SWAZILAND: L’éducation des anges

BULEMBU, Swaziland, 24 sep (IPS) – Il ne s'agit pas d'une salle de cours typique où les écoliers s’assoient dans des rangées regardant devant, avec un maître qui leur explique le cours.

Par contre, Angel Hlatshwayo, 13 ans, comme le reste de ses collègues, est assise dans une cabine individuelle concentrée sur le travail devant elle.

“C'est un système d'éducation unique qui a été lancé aux Etats-Unis d'Amérique”, a expliqué Jon Skinner, directeur de 'Bulembu Christian Academy' (Académie chrétienne de Bulembu – BCA). “C'était un programme qui a été initialement conçu pour l'enseignement à domicile il y a 30 ans, mais de nombreuses écoles à travers le monde en sont tombées amoureuses plus tard”.

Actuellement, 200 écoles à travers l'Afrique utilisent l'Education chrétienne accélérée (ACE), une approche individualiste à l'éducation, et la BCA, une école missionnaire dirigée par 'Bulembu Ministries Swaziland (BMS)', dans le nord-est du Swaziland, la trouve idéale parce qu’elle opère dans un environnement où beaucoup d’enfants ont perdu plusieurs années scolaires.

La majorité des écoliers qui fréquentent la BCA sont des orphelins et enfants vulnérables qui sont pris en charge par BMS dans le cadre du programme de soins communautaires. BMS obtient ces orphelins auprès du ministère des Affaires sociales à Pigg's Peak, mais le gouvernement ne paie rien à BMS pour l'entretien des enfants.

Certains des écoliers sont des enfants des employés de BMS et ceux des habitants des communautés environnantes.

Les contributions scolaires s’élèvent à 70 dollars par mois et BMS verse la totalité du montant pour les orphelins dans le cadre de son programme tout en subventionnant les contributions à hauteur de 60 dollars par mois pour le reste des écoliers dont les parents sont pauvres.

“Les contributions sont subventionnées à travers des dons de l'étranger”, a indiqué Skinner. “Nous offrons aussi un programme de cantine scolaire”.

Hlatshwayo est une écolière de la classe de CM2 qui a été inscrite dans ce système l'année dernière après qu’elle a quitté l’école primaire publique située à proximité. Son père est décédé et sa mère, qui est une aide à 'ABC Ministries' (un orphelinat pour les bébés abandonnés à Bulembu), ne pouvait pas payer les 40 dollars de contribution scolaire par an.

Une écolière, à son âge, est censée être au moins en classe de sixième. Elle a pu rattraper dans l’intervalle de deux ans.

“Je suis sur le point de terminer mon module de la classe de sixième; je commencerai bientôt la classe de cinquième”, a affirmé Angel, toute enthousiaste.

Elle s'est empressée d'ajouter que ce qu'elle aime le plus dans sa nouvelle école, est que les châtiments corporels ne sont pas en vigueur totalement, contrairement à son ancienne école où les écoliers sont battus pour des choses comme le retard, l’échec aux tests ou un simple bavardage en classe.

“Ici, nous sommes forcés de faire face au mur pendant 30 minutes, après l'école, si nous nous comportons mal”, a souligné Angel, d’un sourire malicieux. “Mais M. Skinner fesse d’autres si leur mauvaise conduite devient trop”.

Skinner dit qu'il donne seulement une fois en passant quelques coups aux plus jeunes écoliers, mais qu’il ne touche pas les adolescents.

“Les adolescents ont tendance à être révoltés si vous les frappez, mais je fesse les plus jeunes pour les garder sur la bonne voie”, a déclaré Skinner.

Skinner a indiqué que les écoliers sont classés en fonction de leurs groupes d’âge et non en fonction des niveaux de leurs classes. Par exemple, un enfant de 13 ans faisant le cours d’initiation n'est pas mis dans la même classe avec ceux qui ont six ans. Par contre, un tel enfant serait dans la même classe avec les écoliers du même groupe d'âge qui sont dans des classes de niveaux différents.

“Mettre les enfants plus âgés avec ceux qui sont plus jeunes est perturbateur”, a expliqué Skinner.

