POLITIQUE–NIGER: Le président Tandja remporte un référendum très contesté

NIAMEY, 11 août (IPS) – Le président Mamadou Tandja est sur le point d’obtenir la prolongation de son mandat de trois ans, à l’issue d’un référendum fortement contesté sur le plan interne et externe organisé le 4 août dernier au Niger.

Selon les résultats globaux provisoires du scrutin proclamés le 7 août par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) basée à Niamey, le «Oui» l’a remporté avec 92,5 pour cent des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 68,26 pour cent.

Un peu plus de six millions d’électeurs étaient appelés à se prononcer sur un nouveau projet de constitution de type présidentiel devant permettre à Tandja de continuer à exercer le pouvoir, après l’expiration de son dernier mandat légal le 22 décembre prochain.

D’après le président de la CENI, Moumouni Hamidou, il y a eu un peu plus de trois millions de voix favorables sur environ quatre millions de suffrages exprimés.

La nouvelle constitution entrera en vigueur dès sa promulgation par le président Tandja dans les huit jours suivant la proclamation des résultats par la Cour constitutionnelle. Celle-ci dispose de huit jours pour examiner et proclamer ces résultats.

Selon la Coordination des forces pour la démocratie et la République (CFDR) qui regroupe les principaux partis politiques, associations et syndicats du pays hostiles au scrutin, il s’agit «d’une mascarade électorale». Mahamadou Issoufou, le chef de la CFDR, chiffre «le taux réel de participation à moins de cinq pour cent».

«Les statistiques avec lesquelles nous avons établi ce taux nous ont été fournies par nos militants siégeant dans les bureaux de vote», a déclaré Issoufou lors d’une conférence de presse tenue le jour de la proclamation des résultats par la CENI. «Les gouverneurs, les préfets et les ministres, qui sont partis à l’intérieur du pays pour la campagne référendaire, ont falsifié les résultats et ont fait leurs propres procès verbaux. Ce sont eux qui ont transmis les résultats à une cellule installée par le pouvoir à Niamey qui les traite avant de les transmettre à la CENI», a-t-il soutenu.

Devant l’entêtement de Tandja à aller au référendum jugé illégal par la Cour constitutionnelle et décrié par la communauté internationale, les opposants ont décidé d’empêcher la tenue du scrutin, appelant les Nigériens à un boycott actif.

Dans plusieurs régions du pays, le mot d’ordre a été massivement suivi, de nombreux bureaux de vote n’ont pas fonctionné; les quelques rares électeurs ont fait le déplacement au compte-goutte, a constaté IPS.

«Jusqu’à la fermeture à 18 heures, je n’ai pas enregistré une dizaine d’électeurs sur un listing d’environ 350 inscrits», affirme à IPS, Kallam Harouna, le président d’un bureau de vote à Niamey. «J’ai décidé de voter pour donner une chance à Tandja de continuer, parce que je ne crois plus en cette classe politique qui a appelé au boycott du référendum», déclare à IPS, Ibro Boubé, un agent de l’Etat à Niamey.

Selon des observateurs indépendants, il y a même des localités du pays où le scrutin n’a pas pu se tenir car la population s’y est farouchement opposée.

«J’ai supervisé dans la région de Tahoua (centre-est du pays) où j’ai constaté le blocage total du scrutin, à Illéla notamment. Dans cette localité, les populations ont même brûlé des bureaux de vote et saccagé le matériel électoral», témoigne à IPS, Boureïma Idrissa, un observateur indépendant.

Ce témoignage a été confirmé dans un premier temps par le président de la CENI, qui s’est par la suite rétracté pour soutenir l’effectivité du scrutin dans cette localité, a constaté IPS.

«J’ai refusé d’aller voter parce que ce scrutin est illégal. C’est Tandja seul qui a voulu du changement constitutionnel pour se maintenir illégalement au pouvoir», confie à IPS, Hadjara Djibo, une enseignante à Niamey.

Cette faible mobilisation des électeurs et les perturbations enregistrées dans certaines circonscriptions n’ont pas empêché la Commission nationale des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (CNDHLF), basée à Niamey, de qualifier le scrutin de satisfaisant. «Les électeurs ont eu librement accès aux bureaux de vote et ont exercé sans entrave leur devoir. Nulle part, nos équipes n’ont constaté des pressions sur les électeurs», a déclaré Anne-Marie Douramane, rapporteur général de la CNDHLF. Selon elle, le scrutin s’est déroulé dans de bonnes conditions dans l’ensemble.

Pour le politicien Issoufou Tamboura, un partisan de Tandja, la page du référendum est désormais tournée. «Il ne reste plus qu’à attendre la validation des résultats et la promulgation de la nouvelle constitution qui permettra au Niger de consolider ses progrès, sous l’impulsion du président Tandja», a indiqué Tamboura à IPS. Mais pour Oumarou Narey, juriste, enseignant chercheur à l’Université de Niamey, ce scrutin est illégal au regard des multiples violations de la constitution du 9 août 1999 perpétrées par le président Tandja pour l’organiser. «Il a d’abord recouru abusivement à l’article 53 de la constitution pour se doter de pouvoirs exceptionnels; il a ensuite dissous illégalement la Cour constitutionnelle qui l’a débouté, avant de modifier plusieurs articles du code électoral pour convoquer son référendum», explique Narey à IPS.

Devant ces multiples violations de la loi par Tandja pour parvenir à ses fins, Narey considère que «la nouvelle constitution, qui concentre tous les pouvoirs entre les mains du seul président de la République, ne peut pas lier les Nigériens».

«Le référendum organisé en violation des lois de la République et rejeté par le peuple nigérien, est nul et de nul effet; la constitution du 9 août 1999 est et demeure la seule loi fondamentale du peuple nigérien», renchérit Amadou Boubacar Cissé, chef d’un parti de la CFDR.

«Nous allons continuer à nous battre avec les moyens qui nous sont propres pour le respect de la constitution du 9 août», a promis Issoufou.

Hormis l’Union européenne qui a gelé une aide budgétaire d’environ 67 milliards de francs CFA (environ 145,6 millions de dollars) en juillet dernier, les observateurs attendent de voir la nature des sanctions annoncées par la communauté internationale maintenant que la remise en cause de l’ordre constitutionnel est désormais consommée.