MALI: Le transfert de technologie est si lent que "nous devrons copier comme la Chine"

BAMAKO, 16 sep (IPS) – Les voitures et les motos sont coincées à cause des fortes pluies qui ont arrosé Bamako, la capitale du Mali, pendant ces derniers jours. C’est en fin d'après-midi et l'eau, la boue et les fruits pourris des étalages, à proximité, rendent le voyage encore plus périlleux pour ceux qui rentrent à la maison pour rompre le jeûne du Ramadan.

Ces inondations soudaines sont une conséquence directe du changement climatique qui est à l'origine des changements extrêmes du temps avec les saisons des pluies plus courtes et plus brutales, alternant avec la sécheresse et la désertification. “Depuis le début des années 1970, le Mali a connu une réduction de 20 pour cent des précipitations et une baisse de 50 pour cent du taux d'écoulement des plus grandes rivières”, explique Sidi Konaté. Il est un ingénieur qui travaille au Secrétariat technique permanent (STP) du ministère de l'Environnement, qui est chargé de l'application du Cadre de la convention des Nations Unies sur le changement climatique. Le Protocole de Kyoto constitue une partie de cette convention. Konaté participait à une table ronde organisée le week-end dernier par 'Media 21 Global Journalism Network' (Media21 Réseau de journalisme global) à Bamako. Ce réseau est une initiative basée à Genève qu’une équipe de journalistes a lancée pour améliorer la couverture médiatique des questions essentielles telles que le changement climatique. Afin d'assister les pays en développement à s'adapter à un phénomène auquel ils n'ont pas contribué mais dont ils souffrent des conséquences, le Protocole de Kyoto prévoit un transfert, de la part des pays du Nord, de technologies favorables à l'environnement pour aider les pays pauvres à se développer et s’industrialiser, mais à continuer par polluer moins. “Mais jusqu'à présent, nous n'avons rien reçu!”, s'exclame Konaté. “La technologie n'est pas quelque chose que vous pouvez transférer – principalement à cause des droits de propriété intellectuelle. Vous devez la copier, comme les Chinois! La convention n'a pas trouvé un mécanisme satisfaisant et la conférence de Copenhague ne le trouvera pas non plus”. La conférence de l'ONU sur le climat à Copenhague, en décembre cette année, fera le suivi de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto, qui s'achève en 2012. Ce protocole engage les pays développés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de cinq pour cent entre 2008 et 2012, en dessous de celui des niveaux de 1990. Des experts et des organisations non gouvernementales leur demandent de s'engager pour une réduction de 20 pour cent au moins, mais les pays industrialisés veulent aussi que les économies émergentes – comme la Chine et l'Inde qui sont de grands pollueurs – prennent des engagements contraignants. Ces derniers sont réticents à cause des implications pour la croissance. Le Mali, qui est en Afrique de l'ouest, est “un pays chaud et aride”, poursuit Mamadou Gakou, directeur du STP. “Nous avons le soleil et le vent et avons par conséquent besoin des technologies pour les transformer en énergie solaire et éolienne. Et nous avons également besoin de technologies pour l'irrigation”.

Le problème est, estime l'Agence pour les informations sur le commerce et la coopération (ACICI), basée à Genève, que “dans le cours normal des évènements, les gouvernements ne peuvent pas eux-mêmes assurer le transfert de technologie. Le transfert a lieu lorsque des entreprises privées ont un intérêt ou une incitation. “Naturellement, le transfert peut non seulement avoir lieu avec la construction ou l'importation de produits et d’infrastructures favorables au climat, mais aussi à travers l'échange de savoir-faire et d'expérience en gestion de projet vers des pays en développement”, explique l'ACICI, qui est une organisation intergouvernementale qui aide les pays pauvres à renforcer leurs capacités afin de stimuler “la croissance favorisée par le commerce”. Certaines technologies intéressantes, favorables à l'environnement, existent déjà au Mali, mais celles-ci ne sont pas le résultat de transfert de technologie. Le gouvernement a eu souvent à payer pour celles-ci entièrement. Le “programme d'ensemencement de nuages” est l’un de ces projets. Il est géré avec l'aide de 'Weather Modification Corporation' (Entreprise de modification du temps), basée aux Etats-Unis. “Pendant la saison pluvieuse, quand on voit un nuage prometteur, nous envoyons un avion injecter du sel pour provoquer la condensation”, explique Daouda Zan Diarra, ingénieur à Météo Mali. “Une demi-heure plus tard, il pleut exactement là où nous voulons. S'il n'a pas plu pendant 10 jours dans une région, alors nous envoyons l'avion”. Ce projet – qui est également en train d’être réalisé au Sénégal et au Burkina Faso – a été entièrement financé par le gouvernement malien. Il a dépensé 13 millions de dollars pour acheter deux avions et l'équipement radar de l’Entreprise de modification du temps qui dirige les opérations en coopération avec la Force aérienne malienne. L'ingénieur ajoute que la pluviométrie a augmenté de 15 pour cent en moyenne et la production du mil, du riz, du sorgho et d'arachides de 50 pour cent. Météo Mali gère deux prévisions météorologiques différentes sur la télévision malienne: une pour les précipitations naturelles et une pour les pluies artificielles.

Près de Bamako, Coca-Cola a construit – en partenariat avec l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) – la seule usine de traitement de l'eau dans le pays. Elle traite les eaux usées de l'usine 'Bramali' – un producteur de bière et de boissons non alcoolisées sous la licence de Coca-Cola, entre autres.

Le processus est entièrement biologique – des bactéries consomment les déchets – et l'eau est renvoyée dans le fleuve Niger. Le coût du projet s’élève jusque-là à 2,2 millions de dollars. Mais ailleurs, il n'existe aucun traitement de l'eau, pas même pour l'égout de Bamako qui se jette directement dans le fleuve Niger. Avec des sociétés privées apparemment désintéressées, le gouvernement malien est en train de construire une usine de traitement de l'eau dans la nouvelle zone industrielle de la ville. L'Allemagne a été le partenaire le plus important du Mali dans le domaine de l'environnement. “Jusqu'à ces temps récents, les donateurs n’étaient pas très conscients du changement climatique”, estime Michaëla Braum de la GTZ, l’agence allemande de coopération technique. “Nous avons aidé les pays africains dans leur lutte contre la désertification, mais aujourd'hui, nous essayons de regarder vers les préoccupations liées au changement climatique à travers tous nos projets. Le processus est encore nouveau, mais la conférence de Copenhague peut lui donner une nouvelle impulsion”.

Gakou souligne que “l'un des plus grands problèmes est de savoir comment mobiliser les fonds qui sont déjà là”. Le “Global Environment Fund” (Fonds mondial pour l’environnement) contient des millions de dollars qui n'ont pas encore été mobilisés”. Par exemple, l'une des initiatives privées d'équité les plus importantes qui investissent dans l'environnement est le Fonds mondial pour l'environnement. La route vers Copenhague est toujours escarpée. Le Plan d’action de Bali de l'ONU, adopté en 2007 afin de tracer une voie pour de nouvelles négociations sur le changement climatique, appelle à “une action renforcée” sur le transfert de technologie, y compris le financement et la coopération sur la recherche et le développement. Reste à voir si Copenhague relancera cette “action renforcée”.