les campagnes – où des mines terrestres ont rendu inutiles des terres agricoles – et ont emménagé à Luanda, qui abrite maintenant environ sept millions d’habitants. La majorité vit dans des bidonvilles appelés en Angola les 'musseques', avec peu d'accès à l'eau courante ou à l’assainissement.
Aucun système d’assainissement Depuis la fin de la guerre, le gouvernement a entrepris un programme de reconstruction nationale, littéralement la reconstruction ou la construction de bout en bout de tous les services publics.
En plus de la construction de nouveaux hôpitaux et centres de santé, un accent a été mis sur la formation des agents de santé communautaire pour promouvoir la santé de base des ménages, telle que le lavage des mains, le traitement des eaux et la nécessité de dormir sous une moustiquaire.
De nouvelles statistiques de l'UNICEF, du ministère de la Santé de l’Angola et de la Banque mondiale sont prévues pour être publiées conjointement plus tard cette année et constitueront le test décisif pour voir si les dépenses publiques sont en train de créer une différence.
Cela permettra également au gouvernement d’affiner les zones ayant les problèmes les plus graves et de cibler ses dépenses.
Koen Vanormelingen, le représentant de l'UNICEF en Angola, estime qu'il y a eu d’énormes progrès : “Le gouvernement est vraiment engagé, et il est en train de mettre son argent là où se trouvent ses problèmes. Il y a bien sûr un laps de temps entre le moment où les interventions sont mises en œuvre et le temps où vous voyez les résultats en termes de baisse de la mortalité”.
“Nous croyons fermement que l'Angola sera en mesure de répondre à ses OMD pour la réduction de la mortalité infantile”, a-t-il affirmé avec optimisme.
La réalité quotidienne de la pauvreté dans les 'musseques' de l'Angola, où les enfants jouent parmi des tas d’immondices et où les eaux stagnantes développent des maladies, semble être toutefois bien loin des bulletins colorés des statistiques de Vanormelingen.
Reconnaissant cela, il a déclaré : “Il y a beaucoup à faire au même moment que cela donne l'impression d'anarchie et d'inefficacité, mais je crois vraiment qu'il y a un sens de stratégie et de direction”.
Les capacités en ressources humaines, a-t-il indiqué, constituent le plus grand défi de l'Angola. Il a cité la visite d'une municipalité rurale dans la province de Huila, où un nouvel hôpital vient de s'ouvrir, nécessitant un personnel de 250 agents.
“Dans cette municipalité, le décompte total pour le personnel de santé est de 195 agents; alors comment pouvez-vous doter cet hôpital en personnel du jour au lendemain? Ces choses prennent du temps”, a expliqué Vanormelingen.
Longue attente Dans le Rapport 2008 sur le bien-être de l’enfant africain, l'Angola a été classé 35ème sur 52 pays du continent pour “le bien-être des enfants” et 45ème sur 52 pour la fourniture des services de base, tels que la santé et l'éducation.
Toutefois, dans son plan de dépenses 2009/2010, un tiers des 33 milliards de dollars du budget national sera alloué aux programmes sociaux, y compris la santé et l'éducation.
Selon la Banque mondiale, les dépenses publiques de l'Angola sur la santé s’élèvent à environ 70 dollars par habitant, considérablement plus élevées que dans la plupart des pays africains, avec la Tanzanie, par exemple, qui dépense seulement 10 dollars par habitant.
Parce qu'il faut du temps pour que les investissements dégoulinent, un point d'interrogation demeure sur la quantité de cet argent qui atteint effectivement les bénéficiaires visés. Jusqu’à présent, la plupart des Angolais continuent de se débattre.
A l’extérieur de l'une des maternités de Luanda, les femmes se pressent sur le trottoir qui s'effrite. Elles ne sont pas autorisées à entrer dans l'hôpital pour voir leurs enfants et petits-enfants malades; à cause de l’encombrement, elles attendent au dehors pour des nouvelles, pendant des jours, parfois des semaines, mettant en danger leur propre santé pendant qu'elles s’assoient parmi les saletés et les moustiques.
Adelina Job passe sa septième nuit dans la rue. “Mon petit-fils est à l'intérieur avec ma fille”, a-t-elle déclaré. “Je suis obligée de rester ici parce qu’ils ont besoin de moi pour leur prendre de la nourriture, comme il n'y en pas à l'intérieur. En outre, ils sortent pour me dire les médicaments que je dois acheter à la pharmacie, parce que l’hôpital n’en a pas souvent”.
Cette femme de 50 ans, recroquevillée, actuellement mère de deux filles après avoir perdu cinq fils dans la guerre civile, dit qu'elle ne sait pas ce qui ne va pas pour son petit-fils d’un mois ou s'il a des chances de survivre. Au moment où cet article est publié, il pourrait être l’objet d’une autre statistique.

