JOHANNESBURG, 6 août (IPS) – La société civile au Kenya a demandé instamment au Fonds monétaire international (FMI) une représentation plus grande dans ses conseils de prise de décisions et la formation d’un organe de résolution des litiges.
Cela vient après que le FMI a annoncé qu’il allait accroître ses prêts aux pays à faible revenu, à zéro intérêt, jusqu’à la fin de 2011 pour contenir l’impact de la récession mondiale. Comme faisant partie du processus de rédaction d’un résumé des recommandations de la société civile sur la réforme de la gouvernance du FMI, 'New Rules for Global Finance' (Nouvelles règles pour la finance mondiale) a mené des dialogues avec plusieurs organisations de la société civile (OSC) à travers le monde.
'Nouvelles règles pour la finance mondiale' est une coalition d’organisations de développement, des droits humains, du travail, de protection de l’environnement et religieuses consacrées à la réforme des structures financières mondiales. En 2008, le FMI a défini une approche à quatre piliers à la réforme de sa structure de gouvernance. Cela comprenait un groupe de travail des directeurs exécutifs du FMI, une commission d’éminentes personnalités, et le quatrième pilier impliquait l’interaction directe avec les organisations de la société civile. Peter Gakunu, l’ancien directeur exécutif de 'Africa Group One' (Groupe un de l’Afrique) du FMI, un groupe représentant 21 pays africains anglophones au conseil d'administration du FMI et un ancien conseiller au cabinet du président du Kenya, a demandé une représentation plus grande des pays africains dans le conseil d'administration du fonds.
Il a déclaré que les Africains étaient toujours sous-représentés au niveau où les décisions vitales sont en train d’être prises actuellement.
“Les pays en développement, particulièrement en Afrique, pensent que le niveau de représentation où les décisions cruciales sont en train d’être prises est inadéquat. Et avoir une situation où l’Afrique est représentée par seulement deux directeurs exécutifs est injuste”.
Il a également demandé une représentation plus grande au sein du personnel du FMI. “Le personnel du fonds est très influent en termes de politiques et le personnel africain est très sous-représenté. Nous exigeons une manière d’accroître le niveau de participation des Africains”, a-t-il indiqué. L’Afrique avait précédemment seulement deux directeurs exécutifs dans le conseil d’administration du FMI, qui représentaient les pays d’Afrique subsaharienne avec trois pour cent des voix de participation. Elle n’a acquis que récemment un troisième siège.
En comparaison, les directeurs exécutifs des Etats-Unis ont simplement plus de 16 pour cent des voix. Cette disparité existe en dépit du fait que l’Afrique représente un quart des membres du FMI et représente l’essentiel des opérations du fonds. Gakunu a demandé une transparence plus grande dans les conditions de prêt indiquées par le FMI. “Il devrait exister une voie plus consultative pour parvenir à un cadre. Au moment où les conditions de prêt sont discutées avec les ministères des Finances des pays sans une consultation plus large du public, il peut parfois exister une certaine intimidation et une domination qui se produisent”, a affirmé Gakunu. Il a reconnu qu’il fallait également une réforme au niveau des pays, puisque certains Etats qui ont reçu des financements du FMI n’étaient pas prêts à révéler les conditions de leurs prêts.
Eve Odete de l’organisation non gouvernementale Oxfam a dit qu’il était apparent que le FMI avait besoin d’embrasser le changement et de changer également ses politiques de prêts. “L’évidence là-bas est que cette conditionnalité est en train d’étouffer les économies d’Afrique”. Le projet de document des recommandations de 'Nouvelles règles' a indiqué qu’il y avait un consensus parmi les OSC pour modifier la portée et la nature de la conditionnalité. “Ces conditions constituent la racine du 'stigmate' joint aux prêts du FMI, qui a conduit beaucoup de pays à marché émergent à rembourser tôt des prêts et, par conséquent, à s’auto-garantir – une pratique qui a contribué à la crise financière”, souligne le document. Le document indique également que la transparence était une grande préoccupation pour les OSC : “A l’exception d’exclusions limitées et explicites pour les informations sensibles de marché et les questions du personnel, tous les documents du FMI devraient être supposés publics”. En mars, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a reconnu que les conseils de politique du fonds n’avaient pas toujours été convenables. Il a admis que dans le passé, le FMI avait non seulement cherché à prêter de l’argent, mais avait aussi constaté qu’il devrait régler ce qu’il a perçu comme “problèmes” dans le pays auquel il prêtait de l’argent. Il avait promis plus de conditions de prêt rationalisées. Vers la fin du mois, le FMI a modifié sa politique de prêt pour rendre l’emprunt plus facile et a créé une nouvelle ligne de crédit pour les économies qui sont bien gérées. Les OSC au Kenya ont également exprimé une inquiétude selon laquelle les crises financières mondiales ont donné au FMI une nouvelle survie. En mai, un nombre accru de pays africains touchés par la crise économique mondiale se sont tournés vers le FMI pour des financements. Les statistiques du FMI ont montré que les financements pour l’Afrique s’élevaient à 1,6 milliard de dollars en mai, deux fois le niveau pour 2008. Les participants ont également demandé la formation d’un organe externe de résolution des litiges pour le FMI. Cet organe de résolution des plaintes, a indiqué le projet de document de 'Nouvelles règles', devrait être en mesure de contribuer aux leçons tirées et à l’élaboration de meilleurs programmes par le FMI.

