NAIROBI, 11 juin (IPS) – Le nouveau plan national du Kenya pour réduire la mortalité maternelle reconnaît l’importance d’une fourniture régulière de contraceptifs à travers le pays. En principe, les contraceptifs sont déjà disponibles, gratuits ou fortement subventionnés, dans les centres de santé et hôpitaux publics, mais pour les femmes qui dépendent du système de santé publique, la réalité est quelque peu différente.
Le pays a été ébranlé par des ruptures massives de certaines méthodes contraceptives cruciales au cours des récentes années. Des responsables de la santé affirment qu’à cause des ruptures dans des centres de santé publics, beaucoup de femmes sont incapables d’acheter les produits de contrôle des naissances qui sont chers dans les pharmacies privées et, par conséquent, finissent par tomber enceintes. “La plupart des clientes viennent demander Implanon (un contraceptif inséré sous la peau du bras d’une femme) mais elles ne peuvent pas obtenir ce qu’elles demandent”, a déclaré à IPS, Mohammed Salat Dagane, un infirmier en chef provincial dans la province du Nord-Est du Kenya. “Qu’est-ce qui les empêchera de tomber enceintes? Le taux de grossesse dans cette région est élevé”.
Karen Owuor, son homologue dans la province de l’ouest de Nyanza, avait la même histoire. “La majorité de nos clientes préfèrent les contraceptifs injectables ou chirurgicaux, mais ils ne sont pas accessibles dans la plupart de nos centres. Quand bien même ils sont disponibles dans le marché, ce n’est pas beaucoup de personnes qui peuvent les acheter; alors elles sont obligées soit d’attendre jusqu’à ce qu’ils soient fournis aux hôpitaux ou de tomber enceintes”, a-t-elle déclaré. L’Enquête démographique de la santé du Kenya (KDHS), en 2003, a indiqué que 24 pour cent des femmes, qui ne veulent pas d’un autre enfant dans les deux années suivantes, n’utilisent pas la contraception du fait de son indisponibilité. Le manque d’accès aux produits de planning familial, notamment les contraceptifs chirurgicaux et injectables, constitue un facteur majeur contribuant au chiffre, ajouté à un manque de sensibilisation sur les méthodes disponibles. Selon Josephine Kibaru, directrice du département de la santé familiale au ministère de la Santé, les ruptures de stock ont été largement dues à des fonds insuffisants pour acheter les produits. Les obstacles bureaucratiques entre les différents ministères – notamment des difficultés et retards énormes pour assurer le décaissement des fonds au ministère de la Santé par le ministère des Finances – ont été critiqués.
L’organe gouvernemental pour l’approvisionnement de médicaments, l’Agence des approvisionnements en médicaments du Kenya (KEMSA), a été aussi accusé du refus de fournir promptement les contraceptifs aux centres de santé publics. “Si une femme vient et manque de contraceptifs de son choix dans nos hôpitaux, même s’ils sont amenés plus tard, il n’y aura pas de différence. La prochaine fois qu’elle viendra, ce sera lorsqu’une accoucheuse traditionnelle nous l’enverra mourante des complications d’une grossesse non planifiée”, a-t-elle souligné.
La KDHS estime le taux de mortalité maternelle (MMR) à 414 décès pour 100.000 naissances vivantes, dépassant de loin l’objectif de l’ONU de 147 décès pour 100.000 naissances vivantes d’ici à 2015. Deux tiers de ces décès sont dus à des complications liées à l’accouchement et le reste à des avortements dangereux. La Stratégie nationale pour la sécurité des produits contraceptifs 2007-2012, publiée par le ministère de la Santé, met le gouvernement en difficulté pour sa faible allocation budgétaire pour le planning familial. Quand bien même les trois dernières années ont vu des autorités allouer 6,7 millions de dollars pour l’approvisionnement des produits de planning familial, il faut annuellement environ 20 millions de dollars pour assurer une fourniture adéquate. Le planning familial au Kenya était auparavant soutenu exclusivement par des bailleurs – qui doivent financer le déficit cette année. La communauté des bailleurs a été aussi partiellement accusée pour les ruptures de stock. “Il faut que les partenaires annoncent leurs promesses à temps. Il n’y a aucun besoin pour qu’ils nous donnent des fonds deux mois après les ruptures de stock. Nous devons assurer une fourniture ininterrompue de contraceptifs à toutes les personnes qui en ont besoin, quand et où ils en ont besoin”, a confié à IPS, Kigen Bartilol, directeur adjoint de la division de la santé de la reproduction au ministère de la Santé. Des fonds accrus doivent aller de pair avec une fourniture prompte des services. Des experts de la santé, au cours du lancement du plan national, le 16 avril, ont appelé la KEMSA à inclure les contraceptifs dans ses kits de produits essentiels lorsqu’elle fournit des médicaments aux centres de santé à travers le pays. “Les produits de planning familial sont aussi importants que les médicaments pour d’autres maladies. Nous voulons que la KEMSA inclue les kits de contraceptifs qui sont équivalents aux besoins spécifiques de chaque région. Ainsi, nous ne serons pas en train de travailler sur des suppositions, mais sur des exigences et des chiffres réels, assurant que tout le monde est satisfait à temps”, a affirmé Kibaru. Mais le manque de personnel qualifié pour administrer les produits, demeure toujours un défi. “Par exemple, les contraceptifs chirurgicaux doivent être gérés par des fournisseurs de soins de santé qualifiés, et ceux-ci manquent dans des institutions à faible niveau comme les dispensaires et les centres de santé qui sont plus proches des communautés”, a déclaré, dans un entretien avec IPS, depuis Kisumu, dans l’ouest du Kenya, Monica Agutu, directrice de 'Kisumu Medical and Education Trust', une organisation communautaire. “Une femme pensera deux fois avant de parcourir des kilomètres pour se rendre à un hôpital de la province ou du district où elle peut être en mesure d’avoir accès à ces services. Avant qu’elle ne le sache, elle tombera enceinte. Si la grossesse n’est pas planifiée, personne ne l’empêchera de faire un avortement; si cela tourne mal, un autre décès”, a-t-elle ajouté.

