NAIROBI, 15 juin (IPS) – Des millions de personnes se déplacent vers les villes d’Afrique chaque année, augmentant le nombre des citadins pauvres. “Nous ne pouvons pas chasser les gens des banlieues”, déclare Kelvin Mmangisa, directeur de l’Assemblée de la ville de Lilongwe, au Malawi. “Mais nous pouvons y améliorer les conditions pour rendre leurs vies meilleures”.
Mmangisa a lancé cet appel pour l’investissement dans des logements à des prix abordables pour les pauvres, dans un entretien accordé à IPS le 10 juin à Nairobi, la capitale kényane, où il figurait parmi 200 délégués à une conférence traitant des défis de l’urbanisation et de la réduction de la pauvreté pour les habitants des banlieues dans les nations en développement. La conférence était conjointement organisée par le Groupe des pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), la Commission européenne et le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT). Sa remarque résonnait d’un reflet clé de la rencontre du 8 au 10 juin – financer l’amélioration des habitations informelles afin de fournir des services de base nécessaires. Il existe un milliard de personnes vivant dans la pauvreté dans les banlieues et les habitations des squatters à travers le monde; avec des prédictions qu’environ deux milliards d’autres seront en train de vivre là-bas d’ici à 2025, la question de l’amélioration du logement pour les pauvres citadins est urgente. “Si des ressources financières adéquates ne sont pas allouées au développement de meilleurs abris et des services nécessaires, cette population supplémentaire sera prise au piège dans la pauvreté urbaine, dans une mauvaise santé et dans un mauvais assainissement, compliquant davantage l’énorme défi des banlieues prévalant aujourd’hui”, a affirmé Anna Tibaijuka, sous-secrétaire générale de l’ONU et directrice exécutive de l’ONU-HABITAT. Soixante-deux pour cent de la population vivant dans les villes de l’Afrique subsaharienne vivent dans des banlieues où les services de base sont mauvais ou inexistants. L’accès à l’eau potable est un défi, et la situation par rapport à l’assainissement même plus grave.
Trouver des ressources pour construire des logements et des infrastructures de l’eau et de l’assainissement pour ces milliards de personnes, constitue un défi imposant. Plusieurs gouvernements sont en train d’adopter une approche impliquant des ressources appartenant aux habitants des banlieues eux-mêmes. Un tel projet est le Projet de l’amélioration de la banlieue de Moratuwa, au Sri Lanka, une initiative conjointe de l’ONU-HABITAT et du gouvernement sri-lankais, qui cherche à construire de nouveaux logements pour les habitants des banlieues de Colombo, la capitale du pays. Environ 60 pour cent des 2,3 millions d’habitants de la ville vivent dans les banlieues, selon l’ONU-HABITAT. Ce projet utilise un fonds appuyé par la Fédération des banques de développement des femmes, un réseau national de plus 1.000 groupes d’épargne et de crédit opérant à travers le Sri Lanka. Le gouvernement et l’ONU-HABITAT contribuent également à ce fonds, qui sert de caution pour permettre aux habitants des banlieues d’accéder à un crédit auprès des institutions financières – avec lequel acheter de nouvelles maisons. L’attention a été portée sur une initiative similaire au Malawi pour son succès non seulement dans la fourniture de logements décents aux pauvres, en particulier aux femmes, mais aussi dans son engagement dans d’autres activités génératrices de revenus et de réduction de la pauvreté. Ce programme du Centre pour l’organisation et le développement communautaires, a utilisé les programmes d’épargne et de crédit gérés par la communauté pour fournir des prêts aux femmes en vue d’acquérir des logements décents. Ces projets générateurs de revenus leur ont permis de rembourser les prêts. “Avec l’appui du gouvernement et des bailleurs, beaucoup de pauvres ont pu construire de meilleures maisons avec des équipements comme l’eau, les toilettes et généralement un bon assainissement à travers l’initiative. Ces maisons sont à la périphérie de la ville – Lilongwe – et elles ne ressemblent pas à des banlieues. Elles sont bien organisées et sont maintenant des habitations planifiées”, a indiqué Mmangisa. Le succès de l’initiative serait largement dû à sa promotion de la participation des pauvres à la recherche de solutions pour régler les problèmes de logement. La durabilité des projets de logement pour les pauvres a émergé comme une préoccupation majeure, avec certains accusant le gouvernement du refus de prioriser l’urbanisation.
“Ainsi, plusieurs fois, nous avons constaté dans les plans de stratégie de développement national et régional que la question de l’urbanisation ne figure pas. Nous devons faire un plaidoyer – pour s’assurer que l’urbanisation figure au centre de ces plans parce que c’est seulement à travers ce processus qu’un financement sera alloué pour les questions de l’urbanisation”, a déclaré à l’assemblée, Andrew Bradley, secrétaire général adjoint du groupe ACP. Le Burundi est un cas d’espèce. Avec le gouvernement allouant seulement quatre pour cent de son budget au logement, Sébastien Ntirampeba, conseiller au département de l’urbanisation au ministère de l’Eau, de l’Environnement et de l’Urbanisation, est indigné. “Ce montant est négligeable. Comment pouvons-nous éviter les banlieues si nous n’investissons pas dans le logement”, a-t-il affirmé dans un entretien accordé à IPS. “[La] majorité de la population est pauvre”. José Maria Veiga, ministre de l’Environnement, du Développement rural et des Ressources maritimes du Cap-Vert, estime qu’un pas critique doit empêcher les gens de migrer vers les centres urbains en premier lieu. “Cela peut être fait en décentralisant les services aux zones rurales pour s’assurer que les gens ont accès aux services là où ils sont, de même qu’en créant des infrastructures dans des zones rurales. Ces infrastructures pourraient être, entre autres, l’électricité, des routes, des marchés, les télécommunications”, a indiqué Veiga. Assurer également l’égalité de l’accès aux opportunités d’emploi et aux services entre zones urbaines et rurales, réduirait la croissance explosive de l’Afrique urbaine.
Un rapport de 2008 de l’ONU, centré sur la répartition de la population et l’urbanisation, concède que la croissance de la population urbaine est alimentée par l’exode rural, mais a constaté qu’avec les exceptions de l’Indonésie et de la Chine, l’accroissement naturel – des naissances des citadins – représente deux-tiers de la croissance urbaine.

