DAR ES SALAAM, 8 août (IPS) – Depuis neuf mois qu’elle a aménagé dans le quartier de Kinondoni à Dar es Salaam, Anna Christopher n’a vu qu’une seule fois l’eau couler dans ses robinets.
Christopher, qui travaille en tant que fonctionnaire, déclare que trouver de l’eau est un fardeau dans cette zone à faible revenu de la capitale économique de la Tanzanie. Comme la majorité des habitants de Dar es Salaam, elle est obligée d’acheter de l’eau au gallon auprès des vendeurs ou vendeuses de rue, payant 250 à 300 shillings tanzaniens (Tshs) – équivalant à 18-22 cents US – pour chaque récipient de 20 litres. Et ce sont les jours où l’eau est disponible dans toute la cité; quand il y a pénurie – et cela se produit fréquemment – les prix montent en flèche à 500 Tshs par gallon. “Cela fait que c’est même plus dur pour moi, puisque je dois dépenser environ 4.000 Tshs (trois dollars) par semaine sur l’eau seule”, se lamente Christopher. Avec un revenu net équivalant à 115 dollars par mois et une longue liste d’autres factures à payer, elle trouve que c’est un fardeau. La plupart des Tanzaniens doivent joindre les deux bouts avec moins d’un tiers de son revenu: le Programme des Nations Unies pour le développement estime que la moyenne annuelle de revenu par habitant dans l’ensemble du pays est de 390 dollars. Contrairement aux zones rurales où les femmes et filles parcourent de longues distances pour chercher de l’eau, ici en ville, ce sont les vendeurs ou vendeuses qui l’apportent vers chaque maison, soit par des charrettes à bras ou des camions-citernes. Cela fournit indirectement un emploi à un bon nombre de personnes. Juma Jabu affirme qu’il peut réaliser entre sept et 11 dollars par jour en vendant l’eau, selon la demande. Les quartiers améliorés ont leurs propres problèmes Dans d’autres parties de la ville, comme le quartier de classe moyenne de Tabata Kimanga, les habitants obtiennent habituellement l’eau de robinet une fois par semaine. Ce quartier se situe sur un sol relativement élevé, ce qui fait qu’il est difficile pour les pompes vieillissantes de l’approvisionner en eau à partir de l’usine de traitement de l’eau du haut Ruvu. Beaucoup de gens à Tabata Kimanga dépendent de l’eau des puits superficiels, essentiellement creusés par des entreprises indépendantes, mais cette eau est salée et impropre à la consommation. Il y a de l’eau douce en profondeur dans le sous-sol, mais elle ne peu être exploitée que par des pompes de grande puissance. Des habitants de ce quartier disent que les ressources en eau souterraine ne sont pas sans danger, à cause de nombreuses fosses septiques dans la zone, qui peuvent contaminer l’eau souterraine et causer des maladies comme la diarrhée et la dysenterie. L’inquiétude par rapport à la qualité de l’eau s’étend à d’autres quartiers de la ville, puisque les acheteurs ne savent pas là où les vendeurs ou vendeuses de rue ont obtenu l’eau qu’ils ou elles sont en train de vendre. De manière étrange, il existe des endroits, dans la même ville, où la pénurie d’eau est comme un vocabulaire nouveau dans un vieux dictionnaire. Des zones comme Masaki, Sinza, Victoria et Mwenge, ont longtemps joui de l’eau de robinet durant toute l’année. Mais au cours des récentes années, les coupures d’eau ont atteint même ces quartiers riches. Des défis techniques Mais si Dar es Salaam est une, alors pourquoi y a-t-il une telle disparité dans la distribution de cette ressource précieuse? La réponse est basée sur plusieurs facteurs : le fleuve Ruvu, la situation géographique de la ville, et sa croissance démographique sans précédent. Dar es Salaam obtient l’essentiel de son eau à travers deux usines de fourniture d’eau sur le fleuve Ruvu; une autre usine plus petite fonctionne à partir de Mtoni Kizinga, un ruisseau qui, comme le Ruvu, se jette dans l’océan Indien.
L’usine de traitement du haut Ruvu a commencé par fonctionner en 1959 et a une capacité de 82.000 mètres cubes par jour. L’usine du bas Ruvu, construite en 1976, produit 182.000 mètres cubes, et l’usine de Mtoni Kizinga, qui fonctionne depuis 1947, a un rendement de 9.000 mètres cubes.
