POLITIQUE-MADAGASCAR: Le maire déchu Andry Rajoelina persiste et signe

ANTANANARIVO, 11 fév (IPS) – Andry Rajoelina, le maire déchu d’Antananarivo, la capitale de Madagascar, a nommé mardi quatre membres de son gouvernement de transition pour remplacer les ministres du gouvernement du président Marc Ravalomanana.

Il a appelé ses partisans dans tout le pays à observer un deuil national pour les morts de la fusillade de samedi dernier, leur demandant de se rassembler encore ce mercredi qu’il a déclaré journée ville morte. «Nous allons faire signer des pétitions à tous ceux qui dénoncent le massacre de samedi pour que les fautifs soient jugés devant un tribunal international», a affirmé Rajoelina.

«La lutte ne va pas s’éteindre. Au contraire, elle va continuer jusqu’à ce que nous ayons gain de cause dont la mise en place d’un gouvernement de transition ou l’organisation d’un scrutin anticipé», a déclaré Rajoelina, apparemment sûr de lui. De leur côté, les supporteurs du pouvoir en place préparent la riposte. Le parti présidentiel ‘Tiako i Madagasikara’ (TIM) a mobilisé ses alliés et organisé une grande manifestation mercredi réunissant quelque 40.000 personnes au stade de Mahamasina, dans le centre-ville. Des partisans du président Ravalomanana ont dénoncé le ‘’comportement de petit gamin voyou’’ du maire déchu pour lequel ils ont réclamé la prison.

Selon des analystes, la crise politique sur la Grande île apparaît sans issue. Même si des médiateurs affluent de l’étranger pour tenter de nouer le fil du dialogue, les deux camps durcissent le ton après les violentes confrontations meurtrières de samedi. Les Nations Unies, l’Union africaine et la France ont dépêché des émissaires spéciaux dans le pays pour une telle mission. Une trentaine de personnes ont été déclarées officiellement mortes samedi et des centaines blessées après que des gardes du palais présidentiel ont tiré sur les partisans du maire déchu qui s’est autoproclamé président d’une Haute autorité de transition prête à diriger le pays. Mais des sources hospitalières ont fait état d’une quarantaine de morts. Un journaliste d’une chaîne de télévision locale y a été tué aussi.

Après leur rassemblement habituel sur la place du 13-Mai, Rajoelina et ses partisans ont pris la direction du palais présidentiel à Ambohitsirohitra dans le but d’y placer leur Premier ministre nouvellement nommé, Monja Roindefo. Des tirs à balles réelles, venus de l’intérieur du palais, ont interrompu la manifestation. Ces échauffourées meurtrières ont mis fin aux pourparlers qu’auraient tenté d’avoir les émissaires du maire avec les forces de l’ordre. La crise s’est donc intensifiée depuis samedi car les manifestants condamnent ce geste du pouvoir qu’ils qualifient de «massacre». Des cultes et des veillées mortuaires ont été organisés le lendemain dimanche à la mémoire des disparus.

Des communiqués affluent de toutes parts pour condamner cet acte sanglant. Mais, le président Ravalomanana déclare que «c’est scandaleux d’avoir emmené la foule à s’emparer du palais présidentiel», et il a demandé de lancer des mandats d’arrêt à l’encontre des leaders du mouvement de protestation dont il n’a pas précisé les noms.

Par ailleurs, la démission lundi du ministre de la Défense nationale, Marie Cécile Manorohanta, du gouvernement du président Ravalomanana, a surpris. Elle avoue «ne pas supporter le sang des citoyens versé samedi». Sitôt partie, elle a été remplacée par un vice-amiral Mamy Solofoniaina Ranaivoniarivo.

Mais pendant que le bras de fer se poursuit entre les deux camps politiques opposés, certaines familles pleurent encore la perte de leurs proches dont ils ne retrouvent pas les corps. «Nous avons beau chercher le corps de ma sœur morte sous les coups de feu venant du palais présidentiel, mais n’avons rien trouvé ni à la morgue, ni à l’hôpital», se plaint Mariane Ranaivonirina, une mère de famille habitant dans un bas quartier de la capitale.

Selon Andry Rakotovao, un employé de la morgue, 31 corps y ont été transportés à l’issue de cet incident et deux y sont restés mardi. Une centaine de blessés sont encore sous traitement à l’hôpital universitaire d’Ampefiloha. «La commune urbaine d’Antananarivo et l’autorité de transition prennent en charge gratuitement les soins de ces malades», affirme Michèle Ratsivalaka, présidente de la délégation spéciale de la Haute autorité de transition – proclamée par le maire déchu. Elle était venue mardi apporter des aides de première nécessité aux malades et a indiqué qu’une cellule de crise a été mise en place pour gérer les secours destinés aux victimes des violences.

La journée sanglante de samedi a bouleversé les Tananariviens qui se sont rués dans les hôpitaux pour y apporter secours. Jusqu’ici, quelque 1.400 personnes se sont portées volontaires pour faire un don de sang au profit des victimes, selon Natolotra Andrianavalona, directeur du centre de transfusion sanguine. Il ajoute que le stock disponible est particulièrement insuffisant pour le groupe sanguin AB+ difficile à trouver.

Jusqu’à mardi, des particuliers, associations, partis politiques et instituions ont apporté des vivres, vêtements et médicaments pour soulager les blessés dans les hôpitaux.