POLITIQUE-RD CONGO: Le processus de Nairobi aura-t-il une suite?

KINSHASA, 10 fév (IPS) – La situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) connaît d’importantes mutations depuis novembre 2008, avec le réchauffement des rapports diplomatiques entre Kinshasa et son voisin Kigali, et spécialement avec l’arrestation du chef rebelle Laurent Nkunda au Rwanda en janvier 2009.

Par ailleurs, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un mouvement rebelle fondé par Nkunda, a changé de stratégie en se transformant en parti politique depuis le 5 février. Mais le CNDP est scindé en deux groupes depuis début-janvier, avec l’annonce par Bosco Ntaganda, chef militaire du mouvement, du limogeage de Nkunda, et sa décision de signer un accord de cessation de la guerre avec le gouvernement congolais le 16 janvier à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC. Après ces différentes mutations, des analyses tendent à considérer que l’adhésion de la partie dissidente et influente du CNDP au processus de paix de Goma, implique l’abandon des précédentes négociations de Nairobi – sous l’égide des Nations Unies – entre le gouvernement et le mouvement rebelle. Conséquence : les négociations de Nairobi semblent battre de l’aile, alors qu’elles avaient été présentées en novembre comme le processus le plus important pour le rétablissement de la paix dans l’est de la RDC, puisqu’elles allaient impliquer le CNDP, le groupe rebelle le plus résistant, le mieux loti et le mieux structuré.

«Elles sont devenues sans objet», a confié à IPS, Nyabirungu mwene Songa, avocat, député national et professeur de droit à l’Université de Kinshasa, rappelant que «le seul objectif de ces négociations était de ramener le CNDP dans le schéma de la paix initié par le gouvernement. Et le CNDP l’a fait!».

Pendant que des analystes considèrent que «l’abandon des négociations de Nairobi sonne le glas de la guerre dans la partie est de la RDC», les militants restés loyaux à Nkunda, l’ancien chef du CNDP détenu au secret depuis le 22 janvier par l'état-major conjoint des Forces armées de la RDC (FARDC) et de l’armée rwandaise opérant dans le Nord-Kivu, revendiquent la relance de Nairobi, selon un communiqué parvenu à IPS le 7 février et signé de Serge Kambasu Ngeve, secrétaire exécutif du CNDP originel.

Quelque 4.000 soldats rwandais entrés dans l’est de la RDC depuis le 20 janvier, combattent, aux côtés des troupes des FARDC, pour traquer les miliciens des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) comprenant des rebelles hutu au nombre desquels des 'interahamwe' (anciens miliciens responsables du génocide de 1994)”.

Pour sa part, Arthur Kibanda, professeur des relations internationales dans les universités congolaises, affirme à cet effet que «le CNDP, qui est une stratégie du Rwanda, n’a été créé et n’a fonctionné que sous les ailes de celui-ci». Ainsi pour lui, «les changements actuels pourraient n’être qu’une nouvelle stratégie du Rwanda et des multinationales qui ont financé les guerres en RDC».

Les rebelles loyaux à Nkunda conservent leur force de nuisance ultérieure et «leur revendication devrait être prise en compte», estime Philippe Biyoya, un autre professeur des relations internationales dans des universités congolaises. «La hâte avec laquelle les négociateurs congolais s’étaient préoccupés des seuls postes politiques à Sun City (Afrique du Sud) en 2002, lors des négociations inter-congolaises, leur avait fait oublier que le sort des armées des rebellions n’avait pas encore trouvé de solution» et que «seule, la formation d’un gouvernement d’union nationale n’a pu donner de réponse au problème sécuritaire» du pays qui sortait d’une longue guerre civile, explique-t-il à IPS. Biyoya qui semble souhaiter une prise en compte de des revendications des loyaux à Nkunda, affirme que «les politiques avaient oublié en 2002 que l’armée du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma), la mieux organisée de toutes les rebellions, avait gardé toute sa structure et qu’au lieu de se disloquer, elle a été reprise par Nkunda, un ancien haut cadre militaire de la rébellion».

Pour cette raison, «les mutations que connaît la situation politique et sécuritaire de la RDC ne sont pas rassurantes», déclare Ernest Kyaviro, député national et membre de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP). Cette opinion est soutenue par Biyoya qui estime que «les actuels changements participent du changement des stratégies de ceux qui ont l’imperium (le pouvoir de commander) dans la région des Grands Lacs puisque personne ne peut dire en quoi exactement la RDC participe à ces mutations qui semblent venir d’ailleurs». Plusieurs organisations de la société civile partagent cette opinion, dont ‘International Crisis Group’, ont exprimé un «doute sur le caractère solide de la paix issue de l’abandon des négociations de Nairobi et d’une intégration empressée des éléments du CNDP dans les rangs des FARDC». Pour ces groupes, «il ne s’agit pas des résultats d’une diplomatie congolaise», mais plutôt d’une «simple coïncidence entre le concept de la paix et les intérêts des multinationales qui opèrent en RDC et qui ont financé les guerres».

Ces activistes, qui estiment que «la politique de la RDC se joue ailleurs et sans elle», en donnent comme preuve «la présence de plus de 10.000 militaires étrangers qui opèrent dans le pays sans le moindre contrôle des autorités, y compris dans des territoires où ces troupes sont accompagnées de… militaires congolais».

Ce point de vue a été soutenu par la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) lors de son point de presse hebdomadaire le 6 févier dernier.