Mais les quelque quatre millions d’habitants de la ville ont besoin d’environ 450.000 mètres cubes d’eau par jour. Même avec les trous de sonde qui ont été forés plus récemment dans plusieurs parties de la cité contribuant pour 27.000 mètres cubes supplémentaires, la ville produit seulement deux-tiers de l’eau dont elle a besoin. “Techniquement parlant, ces usines sont submergées. La ville a besoin de plus d’eau que ce que les usines étaient initialement installées pour produire”, indique Jackson Midala, directeur des opérations de la Société d’eau et d’évacuation des eaux usées de Dar es Salaam (DAWASCO). Il dit qu’auparavant, toute la ville dépendait de l’usine du haut Ruvu, mais cela a changé puisque Dar es Salaam s’est développée. Lorsque l’usine du bas Ruvu était installée, elle devrait couvrir les besoins d’environ 70 pour cent de la ville. Des quartiers prospères, nouvellement créés, tels que Bunju, Tegeta, Kawe, Mbezi Beach, Mwenge et Sinza sont tous alimentés par le bas Ruvu. “Puisque l’altitude joue un grand rôle dans le processus de distribution, les quartiers qui sont au niveau de la mer et plus proches des usines ont tendance à obtenir plus d’eau que ceux qui sont en altitude et plus éloignés”, souligne Midala. Les problèmes sont clairement présentés dans plusieurs quartiers, comme Kimara, à 135 mètres au-dessus du niveau de la mer, qui était connecté à l’usine du bas Ruvu lorsqu’elle est entrée en service, mais qui ne reçoit pas d’eau. Les pompes, qui permettraient au système de fonctionner tel que souhaité, ont sérieusement besoin d’être remplacées – les plus récentes ont été installées dans l’usine du bas Ruvu en 1975, et les autorités chargées de l’eau annoncent fréquemment qu’il n’y aura pas d’eau à cause de l’entretien. Nelly Mtema, qui travaille pour l’Autorité de l’eau et de l’évacuation des eaux usées de Dar es Salaam (DAWASA), réaffirme que toutes les pompes ont été totalement remplacées. La DAWASA possède et entretient l’infrastructure de distribution, pendant que DAWASCO, sa compagne parapublique, est responsable des opérations de distribution: le comptage, la facturation, les recouvrements et les coupures. Midala de la DAWASCO contourne la question d’une infrastructure défectueuse, soulignant plutôt la construction de grands quartiers résidentiels riches comme ayant augmenté la consommation de l’eau au-delà de ce que le système peut fournir, privant ainsi d’autres parties de la ville. “Afin de s’assurer qu’au moins toute personne qui a un robinet obtient de l’eau, un rationnement est nécessaire”, explique Midala. Amélioration de l’infrastructure Mais Nelly Msuya, une porte-parole de la DAWASA, est plus franche. “C’est vrai qu’il y a un grand défi dans la fourniture des services d’eau dans la ville à travers notre infrastructure”.
En réponse à ce défi, la DAWASA a élaboré un plan d'amélioration de l'approvisionnement en eau. Le service d’eau envisage de développer des aquifères souterrains en deux phases. Dans la première phase, à partir de septembre, 20 puits profonds seront forés, produisant 260.000 mètres cubes par jour. En Mars 2010, la construction sera sur une expansion de l’usine de traitement du bas Ruvu, pour accroître sensiblement la production à 270.000 mètres cubes d'eau par jour. L’usine du haut Ruvu doit connaître également une expansion, passant de 82.000 à 140.000 mètres cubes par jour.
Des mesures seront également prises pour préserver les niveaux d'eau du fleuve Ruvu, explique Msuya. “Pour s’assurer que la fourniture de l'eau sur le Ruvu est bien vérifiée, des plans sont en cours pour construire un barrage dans la zone de Kidunda dans la région côtière où coule le fleuve”.
Selon elle, les petites entreprises listées ont présenté leurs propositions le 21 juillet 2009, qui sont actuellement en train d'examinées. Une étude de faisabilité de neuf mois devrait débuter en septembre 2009. Une ville assoiffée attend.