Chacun des écoliers a son propre plan de travail. Le matériel d'étude est constitué de modules conçus selon le programme national d'enseignement pour chaque niveau de classe. Pendant que certains écoliers, dans la même classe, font la lecture, d’autres sont en train d’écrire ou font partie du groupe au dehors en train de faire des activités extra-muros.

“Comme vous pouvez le constater, chaque enfant travaille à partir de son bureau (cabine) et soulève un drapeau chaque fois qu'il veut une assistance”, a confié Skinner à IPS.

Deux personnes facilitent le processus d'apprentissage – un superviseur et un surveillant. Le superviseur, selon Skinner, est un enseignant qualifié qui s’occupe des besoins scolaires des écoliers pendant que le surveillant se concentre sur des questions non académiques telles que les demandes de permission pour aller à la salle de bain. Plutôt que l'enseignement, le programme d’enseignement de l'ACE encourage le mentorat.

“L’effectif maximum des écoliers dans chaque classe est 20, de sorte que chaque enfant puisse bénéficier d'une attention maximum, soit du superviseur ou du surveillant”, a expliqué Skinner.

D’après ce programme d’enseignement, il n'y pas d’échec – il n'y a pas d’examen de fin d'année parce que les écoliers passent des tests sur chaque module au cours de l'année.

L'école a commencé par fonctionner en 2008, et il y a maintenant 188 écoliers, du cours d’initiation en terminale.

“Notre programme d'enseignement est en avance de deux ans sur le programme national d'enseignement utilisé au Swaziland. Cela donne alors à nos élèves l'avantage de s'inscrire dans des institutions d’enseignement supérieur d’Afrique du Sud parce que les élèves swazi ayant suivi le programme IGCSE (Certificat général international d’enseignement secondaire) ne sont pas admis dans les institutions sud-africaines”, a indiqué Skinner.

Le programme d’enseignement de l’ACE a été salué par le ministère de l'Education et de la Formation, plutôt qu'une cuillère d’enseignant qui alimente la classe et attend que les écoliers régurgitent les informations pendant l'examen. Pat Muir, le secrétaire principal, a dit que les écoliers sont dotés des capacités pour s’instruire eux-mêmes.

“Bien que cela ne soit pas un programme d’enseignement commun au Swaziland, mon appréciation de cela est que c'est un bon programme”, a déclaré Muir. “Il pourrait y avoir quelque chose que nous pourrions apprendre de ces écoles parce que le gouvernement est également préoccupé par la qualité de l'éducation”.

Toutefois, Andrew Le Roux, directeur général de BMS, a déclaré que l’ACE est un système très coûteux à gérer en termes de personnel et d'infrastructures.

“Le fait que ce programme fonctionne sur un taux d’encadrement de 1:10 signifie qu'il vous coûterait plus d'argent parce que vous avez besoin davantage d'enseignants et de salles de cours”, a affirmé Le Roux.

Par contre, Taurai Takarasima, un enseignant de l'école, a dit que ce qu'il aime au sujet de ce programme, est que le processus d'apprentissage implique l'enseignant à un niveau plus élevé par rapport à la méthode traditionnelle de “la craie et la parole”. Takarasima, qui a été enseignant au Zimbabwe pendant plusieurs années, a déclaré que ce serait toutefois une bonne idée de combiner les deux méthodes.

“La méthode de l’ACE limite les écoliers à des réponses en un mot, contrairement à la méthode traditionnelle qui les encourage à s'exprimer dans des compositions”, a souligné Takarasima.

Il a dit que parce que les écoliers travaillent tous seuls la plupart du temps dans le cadre du programme de l’ACE, cela explique pourquoi les questions subjectives sont posées, contrairement à la méthode traditionnelle qui utilise à la fois les questions subjectives et les questions objectives.

Un autre défi auquel la BCA est confrontée est que les enseignants swazis qualifiés ne sont pas intéressés à travailler dans l'école parce que les salaires sont complètement inférieurs à ceux payés par le gouvernement.

“Nous sommes une organisation caritative et nous payons la moitié des salaires payés par le gouvernement, et nous attirons essentiellement les enseignants étrangers parce que le gouvernement ne les emploie pas”, a indiqué Skinner.