ZIMBABWE: Des factures d’eau contestées

HARARE, 15 août (IPS) – Le conseil municipal coupe l’eau. Le ministre en charge demande de la rétablir. Les utilisateurs d’eau à des fins domestiques et commerciales contestent leurs factures impayées. L’ombre d’une épidémie de choléra plane sur toute la municipalité. Bienvenue à Harare!

“Nous n’allons pas payer. Nous boycotterons le paiement”. Netsai Mutongi possède une lettre du conseil lui exigeant 230 dollars pour non-paiement des factures d’eau, juste une partie des 22 millions de dollars impayés, selon le Conseil municipal d’Harare.

Mais elle déclare qu’elle ne payera pas parce qu’elle n’a jamais vu l’eau. “Notre argument est que le montant exigé par la ville d’Harare est excessif et nous payons pour les fuites d’eau. L’argent exigé (par le conseil) n’est pas proportionnel à la valeur et à la quantité d’eau qui nous est fournie”. La crise d’eau dans les banlieues à forte densité et dans les villes satellites d’Harare s’aggrave. Harare a besoin de 1.200 mégalitres d’eau par jour pour la consommation domestique et industrielle; l’usine de traitement d’eau de Morton Jeffrey a une capacité de production minimale de 614 mégalitres, et pompe en réalité entre 400 et 500 mégalitres par jour. Les ingénieurs disent qu’Harare est en train de perdre plus de 40 pour cent de la quantité d’eau pompée dans le système en raison des fuites des tuyaux. “Les tuyaux et le matériel se trouvant à Morton Jeffrey ont déjà fait leur temps; les convoyeurs ont depuis cessé de fonctionner. Nous perdons des centaines de mégalitres par jour à travers des fuites incessantes des tuyaux dans nos infrastructures délabrées”, déclare Albert Nhongomhema, un ingénieur en eau. Les habitants disent qu’ils ont été forcés à partager l’eau avec “des ânes et des animaux sauvages”, recourant à la recherche de l’eau des sources ouvertes, s’exposant probablement aux maladies hydriques. D’autres achètent l’eau chez les voisins ayant des puits dans leurs arrière-cours.

“Vous ne pouvez pas forer un trou de sonde dans les banlieues à forte densité à moins qu’il soit sur le terrain d’une église ou d’une école. Les églises vendent ou fournissent habituellement l’eau à leurs membres. Nous ne pouvons obtenir de l’eau que chez ceux ayant des puits illégaux dans leurs arrière-cours”, a confié Roslyn Matarutse à IPS, ajoutant : “Un seau d’eau coûte deux dollars américains, parfois trois dollars”. Les gens constatent que des trous de sonde ont été forés dans les résidences officielles des vice-présidents, des ministres et des secrétaires permanents ainsi que d’autres cadres supérieurs du gouvernement – et dans la résidence du président. Des habitants dans les maisons plus modestes d’Harare craignent que les déconnexions continues entraînent des maladies. L’année dernière, les pénuries d’eau ont contribué à une épidémie de choléra au Zimbabwe, que l’Organisation mondiale de la santé a qualifié de la pire épidémie de la maladie en Afrique en 15 ans. Une centaine de milliers de personnes sont tombées malades à travers le pays; 400 sont mortes. Le ministre des Ressources en eau et du développement, Sam Sipepa Nkomo, est préoccupé. “L’eau c’est la vie, parce que tout ce que nous faisons tourne autour de l’eau. Si l’eau potable est coupée, alors cela forcera les habitants à chercher des sources alternatives, qui seront évidemment sales. Couper l’eau c’est comme ôter la vie”, a confié Nkomo à IPS.

“On ne peut pas s’attendre à ce que les habitants payent pour l’eau qu’ils n’ont pas reçue ou utilisée. Au lieu de couper les fournitures d’eau aux habitants et aux intérêts commerciaux ayant de véritables factures impayées, les autorités d’Harare devraient négocier des méthodes faciles de paiement; autrement, nous aurons une autre épidémie de choléra”. Selon Nkomo, le gouvernement a récemment déboursé 17 millions de dollars pour la réparation des infrastructures délabrées de l’eau et des eaux usées d’Harare. Mais il a reconnu que le règlement total des problèmes dépasse présentement les capacités du gouvernement.