LE CAP, 15 sep (IPS) – Pour Katriena Anthony, être enceinte de quatre mois présente des risques particuliers pour les conditions dans lesquelles elle vit.
Cette habitante de 38 ans de Mandela Square, un établissement informel dans la ville rurale de Montague, à trois heures de route du Cap, vit dans une cabane de deux pièces faite de bois et de feuilles de tôle.
Elle n'a ni électricité ni eau courante, et chaque matin, elle doit parcourir de longues distances pour chercher du bois, tandis que l'eau pour la boisson et la cuisine doit être conduite à son domicile à partir d'un robinet à proximité dans un seau en plastique.
Un matin, à la fin du mois d’août, elle était sur le point d'embarquer pour une visite au centre de santé publique pour un examen de sa deuxième grossesse, et a été assez chanceuse de se faire remorquer.
Elle dit que d’habitude, une telle visite impliquerait une heure de marche aller et retour, parce que les dix rands (1,25 dollar) nécessaires pour prendre un taxi ne sont pas toujours disponibles dans le budget du ménage.
Plus tard au cours de sa grossesse, s’il y a un besoin urgent de se rendre à l'hôpital, elle dit qu'elle peut appeler une ambulance ou payer 50 rands (6,25 dollars) à toute personne qui a une voiture pour l'emmener à l'hôpital; si elle n'a pas cet argent, elle devra l'emprunter quelque part.
Une autre femme dans l’établissement informel, également enceinte de quatre mois, déclare qu'elle souffre de la tuberculose. Elle a été diagnostiquée il y a environ un mois après avoir souffert d’une toux continue, affirme-t-elle, et est maintenant sur une médication, mais se plaint de ses conditions de vie.
“Nous n'avons pas de toilettes et nous devons marcher dans les montagnes pour chercher du bois. Ce n'est pas bon. Le vent souffle dans la cabane et elle est inondée quand il pleut”.
Ces deux femmes reçoivent des soins médicaux réguliers dans une province qui dispose de l'un des meilleurs systèmes de santé dans le pays, mais les femmes rurales, avec de mauvaises conditions de vie, risquent plus de complications de la grossesse.
La santé maternelle a été sous le feu des projecteurs en Afrique du Sud après qu’une analyse des décès maternels a été publiée en juillet montrant une augmentation du taux de mortalité maternelle du pays (MMR).
Plus de 4.000 décès maternels ont été signalés dans le rapport 'Sauver les mères 2005-2007: Quatrième rapport sur les enquêtes confidentielles sur les décès maternels en Afrique du Sud', une hausse de 20 pour cent à partir des 3.406 décès au cours des trois années précédentes.
Les trois principales causes de décès étaient des infections non liées à la grossesse essentiellement causées par le SIDA (43,7 pour cent), les complications de l'hypertension (15,7 pour cent) et l’hémorragie obstétricale (12,4 pour cent).
Des chercheurs ont constaté que près de quatre décès sur 10 (38,4 pour cent) étaient évitables. Ils ont identifié la non-fréquentation des centres de santé et le retard dans la fréquentation comme les problèmes courants, avec de mauvais moyens de transport, le manque d'infrastructures de santé et le manque de personnel qualifié.
Ce rapport a été suivi par la publication d'une étude de Lancet en août, sur la santé des mères et des bébés d’Afrique du Sud, qui indique que la pauvreté et les mauvaises conditions dans les zones rurales et les townships urbains expliquent en partie la situation.
“Les femmes pauvres et les enfants ont supporté la grande partie des injustices du régime de l'apartheid. Notre analyse montre que les services de la santé maternelle, néonatale et infantile continuent de leur faire défaut et qu’environ 76.600 femmes, nouveau-nés et enfants meurent inutilement chaque année”, a conclu le rapport.
Marije Versteeg, directrice de projet au Projet de plaidoyer pour la santé rurale, a déclaré que les facteurs dans le domaine de la santé maternelle comprennent l'incapacité de payer le transport du fait des niveaux élevés de pauvreté, le chômage dans les zones rurales et la pénurie de professionnels de santé.
“Les hôpitaux ne disposent pas d’assez de personnel pour suivre les femmes en travail. Il y a des districts où des infirmiers professionnels ne peuvent être nommés, parce qu’il n'y a aucun intérêt”, a-t-elle souligné.
Avec le VIH/SIDA accusé d’être la raison de cette augmentation, le rapport 'Sauver les mères' a noté que le taux institutionnel de mortalité maternelle des femmes qui ont été infectées par le VIH était presque dix fois celui des femmes séronégatives. L’étude de Lancet constate que le MMR pour les femmes séronégatives est de 34 pour 100.000 naissances vivantes, semblable aux pays à revenu intermédiaire comme le Brésil, l'Argentine et la Thaïlande, avec le MMR pour les femmes séropositives aussi presque dix fois plus élevé.
Versteeg a dit que si les femmes rurales n'ont pas accès aux centres de santé du fait des problèmes de coût, elles ratent également la promotion de la santé et risquent d'être moins informées des services destinés à prévenir la transmission du VIH de la mère à l'enfant (PTME).
Le stigmate lié au VIH et au SIDA a également conduit à la dissimulation et à un manque subséquent du traitement de la PTME.
Le professeur Sue Fawcus, vice-présidente du Comité national sur les enquêtes confidentielles sur les décès maternels, qui a produit le rapport “Sauver les mères”, a indiqué qu'il était “tout à fait clair” que les provinces ayant la plus grande base rurale – le KwaZulu-Natal, le Cap oriental et le Limpopo – aient les taux de mortalité maternelle plus élevés.
Fawcus attribue l'augmentation des décès, notamment au VIH/SIDA. “Je pense que le VIH/SIDA a été un gros problème pour nous”, dit-elle, soulignant que le fait de considérer uniquement les décès des personnes séronégatives peint une image bien plus positive.
“Cela montre que le VIH a été un grand défi dans l’effort de les atteindre (les Objectifs du millénaire pour le développement)”, confie-t-elle, mais ajoute que des améliorations peuvent être apportées parce que l'Afrique du Sud a un meilleur financement de la santé par rapport à d’autres pays.
Versteeg appelle pour que le système de santé des districts soit renforcé, et pour davantage de fonds ainsi que des dépenses plus efficaces du financement en cours.
Les chercheurs qui ont entrepris l'étude du Lancet estiment que des interventions pour sauver les vies des enfants coûteraient 1,5 milliard US par an, soit 24 pour cent des dépenses sur la santé du secteur public.
Cela aurait également des avantages dans la réduction des décès maternels et mettrait l'Afrique du Sud sur la bonne voie pour atteindre les quatrième et cinquième objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
“Les coûts sont abordables et le vide remarquable, c’est le leadership et l'application efficace, à tous les niveaux, du système de santé, y compris la responsabilité nationale et locale pour la fourniture des services”, ont-ils écrit.
Le rapport 'Sauver les mères', prend fin avec une citation du rapport 1999-2001, qui a noté que les carences – dans la satisfaction des attentes des mères à mettre au monde un enfant en bonne santé et voir cet enfant grandir – ont besoin d'être “corrigées de toute urgence”.
Le rapport 2005-2007 conclut simplement: “Malheureusement, ceci, à l'exception notable des femmes qui meurent de complications de l'hypertension pendant la grossesse, n'a pas encore eu lieu. Nous devrons redoubler nos efforts”.

