COTONOU, 18 août (IPS) – Des médecins béninois tirent la sonnette d’alarme face à l’utilisation abusive des sacs plastiques qui inondent de plus en plus les villes et les villages au Bénin.
La combustion du sac plastique est très toxique pour l’organisme humain, avertissent-ils, en soulignant des risques de maladies. «Les sachets sont fabriqués avec les dérivés du pétrole : les polyéthylènes et les polypropylènes. Pour obtenir la couleur du sachet, on y ajoute des métaux lourds comme le soufre et le plomb. La combustion du sac plastique dégage par conséquent de la dioxine (un produit très toxique)», explique Dr Gildas Agodokpessi, pneumologue-tabacologue. «Or», poursuit Dr Agodokpessi, «la dioxine intervient au niveau des gênes des individus exposés… et tue les cellules au cours de la production des gamètes. Ce qui entraîne la stérilité». En service au Centre national hospitalier de pneumo-phtisiologie de Cotonou, Dr Guendehou Brice renchérit en expliquant que la manipulation des sachets expose aux maladies telles que les cancers de la peau, de la gorge, du poumon, etc. «Pas plus que la semaine écoulée, j’ai reçu une patiente qui souffrait du cancer de poumon alors qu’elle n’avait jamais fumé ni souffert de quelque prédisposition à cette maladie. Ce sont des situations qui nous questionnent et nous poussent à rechercher les causes dans l’environnement immédiat de la patiente», témoigne Dr Agodokpessi. Mais pour les utilisateurs, ces sacs sont très utiles. Ils s’en servent à plusieurs fins comme emballage, combustible à la place du pétrole, etc. «Je les utilise pour faire mes emplettes et je m’en sers également pour faire le feu avec le charbon de bois. Ils sont très pratiques et me permettent de faire beaucoup d’économie. Je ne sors plus un seul franc pour acheter du pétrole avant de faire la cuisine», explique Huguette Akpovo, mère de six enfants, rencontrée à Dantokpa, marché international de Cotonou. «Que pouvons-nous faire sans les sacs plastiques!», soupire-t-elle. Consciente des dangers auxquels s’exposent les utilisateurs de sacs plastiques, Grâce Dotou, présidente de l’ONG “Qui dit mieux”, conduit depuis 1998 une campagne de sensibilisation à Porto-Novo, la capitale politique du Bénin.
«Nous leur disons que toute matière plastique brûlée dégage des gaz toxiques nocifs. Aujourd’hui à Porto-Novo, il y a une nette amélioration», témoigne Dotou. Ses mérites ont été reconnus et récompensés par le prix de l'ONU pour l'élimination de la pauvreté à New York le 30 octobre 2002.
Malgré les sensibilisations, de nombreuses femmes persistent dans leurs habitudes. Emilie Gohoungo, 25 ans, mère de deux filles, révèle : «Mes parents ont toujours utilisé le sachet pour faire le feu et pourtant ils n’en sont pas morts. Moi je crois que nous mourons tous et il faut bien mourir de quelque chose». Devant un tel fatalisme, Dr Agodokpessi insiste pour déconseiller l’utilisation des papiers plastiques. Il allonge la liste des maladies engendrées par la combustion des sacs plastiques: «Lorsqu’ils sont brûlés, les sacs plastiques entraînent des irritations liées aux bronches, et si cela se prolonge, une susceptibilité des poumons aux infections qui peuvent occasionner la fibrose pulmonaire, un état assez grave car le poumon longtemps agressé perd sa solidité. Il y a comme un vieillissement prématuré. La fibrose se manifeste par l’incapacité de l’individu à faire des activités en rapport avec son âge. Il devient un inadapté de la société». Dotou confirme la résistante de certaines femmes à changer leur comportement. «Il y en a qui se plaisent à acheter de la bouillie chaude dans les sachets plastiques», déplore-t-elle. Mais elle ne baisse pas les bras : «Nous faisons actuellement une sensibilisation de proximité auprès des vendeuses (qui emballent les articles vendus dans des sachets) au bord des rues. Ça ne prend pas encore mais nous y croyons», confie-t-elle, un peu optimiste.
Comme Dotou, d’autres femmes mènent la même lutte. Guedègbe Odile, géographe environnementaliste et universitaire béninoise, éduque en donnant l’exemple : «Moi je vais au marché avec mon panier. Chez moi, il n’y a pas de sachets pour le feu. Je le déconseille à tout le monde. Dans les sachets, il y a beaucoup de métaux lourds nuisibles au corps humain». Outre l’homme, les sols, les cours d’eau et les animaux souffrent aussi. Victor Gbedo, spécialiste en gestion des déchets et développement local, directeur du département de développement communautaire et assainissement du milieu de l’ONG Bethesa, explique : «Les sachets bouchent les marécages, désorganisent l’écosystème et favorisent l’inondation tout en rendant l’agriculture difficile». Il faut donc faire quelque chose pour arrêter ce fléau, exhorte-t-il Whisky, le chien de Dotou, est mort en 1996 après avoir avalé un sachet. «Suite à une réjouissance organisée par mes enfants à la maison, les restes de nourriture ont été emballés dans un sachet et jetés à la poubelle. Mon chien a mangé le contenu et le contenant et est tombé malade. Je lui ai donné un vomitif et il a rendu des débris de sachet. J’ai compris qu’une partie était restée dans son ventre. Malheureusement, quelques jours plus tard, il en mourut», témoigne tristement Dotou. «C’est depuis ce jour que j’ai véritablement décidé de combattre les sachets», conclut-elle. Depuis février 1999, il existe au Bénin une loi cadre sur l’environnement, établissant d’une façon globale le principe pollueur-payeur, et un décret du 27 août 2003 sur la gestion des déchets solides et ménagers en République du Bénin. Mais point de texte interdisant de façon spécifique le sachet plastique ; et ce vide ne favorise aucune action vigoureuse. Gbedo prépare une thèse de doctorat sur les déchets. Pour ses recherches, il a parcouru plusieurs pays. «Au Rwanda, le sachet plastique est interdit. En Tunisie, le législateur a prévu des écotaxes pour faire respecter le principe pollueur-payeur», témoigne-t-il. L’ONG Bethésa préconise la même chose à travers un mécanisme de responsabilisation de ceux qui polluent. «Si ce principe est appliqué, la pollution sera atténuée», assure Gbedo.

