KAMPALA, 10 juin (IPS) – Il n’existe aucune pause de midi pour le personnel au Centre de santé de Kiswa. Avec la fermeture de l’hôpital voisin, celui de Mbuya, pour sa rénovation au début de cette année, ce centre de six salles offre des services prénataux, le dépistage du VIH/SIDA et des soins de santé généraux à 400 malades par jour.
Molly Busingye est la responsable. “A Kiswa, nous ne faisons pas mettre au monde [les bébés], parce que ce n’est pas une [salle] de maternité, mais ce matin, nous étions obligés de faire entrer précipitamment une mère dans l’une de nos petites salles pour l’accoucher. Quand une mère arrive, nous sommes obligés d’improviser. “Aujourd’hui, nous avons accouché une mère; hier, nous en avions deux. Alors, les nombres augmentent, pourtant, nous n’avons pas d’infrastructures et d’agents de santé. Les nombres sont trop élevés pour les cas de VIH… Pour chaque chose, les nombres ont triplé”, se lamentait-elle. Un manque crucial d’agents de santé en Ouganda est en train d’affecter la fourniture des services de santé, avec des malades attendant des heures avant qu’on ne s’occupe d’eux. Kiswa dispose d’un médecin pour l’unité, huit autres agents de santé et deux volontaires offrant des conseils sur le VIH/SIDA. Le problème est grave, avec des niveaux du personnel estimés seulement à 50 pour cent pour certaines catégories – comme les assistants médicaux et les infirmiers, qui sont réticents à travailler dans des zones rurales.
Au cours des six dernières années, l’Ouganda a perdu plus de 500 docteurs en médecine, des milliers d’infirmiers et d’infirmières vers des pays où les travailleurs médicaux sont mieux rémunérés. En Ouganda, un médecin traite 22.000 patients.
Le gouvernement a introduit une politique de “changement de tâche”, par laquelle des tâches exécutées par des médecins sont affectées aux infirmiers dans les hôpitaux afin de résoudre la crise des agents de santé. Des infirmiers travaillent maintenant sur de nouvelles tâches comme la gestion des personnes vivant avec le VIH, l’interprétation des tests de crachat pour la tuberculose, la prescription de médicaments. Les agents de santé volontaires ont été amenés dans le système de santé publique, s’occupant des vaccinations et de la gestion communautaire du paludisme, qui constitue encore la première maladie mortelle dans le pays. Le ministre de la Santé de l’Ouganda, Dr Stephen Malinga, a déclaré à IPS: “Nous avons constaté que certaines tâches initialement exécutées par les médecins peuvent être affectées à des agents de rang inférieur une fois que nous les avons formés sur la procédure”. Malinga a dit que le ministère mettait également l’accent sur la prévention en matière de la santé aux niveaux locaux en employant des équipes villageoises de santé.
“C’est efficace. Nous l’avons essayé sur la vaccination parce que nous avons constaté que la santé est faite à la maison, et est refaite seulement dans les unités de santé. Alors, en prévenant les maladies dans les communautés, nous réduisons la charge sur les unités de santé”. Malinga a indiqué que la magie est que “les agents de santé non-initiés dans les villages savent quel enfant dans un ménage donné n’est pas vacciné. Donc, il est facile d’aller dans cette maison pour vacciner cet enfant”.
Mais, Dr Sam Lyomoki, un député, a confié à IPS que les mesures adoptées par le gouvernement ne peuvent pas être durables.
“La question est que nous avons besoin d’accroître le financement au secteur de la santé, puis recruter et garder les agents de santé qualifiés. Mais les agents de santé non-initiés ont été utiles, parce que sans eux, nous aurions eu une situation pire. Mais ce n’est pas la meilleure voie, parce que ce sont simplement des mesures provisoires”. Patrick Melu, un politicien local dans le district de Bududa, dans l’est rural de l’Ouganda, a déclaré à IPS que les agents de santé non-initiés pensent qu’il faudrait leur payer un salaire et que les petits traitements qu’ils perçoivent sont insuffisants.
De retour au Centre de santé de Kiswa, Busingye examine la toute petite salle, encombrée, destinée aux soins prénataux. Dehors, une longue queue de futures mamans, certaines dormant sur des bancs. Les femmes entrent par groupes de cinq pour les consultations. “L’infrastructure est encore la même, mais les malades augmentent. Alors, vous trouvez des mères qui restent debout pendant longtemps. Nous avons vu des mères saigner du fait qu’elles restent longtemps dans les rangs. Parce que la salle est trop petite, il y a des infirmières, des mères sont en train d’être examinées. Ainsi, nous travaillons à l’ombre d’un arbre, dans l’enceinte, ce qui n’est pas sain pour les agents de santé et les patients”, a-t-elle souligné. Mary Obong, une infirmière qui a travaillé à Kiswa pendant plus de dix ans, a indiqué à IPS : “Ici, nous avons des services prénataux, postnataux et même de planning familial dans une seule salle. “Il y a trop d’encombrement, mais il n’existe aucune intimité. Pourtant, l’intimité est exigée parce qu’il y a certaines femmes qui ont certaines maladies, mais craignent de les dévoiler en présence d’autres femmes”.
Obong a affirmé qu’ils comprennent le point de vue de leurs patients qui se présentent très tôt le matin au centre à la recherche de services de santé. “La plupart des femmes viennent ici très tôt le matin et elles restent ici pendant très longtemps. Alors, nous nous assurons qu’elles sont examinées. Nous sommes obligées de le faire, même lorsque nous souffrons. Nous voyons également que notre situation et la leur sont les mêmes; alors, nous sommes obligées de les aider”.
Le centre offre également des services de conseils et tests volontaires (VCT) aux jeunes gens. Janet Nyakana, qui dirige le programme VCT, affirme qu’elle a besoin de plus de personnel et d’espace. “Vous voyez que l’endroit est très petit; donc, nous sommes confrontés à un défi parce qu’il n’y a aucune confidentialité, pourtant, ils sont jeunes. Alors, nous sommes non seulement limités par le nombre d’agents de santé, mais également par l’espace et des ruptures de médicaments”. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’a pas cherché un emploi à l’étranger comme beaucoup de ses collègues, Nyakana a affirmé : “Au centre des adolescents, nous constatons que les adolescents sont en train de connaître beaucoup de problèmes. Nous constatons que nous devrions aider ces jeunes gens, que nous soyons payés ou pas. Je me sens plus satisfaite en servant des camarades ougandais, notamment les jeunes gens”.
Le Centre de santé de Kiswa dispose seulement d’un médecin, appuyé par neuf agents de santé. Busingye décrit la charge qui pèse sur le médecin: “Pour qu’une seule personne assiste cent patients… Vous parlez du matin au soir. A la fin de la journée, vous devenez épuisé et les malades sont nombreux. C’est pourquoi parfois, l’on finit par administrer des soins de mauvaise qualité”. Malinga a souligné à IPS que le gouvernement travaille dans le sens de l’augmentation du budget du secteur de la santé afin d’équiper les centres de santé et assurer que les agents de santé sont mieux rémunérés. Il a dit que le gouvernement ougandais, conjointement avec le ministère britannique du Développement international, est en train d’essayer un arrangement pour attirer des agents de santé à travailler dans des zones rurales en Ouganda et dans d’autres zones difficiles d’accès du pays en leur payant une allocation supplémentaire.

