YAOUNDE, 7 août (IPS) – Emilie Nyate a un sourire pour deux millions de francs CFA sur son visage ces jours-ci. Elle est l’une des bénéficiaires du Programme national de développement des racines et tubercules (PNDRT), qui est en train de transformer les vies des petits agriculteurs au Cameroun, en Afrique centrale.
Lancé en septembre 2004, le PNDRT est un programme conjoint du gouvernement camerounais et du Fonds international de développement agricole (FIDA). Son principal objectif est d’accroître les revenus des agriculteurs à travers une augmentation de la production, un meilleur accès aux marchés, l’organisation de la coopération parmi les fermiers, et l’amélioration de l’infrastructure rurale telle que les routes et les ponts. Plus de 550 hectares ont été mis de côté pour produire des semences et des boutures améliorées à distribuer aux agriculteurs à des taux subventionnés: des paysans dans 221 villages ont reçu du PNDRT 5,5 millions de boutures de manioc améliorées. En 2004, Emilie Nyate était un exemple de femmes dans le village de Ngam – vivant avec son mari et ses six enfants dans leur maison à quatre chambres. Son mari avait perdu son emploi de pompier à la défunte compagnie aérienne 'Cameroon Airlines', dans les plans de privatisation des années 1990 imposés par le Fonds monétaire international (FMI), et les fortunes de la famille avaient régulièrement baissé depuis lors. Paul Nyate m’a offert une chaise en bois avant de disparaître derrière la maison. Il est réapparu peu après avec du vin de palme frais, pendant qu’Emilie me raconte leur vie avant le PNDRT.
“Je faisais habituellement 200.000 FCFA (environ 400 dollars) par an, mais aujourd’hui, je peux réunir 2.000.000 FCFA (4.000 dollars) dans mon compte”, déclare-t-elle. Elle indique fièrement un nouveau pavillon en construction et d’autres innovations sur leur vieille maison comme des signes de son succès agricole. Plus tard, me faisant visiter son champ de manioc, Nyate décrit comment en utilisant des boutures de manioc à rendement élevé mûrissant rapidement, elle a augmenté la superficie emblavée de sa terre arable d’un hectare à cinq hectares. Le PNDRT insiste sur la participation des femmes au programme et elle a saisi l’opportunité à deux mains. Son mari lui a généreusement permis l’accès à sa part des terres du village, et travaillant ensemble avec ses deux garçons, un beau-frère et son mari, elle a rapidement acquis de l’expérience, devenant l’un des plus grands producteurs de manioc du village. Ses aptitudes ne sont pas passées inaperçues: elle est la présidente du comité local de coordination et la secrétaire générale du PNDRT pour tout le district. “Je suis parfois employée par le ministère de l’Agriculture et du Développement rural et par d’autres groupes comme formatrice dans des ateliers pour des groupes de femmes impliquées dans la culture des racines et tubercules.
“Je suis très respectée aujourd’hui grâce à mon rôle dans l’affaire de manioc. Je parraine tous mes enfants à l’école – deux d’entre eux au niveau universitaire”, souligne-t-elle fièrement.
L’histoire de Nyate est un exemple remarquable de l’impact de ce programme sur ses 7.500 bénéficiaires. Le PNDRT a considérablement augmenté la production du manioc et d’autres cultures dans les régions où il est actif. Environ 93 pour cent du programme est dominé par le manioc; une racine comestible qui est en train de générer des profits, de manière spectaculaire, comme la conséquence d’une recherche intensive. Le manioc se développe très bien dans presque toutes les régions du Cameroun grâce aux nombreuses variétés améliorées et à l’adaptation à plusieurs types de sols. Le programme du PNDRT a organisé des agriculteurs précédemment isolés dans des Comités villageois de coordination (CVC). Les 250 CVC sont impliqués dans la construction et la gestion des infrastructures rurales telles que les marchés, les ponts et l’entretien des voies, toutes financées par le programme. “C’était nécessaire de décourager l’individualisme et d’inculquer un esprit d’entreprise à travers la formation”, affirme Benjamin Bidjoh, le coordonnateur régional du PNDRT dans le sud du Cameroun qui dispose de quelque 50 CVC. Cette région est frontalière avec le Gabon et à la Guinée Equatoriale, où les agriculteurs ont découvert un marché en expansion pour le manioc sous toutes ses formes. “Je pense que nous avons concrètement traduit en pratique l’esprit qu’il y a derrière le PNDRT – celui d’organiser et de faciliter la vie pour les paysans à travers la création de l’infrastructure et la sensibilisation pour la commercialisation des produits agricoles”, ajoute-t-il.
En plus du manioc, les pommes de terre réussissent également assez bien sous le projet du PNDRT. Dans la région de l’ouest du Cameroun, bon nombre de fermiers ont quasiment abandonné d’autres cultures pour se concentrer sur la production de la pomme de terre, selon Gilbert Focachouet, le chef traditionnel du village de Latchouet.
“Les commerçants ou commerçantes gabonais viennent jusqu’au village pour acheter des pommes et c’est ce qui nous donne l’inspiration”, a confié Facachouet à IPS au téléphone. Il affirme que la culture de la pomme de terre a été transformée à partir d’une activité de subsistance en une production en série, grâce à des semences améliorées et l’utilisation de pesticides. “Avant l’arrivée du PNDRT, nous plantions habituellement des pommes de terre en petites quantités et côte à côte avec d’autres cultures; mais aujourd’hui, nous plantons des hectares de pommes de terre seules”, explique Tsakeu Daniel, un producteur de la semence de pomme de terre dans le village de Latchouet. “De 2005 à 2009, nous avons atteint 40 pour cent de nos objectifs visés en termes des activités: la production, la transformation, le renforcement des capacités”, déclare Ngue Thomas Bissa, le coordonnateur national du PNDRT. “Je pense que nous avons suffisamment posé la base. D’ici à 2012, lorsque le programme devrait s’achever, nous devrions avoir couvert les 60 pour cent restants”, ajoute-t-il.
Selon Ngue, l’exécution du projet a radicalement amélioré la production du manioc de 8-10 tonnes à l’hectare à 25-30 tonnes à l’hectare aujourd’hui. “L’amélioration de la production a créé d’autres besoins. Nous avons construit deux magasins pour le manioc au coût de 17 millions de FCFA (environ 34.000 dollars) et cinq centres de séchage pour ceux produisant des boulettes de manioc en vue d’une éventuelle transformation en farine”. Dans l’ensemble, le PNDRT produira environ 24.000 tonnes de manioc en 2009. “Cette année, notre objectif est de mettre 800 hectares de boutures améliorées à la disposition des agriculteurs pour ce programme qui est en train d’avoir un impact sur 250 villages – sur les 6.000 environ que compte le Cameroun”, conclut Lydie Ngiumbous, l’experte de l’évaluation du programme. Dans le processus élargissant les sourires et la confiance, des femmes comme Emilie Nyate.

