AFRIQUE: La CNUCED recommande davantage de privatisation du coton au Mali

GENEVE, 14 août (IPS) – Comment un pays africain peut-il définir sa propre politique sans se perdre dans des douzaines de traités et d’engagements internationaux et dans la jungle des études préparées par des bailleurs étrangers et des soi-disant experts dans cette situation aggravée par l’interférence de la politique des institutions internationales et des gouvernements au Nord?

Gravement touchés par la crise économique et l’appréciation de l’euro – et par conséquent du franc CFA qui lui est directement rattaché – les produits d’exportation du Mali sont récemment devenus moins compétitifs. Mais, confiant que les jours plus roses ne sont pas loin, le gouvernement a décidé de se préparer aux conséquences de la crise et demandé à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) de l’aider à élaborer une politique commerciale nationale pour lier la libéralisation du commerce aux objectifs de développement tels que l’éradication de la pauvreté. “C’est la première fois que nous avons élaboré une politique commerciale qui prend en compte les questions de développement”, a déclaré Sanako Abdullaye de la mission du Mali aux Nations Unies à Genève.

Selon Lisa Borgatti de la CNUCED, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont fait des “suggestions” au cours des 20 dernières années par rapport à la façon de créer une politique commerciale au niveau national, régional et international fondée sur la libéralisation. “Nous avons essayé de la faire correspondre aux objectifs de développement national identifiés par le gouvernement lui-même, tels que les taux de croissance, les secteurs à développer davantage et les politiques sociales à mettre en œuvre. Nous ne sommes pas là pour remplacer le gouvernement mais pour l’aider à trouver sa propre voie”, a ajouté Borgatti. Un atelier a été organisé à Bamako pour examiner l’étude préparée par la CNUCED. “Ce n’est pas simplement une étude supplémentaire, mais l’étude des études”, a souligné Abdullaye. L’une de ses principales suggestions est de développer le secteur agricole pour transformer les matières premières en produits ayant une valeur ajoutée plus élevée.

L’or est un exemple typique. C’est le principal produit d’exportation du Mali mais son impact social et en matière d’emploi est quasiment inexistant parce qu’il est extrait et exporté vers l’Afrique du Sud sans aucune autre transformation. Malgré la baisse des prix sur le marché international, l’impact sur le développement du coton pourrait être important et le Mali ne pourrait pas s’en passer. Le secteur doit être davantage développé d’une manière innovatrice, par exemple en introduisant le coton biologique. L’étude suggère la poursuite de la privatisation de la société cotonnière nationale, la Compagnie malienne pour le développement des textiles. “Pour exporter les produits de base vers les marchés extérieurs, même avec un niveau de transformation très faible, vous devez remplir plusieurs critères et normes sanitaires. Si vous voulez les transformer, cela devient plus difficile, même pour des produits comme le jus de fruits et le sirop”, a expliqué Abdullaye, ajoutant : “Nous sommes un pays enclavé, mais nous avons beaucoup de possibilités agricoles telles que des fruits que vous ne trouvez pas sur les marchés extérieurs”. Mais pour cela, les infrastructures de base doivent être mises en place. L’étude reconnaît qu’elles demeurent l’une des principales contraintes à l’intégration économique. Les corridors d’accès à la mer sont limités; le secteur des transports est inefficace et dominé par des cartels; le réseau routier est mauvais. En outre, il n’existe aucune “chaîne froide” pour le transport des produits qui doivent être conservés au réfrigérateur. Malgré de récents progrès, les télécommunications et l’énergie demeurent aussi trop coûteuses. L’élimination des embouteillages est un grand défi et cela nécessite, entre autres mesures, la coopération avec les pays de transit voisins. Par conséquent, il y a un besoin pressant de poursuivre le travail de reconstruction sur la voie ferroviaire Bamako – Dakar et de supprimer les paiements officieux sur les routes. Le développement des technologies de l’information et de la communication devrait être une autre priorité, de concert avec l’élimination des eaux usées et l’éducation, l’appui au secteur privé et l’investissement dans les ressources humaines.

Le gouvernement prévoie également la réforme du secteur du riz pour “reprendre” le marché national et même exporter le riz vers la région.

Mais cela requiert la définition du régime foncier pour les terres irriguées, l’établissement de structures judiciaires appropriées et la “poursuite des efforts de lutte contre les distorsions des marchés au cours des fora multilatéraux”, une référence indirecte aux subventions de l’Union européenne et des Etats-Unis.

L’autre secteur qui a le potentiel pour la croissance est la viande du boeuf, mais cela nécessite la mise en place d’une “chaîne froide”, l’amélioration des conditions de transport et l’appui à la fédération des fabricants des articles en cuir.

Les résultats de l’atelier sont en train d’être traduits en une politique nationale qui aidera à concrétiser les objectifs définis par le gouvernement. “Le commerce étant une question transversale, il permettra de développer les secteurs prometteurs comme le tourisme, l’élevage, la pêche et l’agriculture”, a ajouté Abdullaye, reconnaissant que ces recommandations sont maintenant nouvelles. “Mais”, observe-t-il, “c’est la première fois que le commerce entre dans un cadre stratégique d’éradication de la pauvreté. Jusqu’à présent, nous pensions que le commerce concernait seulement l’achat et la vente. Pourtant, c’est le moteur de croissance et il permet de créer la richesse pour réduire la pauvreté”.

C’est un modèle qui peut être suivi par d’autres pays africains. Le Niger a demandé à la CNUCED de l’aider à préparer le même type d’étude.