AFRIQUE DE L’OUEST: Le changement climatique et les droits de l’Homme

LOME, 23 sep (IPS) – Des représentant des pays d’Afrique de l’ouest et des institutions internationales basées dans la sous-région souhaitent l’utilisation d’une approche basée sur les droits de l’Homme pour répondre aux défis des changements climatiques.

Pour étudier la prise en compte des droits de l’Homme dans les problèmes de changements climatiques, les pays membres de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO) et les Nations Unies ont organisé une conférence internationale à la mi-septembre à Lomé, la capitale du Togo. Environ 80 experts représentant des gouvernements et des institutions internationales ont recommandé la mise en place de mesures pour la protection des diverses catégories de populations victimes des changements climatiques, y compris les migrants, et en particulier les femmes, les jeunes, les enfants, les personnes vivant avec un handicap et d’autres groupes vulnérables afin de préserver la pleine jouissance de leurs droits humains fondamentaux.

L'Afrique de l'ouest figure parmi les zones les plus exposées aux effets des changements climatiques, selon des experts de la sous-région. «La terre est gravement malade, et ce, de notre fait», déclare Rosine Coulibaly, la coordonnatrice résidente du système des Nations Unies au Togo. «L’évolution récente des émissions de gaz à effet de serre est préoccupante», dit–elle, ajoutant que les énergies fossiles, les ressources naturelles s’épuisent, et le nombre de réfugiés climatiques ne cesse d’augmenter.

«Selon le groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), l’Afrique est l’un des continents les plus vulnérables à la variabilité et au changement climatiques, à cause des multiples pressions qu’elle subit et de sa faible capacité d’adaptation», a souligné Coulibaly.

Les inondations, la sécheresse, la déforestation et l'assèchement des zones lacustres ont des impacts sur la vie de millions de personnes. «Actuellement, nous avons, d'après nos chiffres, plus de 700.000 personnes qui ont été affectées par les inondations en Afrique de l'ouest cette année, plus de 160 morts, environ 25.000 habitations ou maisons ont été détruites, et… les dégâts humains et matériels sont importants», a indiqué à IPS, Hervé De Lys, responsable du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Afrique de l'ouest.

Abye Makonnen, représentant régional de l’Organisation internationale des migrations (OIM) a reconnu également que l’Afrique de l’ouest est une des régions les plus vulnérables aux changements climatiques, avec la perte de terres cultivables et habitables, des conflits liés au foncier et aux ressources en eau à l’intérieur ou aux frontières, et l’accélération des mouvements de populations. Et les populations de la sous-région voient ainsi leurs droits bafoués. «Le débat a pendant longtemps porté principalement sur les conséquences physiques et naturelles du changement climatique», a reconnu Daniel Eklu, directeur du département des affaires humanitaires et sociales de la CEDEAO. Selon lui, le temps est venu de mieux tenir compte des implications pour les sociétés humaines.

«Les changements climatiques ont des répercussions sur les fondements de la vie humaine et touchent directement toute une gamme de droits fondamentaux de la personne tels que le droit à la vie, à la sécurité, à l’alimentation et à l’eau, au logement, à la santé et à un environnement sain, entre autres», a déclaré à IPS, Eklu, qui souligne l’interdépendance entre les droits de l’Homme et le développement durable.

Scott Campbell, chef de la division Afrique du Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, a également expliqué à IPS que le droit à la vie, à l’alimentation, à l'eau, à la santé, à un logement convenable constituent les droits les plus affectés par les changements climatiques. Les participants à la rencontre de Lomé, parmi lesquels des ministres de l’Environnement et des Droits de l’Homme, ont recommandé, par ailleurs, la création d’un fonds spécial pour répondre à l’impact induit du changement climatique sur les populations affectées.

Ils ont proposé en outre la rédaction d'un nouvel instrument juridique visant à protéger les personnes déplacées par les effets du changement climatique et qui se retrouvent parfois hors de leur pays d'origine. «Cette initiative s’inscrit dans une nouvelle donne qui nous permet de mettre désormais la personne humaine au centre de toutes nos actions», a déclaré à IPS, Hamdou Yakoubou, le ministre des Droits de l’Homme du Togo.

«Nous étudions aussi comment nous pouvons nous adapter à cette situation de changement climatique car l'adaptation est pour nous une préoccupation majeure», a indiqué Johnson Boanuh, directeur de l'environnement de la CEDEAO. Les recommandations de la rencontre de Lomé seront ajoutées aux propositions communes des pays africains en vue des négociations mondiales sur le changement climatique, prévues en décembre à Copenhague, au Danemark.