G20: Souder une alliance du Sud

JOHANNESBURG, 23 sep (IPS) – Les principaux pays en développement se préparent à nouveau pour faire front ensemble sur des questions cruciales au sommet des chefs de gouvernement du G20 à Pittsburgh, aux Etats-Unis, du 24 au 25 septembre.

Mais la solidarité du Sud peut avoir besoin d'aller au-delà du front commun stratégique présenté au cours de tels sommets pour inclure un renforcement des liens continuels.

Un grand cas de test pourrait être l’IBSA – un regroupement de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud, qui réunit les principales démocraties en développement à travers trois continents.

Beaucoup croient que l’IBSA détient des possibilités plus importantes que ne le fait le BRIC – le regroupement du Brésil, la Russie, l'Inde et de la Chine, qui est considéré plus comme une coalition stratégique de négociation que comme un bloc solide d'économies en pleine émergence.

“Je pense que l'IBSA est une association de pays qui est basée sur une réalité très solide”, déclare à IPS, Ron Davies, ministre du Commerce et des Industries de l’Afrique du Sud.

“Que nous soyons les pays en développement plus grands sur différents continents, et que nous ayons une série d'accords de coopération qui, au moins pour l'Afrique du Sud, ont une signification réelle”.

Mais au milieu de son enthousiasme pour de nouveaux liens Sud-Sud, Davies reconnaît que c’est encore trop tôt. “Je pense qu'il y a du travail à faire pour consolider et approfondir l'IBSA. Et c'est l'une de nos priorités, très importantes, ici en Afrique du Sud”.

Pour l'instant, le sens immédiat de présenter un visage de négociation unique est plus clair que les dimensions futures de l'initiative trilatérale. “Dans une certaine mesure, je pense que l'IBSA est quelque peu une idée romantique en ce sens que lier les trois pays par des liaisons aériennes communes ou des liens maritimes est un long chemin vers l'avenir”, affirme le professeur Stephen Gelb, directeur exécutif de 'The Edge Institute' (Institut du bord), un centre indépendant de politique économique à Johannesburg.

“Je pense qu'il y a beaucoup de possibilités pour des alliances politiques dans des fora multilatéraux comme l'OMC ou les Nations Unies, mais des liens réels entre les trois pays résident quelque part dans l'avenir”.

Et cet effort viendra, estime Gelb, pas au cours des rassemblements politiques, mais dans les conseils d'administration des entreprises.

“Les liens d'affaires qui se produisent, ou se seraient produits, permettraient de renforcer l'idée de l’IBSA plutôt que l'inverse”, dit-il. “Les entreprises se retrouvent quand elles (en) ont besoin, elles trouvent les marchés qui aident à créer des liens qui prennent ensuite une expression politique”.

Ce dont les trois pays ont besoin, c’est plus de commerce avec les uns et les autres, et des activités conjointes dans des marchés tiers, indique Gelb. “Ce que je pense est très important; faire de cela une réalité est que les liens entre chaque paire de pays deviennent beaucoup plus solides”, souligne-t-il.

Un exemple pourrait être l'accord de fusion en cours de négociation entre deux grandes sociétés de télécommunications, Bharti en Inde et MTN basée en Afrique du Sud, cherchant à créer une entité fusionnée évaluée à 23 milliards de dollars avec plus de 200 millions d'abonnés.

La société fusionnée desservirait des marchés en Afrique, dans le monde arabe et en Asie. Plusieurs directeurs parlent déjà de l’examen d’un autre domaine en direction de l'Amérique latine, où le Brésil, le troisième pilier de l'IBSA, a lui-même le potentiel d’être un grand marché.

Il y a, en outre, plusieurs autres accords en cours d'élaboration entre les entreprises des trois pays, et le commerce entre les trois reprend rapidement.

Le quatrième sommet de l’IBSA a eu lieu à Brasilia, la capitale du Brésil, au début du mois de septembre – utilement avant le sommet du G20. En visite au Brésil début septembre, en préparation du Sommet sur les affaires de l’IBSA en octobre, le ministre indien des Affaires étrangères, S.M. Krishna, a souligné des possibilités communes, ainsi que des menaces communes découlant de la crise financière.

La crise renverra des millions de personnes dans les pays en développement dans la pauvreté pour une autre génération, a-t-il déclaré avant le sommet à Brasilia. L’IBSA, a-t-il indiqué, “peut être un modificateur de jeu dans les circonstances actuelles”.

L’IBSA envisage maintenant des moyens d'ouvrir des opportunités au-delà de la base des trois nations. Des cadres sont en train d’explorer actuellement le renforcement des liens commerciaux entre l'Inde et le MERCOSUR (le groupe d’Amérique du sud qui comprend le Brésil, le Paraguay, l'Uruguay et l’Argentine), et entre l'Inde et l'Union douanière d'Afrique australe.

Les trois pays de l’IBSA ont une population de près de 1,5 milliard d'habitants (essentiellement en Inde), et un produit intérieur brut (PIB) combiné d'environ 3,2 trillions de dollars, indiquent des officiels. Une façon de vaincre la crise qui survient dans les pays développés, disent-ils, est pour les pays de l’IBSA de vendre beaucoup plus les uns aux autres.

Les ministres des Affaires étrangères, Celso Amorin du Brésil, Krishna de l'Inde et Maite Nkoana-Mashabane d’Afrique du Sud, ont fixé un objectif au-delà de doubler le commerce entre les trois pays de 25 milliards de dollars d'ici à 2015. Le commerce total, au cours des trois dernières années, s’élevait à 10 milliards de dollars.