ROME, 14 sep (IPS) – Une hausse alarmante du nombre de jeunes filles nigérianes trafiquées vers l’Italie a été enregistrée.
L'année dernière, 1.782 jeunes filles en provenance du Nigeria sont arrivées à Lampedusa, comparativement aux 166 en 2007, déclarent des organisations de défense des droits humains. Lampedusa, une île italienne située à 205 kilomètres de la côte italienne, située entre la Tunisie et la Sicile, est utilisée comme un centre de rétention pour les migrants, particulièrement en provenance d'Afrique. Le trafic humain est devenu la troisième source de revenu la plus importante pour des organisations criminelles à travers le monde, après la drogue et les armes, selon un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), publié au début de cette année. Près de 80 pour cent des personnes trafiquées, essentiellement des femmes, sont sexuellement exploitées, indique le rapport.
Des représentantes des femmes venues de 25 pays ont demandé aux pays du G8 de mener une action mondiale et concrète contre de telles violences basées sur le genre. Le G8 est un groupe de pays développés qui comprend les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la Russie. “La présidence italienne du Groupe des Huit (G8) nous donne une occasion unique de mettre la question des violences faites aux femmes dans le monde sur l'ordre du jour des dirigeants”, a déclaré Rosa Maria Carfagna, ministre des Chances égales, au cours d'une conférence des groupes de femmes à Rome du 9 au 10 septembre. “Nous ne sommes pas ici pour pleurer la condition des femmes, mais plutôt pour montrer au monde notre détermination pour un changement”. La réunion a soulevé plusieurs questions telles que le viol, les violences conjugales, la mutilation génitale féminine, l'accès à l'éducation, et les violences faites aux jeunes filles. Une déclaration conjointe issue de cette conférence sera soumise au sommet des ministres des Affaires étrangères du G8 à l'Assemblée générale des Nations Unies, plus tard dans ce mois. Pendant que le rapport de l'ONU indique que la plupart des victimes des trafiquants sont des femmes et des filles, elles constituent également la majorité parmi les auteurs dans 30 pour cent des pays qui ont fourni des preuves sur le sexe des trafiquants. Beaucoup de victimes anciennes, poussées par des raisons psychologiques ou financières, deviennent des trafiquantes. “Ces femmes, que nous appelons 'mamans', nous forcent dans les rues pendant des jours sans répit, même lorsque nous avons notre menstruation, aussi quand nous sommes enceintes… et quelques jours après l'accouchement, nous sommes poussées dans la rue encore; autrement, les 'mamans' nous voleraient les bébés”, a affirmé Isoke Aikpitanyi à IPS. Aikpitanyi, 30 ans, a quitté le Nigeria en 2000 avec la promesse d'un emploi à Londres, mais a été 'vendue' à un groupe criminel, envoyée en Italie et forcée de se prostituer. “Ici, j'ai trouvé le véritable enfer”, a-t-elle indiqué, “un monde de violences quotidiennes, perpétrées par des hommes, et par d'autres femmes, et également par nos propres familles qui prétendent qu'elles ne sont pas informées, et prennent leur part d'argent”. Aikpitanyi dit qu'elle a réuni 40.000 dollars par son travail pour les gens qui ont organisé son voyage en Europe. Les organisations criminelles prêtent de l’argent aux femmes pour qu’elles paient le voyage, et les femmes doivent rembourser par leur travail. Invariablement, elles sont forcées dans la prostitution pour payer la dette. “Aujourd'hui, on demande aux filles de payer 80.000 dollars”, déclare Aikpitanyi. “Dans plusieurs cas, cela prend des années (pour rembourser)”. “Les filles qui sont forcées de se prostituer disent que pour chaque femme victime du trafic humain, une femme italienne est à l'abri du viol”, a-t-elle expliqué, parce qu'elles sont souvent approchées par des hommes violents qui sont des violeurs potentiels. Une fille, qui partageait une chambre avec Aikpitanyi, a été tuée après avoir dénoncé des violences à la police. En 2003, lorsque Aikpitanyi a trouvé le courage d'échapper à ses geôliers et d’informer la police, elle a été agressée et réduite au coma. C’était bien longtemps avant qu’elle ne puisse trouver la protection d'une organisation des femmes et créer ensuite sa propre organisation, 'Girls from Benin City' (Des filles de Benin City), du nom d'une ville dans le sud du Nigeria. Ce groupe aide aujourd'hui beaucoup de Nigérianes victimes ou d'anciennes victimes du trafic. “Le gouvernement du Nigeria fait beaucoup pour arrêter le trafic humain”, a confié à IPS, Barry Bibata, ministre de la Promotion de la Femme et de la Protection de l’Enfant. “En 2003, nous avons promulgué une loi qui prévoit une peine très sévère pour toute personne surprise en train de trafiquer des gens, et nous avons mis en place une agence pour l’interdiction du trafic humain (Naptip), qui garantit des abris et des protections aux victimes.
“Ces filles sont souvent très jeunes, elles ne sont pas assez mûres pour décider de leur avenir”, a souligné Bibata. Le gouvernement nigérian est en train de collaborer avec l'Italie pour identifier les victimes, a-t-elle dit, les aider quand elles reviennent, et les intégrer dans leur famille dans leur pays d'origine.
L'Italie offre une protection aux victimes de trafic, en vertu d'une loi qui prévoit un permis de résidence aux femmes qui échappent aux trafiquants : 673 femmes ont reçu des permis entre 2000 et 2006. Les victimes peuvent également appeler un numéro gratuit (800 290 290).

