SUD KIVU, 19 août (IPS) – La terreur règne à Kabare. Dans ce vaste territoire rural situé dans la province du Sud Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la population vit constamment dans la peur. Une peur, sans cesse croissante, provoquée par la présence des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), une rébellion hutu contre le régime de Kigali, opérant sur place depuis 1995.
«L’offensive des Forces armées congolaises (FADC) appuyées par les militaires de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) semble avoir été mal planifiée et déployée, puisqu’elle n’a prévu aucune stratégie pour les FDLR qui se réfugient dans les forêts et qui constituent une cause d’une permanente inquiétude pour la population», explique Bertin Tabaro, un habitant et proche d’un chef coutumier de Kabare. Tous ceux dont IPS a recueilli le témoignage sont du même avis.
«La forêt constitue la principale source de vie à Kabare», raconte Martha Masheka, une femme d’environ 65 ans, visiblement épuisée par l’âge et les travaux champêtres. Selon elle, «les FDLR qui s’y réfugient, lorsqu’elles sont pourchassées, empêchent la population d’aller y couper le bois de chauffage et d’y cultiver les champs».
«La peur de la population est d’autant grande que ces FDLR font de temps en temps des incursions dans les villages pour piller, violer et incendier les maisons des civiles», confirme Laurent Kurhengamuzimu, un habitant de la localité et militant au sein de la société civile du Sud Kivu.
Selon, les sources onusiennes et les rapports d’ONG nationales (comme Héritiers de la justice) et internationales (comme IRC) sur place, ces milices ont incendié plus de 700 maisons en quelques semaines seulement.
Le 24 juillet 2009, le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU en RDC (OCHA) a rendu public un rapport, dont une copie est parvenue à IPS. Le rapport confirme ces incendies provoqués dans différents villages de Kabare par les rebelles en l'espace de deux mois.
«Les incursions commises, entre juin et juillet, par ces rebelles hutu rwandais ont contraint les populations de cinq localités du groupement de Ihembe, dans la chefferie de Nindja, territoire de Kabare, à trouver refuge dans les localités plus sécurisées, par crainte de nouvelles attaques», mentionne le rapport en soulignant qu’environ 5.000 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont abandonné leurs maisons et leurs champs pour trouver refuge dans des sites de fortune.
Selon Kurhengamuzimu, ce n’est pas seulement les FDLR qui sèment la terreur dans sa localité. «Il y a aussi des éléments de la 14ème brigade intégrée des FARDC qui pillent, violent et volent les biens de la population civile», précise-t-il.
Forte de 4.000 à 5.000 hommes, cette brigade est venue à Kabare, depuis la province du Nord Kivu, le 29 décembre 2007 pour un bref séjour d’un mois en vue de se réorganiser en attendant son redéploiement ailleurs, explique le Général Pacifique Masunzu, commandant de la 10ème Région militaire. Selon lui, la mauvaise conduite des éléments incontrôlés de cette brigade, qui ne cessent de se rabattre sur les biens de la population locale, s’explique par l’absence de la logistique et de la ration alimentaire.
Le 6 août 2009, la société civile du Sud Kivu a rendu public un rapport interpellant les autorités congolaises sur la contribution des FARDC à l’insécurité dans le territoire de Kabare.
«Après la débâcle de Mushake au Nord Kivu face aux éléments de Laurent Nkunda, les éléments de la 14ème brigade intégrée ont détruit la forêt, les champs de la population; pillé systématiquement plus de quatre cent ménages dans le village de Cijo, Mulwa, Cishangijo; emporté chèvres, poules, téléphones, lapins, argents et objets de ménages en laissant la population dépouillée de tout», lit-on dans ce rapport. Pour la société civile, ces faits ont eu lieu entre le 1er et le 4 août 2009.
Les ONG comptent parmi les victimes des FARDC. «Le jeudi 05 juin 2008, un officier de la 14ème brigade a fort intimidé deux de nos agents et leur a ravi 200 dollars US et deux téléphones portables», affirme International rescue committee (IRC), une ONG américaine travaillant dans le domaine humanitaire en RDC. Cette information est confirmée par Gang Karume, expert chargé des urgences pour l’IRC dans le Sud Kivu. «Ces attaques contre les humanitaires sont légion dans cette partie de la RDC», ajoute Karume.
A Kinshasa, l’armée congolaise multiplie des communiqués de presse et des interventions radiotélévisées pour rassurer la population. «Il y aura une victoire certaine des FARDC sur les FDLR et l’état des chiffres actuels le démontre», informe un communiqué lu à la télévision nationale, le 11 août 2009, par le porte-parole de l’armée, le colonel Kasonga.
Dans le cadre du programme “Désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinstallation”, auquel collabore la MONUC, le gouvernement, qui n’a pas donné les chiffres des FDLR tués ou capturés sur le champ de bataille, estime que 1.284 FDLR et 1385 membres de leurs familles et proches ont pu être rapatriés au Rwanda depuis mai 2009». Le communiqué reste muet quant à la mauvaise conduite des FARDC sur le champ de bataille.

