DAKAR, 22 juil (IPS) – Trois principaux candidats de l’opposition, qui contestent les résultats de l’élection présidentielle de samedi dernier en Mauritanie, ont déposé mardi soir des recours devant la Cour constitutionnelle, affirmant avoir réuni assez d’éléments prouvant leurs déclarations.
En effet, l’auteur du coup d’Etat du 6 août 2008, devenu politicien, le général Mohamed Ould Abdel Aziz, a été déclaré vainqueur des élections présidentielles du 18 juillet par le ministère de l’Intérieur de la Mauritanie.
Ses principaux rivaux, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir et Ahmed Ould Daddah, une figure de vieille date de l’opposition, ont rejeté les résultats comme étant “préfabriqués, destinés à légitimer le coup d’Etat qui a porté le général Abdel Aziz au pouvoir”.
Dans une déclaration commune, quatre principaux partis de l’opposition ont indiqué que “les listes électorales avaient été falsifiées et des électeurs avaient utilisé des bulletins de vote et des cartes d’identité truqués au cours du scrutin pour gonfler les points d’Abdel Aziz”. Mohamed Ould Biya, un porte-parole des quatre partis de l’opposition, a déclaré: “Ce que nous voyons ici est un simulacre d’une élection dont l’issue a été délibérément préfabriquée. Nous demandons à la communauté internationale de mettre en place une enquête pour faire la lumière sur le processus électoral”.
Pourtant, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Ould Rzeizim, a réfuté les affirmations de fautes professionnelles électorales dans un entretien téléphonique depuis Nouakchott, et a indiqué que les partis de l’opposition contestant les résultats n’avaient transféré jusque-là aucune preuve à son ministère pour appuyer leurs déclarations.
“En Mauritanie, il existe des procédures claires par rapport à ce que ceux qui ne sont pas contents des résultats d’une élection quelconque, devraient faire. S’ils pensent que la liste électorale a été falsifiée ou que des électeurs avaient reçu des bulletins de vote truqués, qu’ils viennent avec les preuves et aillent à la Cour constitutionnelle pour contester ces fraudes présumées”. Le président de la commission électorale du pays, Sid'Ahmed Ould Deye, a annoncé mardi que quatre candidats avaient soumis des plaintes sur des irrégularités. Les résultats officiels du ministère ont indiqué que le général Abdel Aziz a obtenu 52,5 pour cent du total des suffrages exprimés. Ould Boulkheir et Ould Daddah, ses challengers les plus proches, ont obtenu respectivement 16,3 et 13,7 pour cent des voix.
Mariam Mint Mustapha, une femme membre du Parti de l’union pour la démocratie et le progrès, a affirmé qu’elle croit que le pouvoir et l’argent ont joué un rôle clé.
“Souvenez-vous, bien avant les élections, c’était seulement le général Aziz qu’on regardait à la télévision en train de parler de ses projets pour la Mauritanie. Des projets financés par le gouvernement lui ont été attribués; et dans les mois conduisant aux élections, la junte militaire a entrepris des dépenses sauvages sur des projets dans des zones rurales et dans la capitale, qui étaient attribués à Aziz et son engagement à aider les pauvres. “Alors, à la lumière de cela, il était difficile à l’opposition de formuler un argument formidable contre Aziz parce que pour beaucoup de Mauritaniens, le développement concerne surtout les nouveaux projets qu’ils voient autour d’eux”, a expliqué Mustapha.
Mint Mustapha était parmi les femmes parlementaires qui ont mis en place un groupe faîtier appelé Hawa pour mettre en relief les questions des femmes au cours de la campagne. Elle a déclaré que quelques hommes politiciens avaient répondu à l’appel.
“La vérité est que l’émancipation des femmes continuera par être tous les jours défendue pour celles d’entre nous qui souhaitent voir une meilleure Mauritanie. A partir de la campagne, il est clair que la plupart des hommes politiciens sont gênés parlant ouvertement des questions des droits des femmes, notamment dans les milieux conservateurs de peur de perdre le soutien de leurs électeurs”, a indiqué Mint Mustapha. “Et même avec l’élection du général Aziz, je doute que beaucoup de choses changeront… mais nous continuerons avec la lutte pour le bien-être sociopolitique et économique de toutes les femmes mauritaniennes”.
Jusqu’à récemment, l’économie de la Mauritanie était fortement dépendante de la pêche, de l’exploitation minière et de l’agriculture – en dépit de fréquentes sécheresses. En 2006, le pays a commencé une exploitation pétrolière en mer et la prospective d’une richesse pétrolière imminente a élevé les enjeux beaucoup plus haut dans ces élections.
Dans les quelques dernières années, la Mauritanie a également connu une recrudescence des attaques à la fois sur des nationaux, des étrangers et le personnel de sécurité par le groupe islamiste s’appelant al-Qaeda au Maghreb islamique. La dernière attaque s’est produite la veille des élections lorsque des hommes armés, supposés être liés à ce groupe, ont attaqué un poste de police dans la capitale, Nouakchott. Deux semaines auparavant, des membres du même groupe islamiste avaient revendiqué l’assassinat d’un Américain à Nouakchott.
Abdel Aziz, qui a renversé en août l’année dernière Sidi Ould Cheikh Abdallahi, le premier président élu démocratiquement de la Mauritanie, avait déclaré dans une conférence de presse, à la suite de son élection en tant que président, que la lutte contre le terrorisme serait l’une de ses principales priorités.

