ZIMBABWE: Des points d’interrogation comme Tsvangirai a prêté serment

HARARE, 12 fév (IPS) – Une forte réconciliation symbolique a été organisée à Harare le 11 février lorsque le président Robert Mugabe a dirigé la prestation de serment de son pire rival politique, Morgan Tsvangirai, pour en faire le Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale.

Mais l’incarcération continue des prisonniers politiques du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) est la seule question qui menace d’assombrir la mise en œuvre tant attendue de l’accord de partage du pouvoir.

Après que la faction du MDC de Tsvangirai a décidé le 30 janvier d’entrer dans un gouvernement d’union nationale dirigé par le président Mugabe conformément aux recommandations des dirigeants de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC), le leader du MDC-Tsvangirai avait posé une condition. Il avait catégoriquement affirmé qu’il n’entrerait pas dans le gouvernement d’union tant que tous les prisonniers politiques ne seront pas libérés d’ici le 11 février, la date prévue par les dirigeants de la SADC pour sa prestation de serment en tant que Premier ministre, ensemble avec ses deux vice-Premiers ministres. “Nous (Conseil national du MDC de Tsvangirai) avons exigé que toutes les personnes enlevées soient libérées sans condition avant le 11 février”, avait déclaré Tsvangirai le 30 janvier. Comme faisant partie d’une stratégie pour faire pression sur Tsvangirai en vue de l’amener à la table des négociations, plusieurs responsables et sympathisants du MDC avaient été enlevés de leurs domiciles par des agents de sécurité de l’Etat, entre octobre et décembre 2008. Mais Tsvangirai se donnait beaucoup de mal pour rassurer environ 30.000 sympathisants qui étaient sortis l’entendre dire dans son discours inaugural qu’il sortirait les détenus de prison dans l’intervalle de 24 heures. Il a également cité la stabilisation de l’économie comme sa première priorité et a promis de payer les salaires des militaires et des travailleurs du secteur public en monnaie étrangère. “Je suis conscient qu’il y a des détenus politiques en prison”, a déclaré Tsvangirai. “Je ne suis pas content qu’ils soient toujours enfermés. Je voulais qu’ils soient ici en train de fêter avec nous. Cela n’a pas été possible, mais je veux vous assurer tous qu’ils ne resteront pas plus longtemps en prison”, a-t-il dit.

Plus de 30 prisonniers politiques sont détenus dans la tristement célèbre prison de Chikurubi (Chikurubi Maximum Prison) pour des accusations allant de la tentative de déstabiliser le Zimbabwe à la recherche pour évincer le président Mugabe par la violence.

“Parmi les 30 prisonniers politiques, 11 ne peuvent pas être retrouvés”, a indiqué Irène Petras, directrice de Avocats du Zimbabwe pour les droits de l’Homme (ZLHR). “Tous les prisonniers politiques ont besoin en urgence d’un traitement médical après avoir été brutalisés en garde à vue par des agents de la sécurité de l’Etat”. Parmi ceux qui sont en prison, figure Fidelis Chiramba, 72 ans, le président régional du MDC-Tsvangirai pour Zvimba South, le village du président Mugabe. Selon des documents du tribunal présentés par des avocats, Chiramba, comme plusieurs autres, était victime d’une disparition forcée menée par six hommes lourdement armés, le 30 octobre vers 3 heures du matin. “Il a été sérieusement attaqué et soumis à des coups sur la plante de ses pieds. Il a été mis dans un congélateur, puis retiré. Il a été déshabillé puis de l’eau chaude a été versée sur ses organes génitaux. On lui a demandé de défiler nu devant des détenues femmes et ses ravisseurs se sont moqués de sa carrure. Il n’a jamais reçu de traitement médical pour ses blessures”, indique la déclaration écrite sous serment préparée par Petras.

Douglas Gwatidzo, président de l’Association des médecins du Zimbabwe pour les droits de l’Homme, a personnellement examiné Chiramba et plusieurs autres prisonniers. “Le 6 février, M. Chiramba a été amené à ‘Avenue Clinic’ pour des soins. Il a développé une crise cardiaque congestive suite à une hypertension sévère. Il continue de développer des blessures de tissu doux à la suite de l’attaque. Sa condition médicale nécessite un transfert et une stabilisation dans un hôpital fonctionnel et correctement équipé”, a affirmé Gwatidzo, dans une déclaration livrée aux médias le 7 février. Il a dit que Kisimusi Dlamini, directeur de sécurité du MDC-Tsvangirai, et Gandhi Mudzingwa, un ancien assistant personnel de Tsvangirai, ont été également examinés le même jour et il a été constaté qu’ils présentaient de graves conditions médicales qui nécessitaient une hospitalisation. Ils sont toujours aussi enfermés à Chikurubi.

“Nous condamnons sans réserve le refus continu de l’accès des personnes détenues à ‘Chikurubi Maximum Prison’ à un traitement médical adéquat suite à leur enlèvement présumé et à leur torture subséquente”, a affirmé Gwatidzo. Petras, dont la ZLHR est en train de coordonner la représentation juridique de tous ceux qui languissent en prison, a déclaré que des prisonniers politiques demeurent incarcérés pendant que des politiciens se félicitent du progrès réalisé en évoluant vers l’établissement d’un gouvernement d’union.

“Nous croyons que la façon dont M. Chiramba et ses camarades prisonniers politiques sont en train d’être traités est un reflet du manque de sincérité des politiciens à assurer que la sécurité de toutes les personnes au Zimbabwe demeure primordiale”, a-t-elle souligné.

S’exprimant à la veille de la cérémonie de prestation de serment, Ernest Mudzengi, un politologue à l’Assemblée nationale constitutionnelle (NCA), une organisation non gouvernementale suscitant le soutien pour une nouvelle constitution dirigée par le people, a indiqué que Tsvangirai serait dans le pétrin s’il allait prêter serment pendant que ses sympathisants restent enfermés. “Le fait que des prisonniers politiques soient toujours enfermés fait que tout l’accord de gouvernement d’union est délicat et controversé”, a affirmé Mudzengi.

“Habituellement, dans toutes les transitions, il y a une libération des prisonniers politiques avant une grande cérémonie comme la cérémonie de prestation de serment de Tsvangirai, mercredi”, a-t-il déclaré. “Si la prestation de serment de Tsvangirai consiste à inaugurer une nouvelle ère historique, les prisonniers politiques devraient être libérés. S’ils ne sont pas relâchés, cela apparaîtra comme si le pays continue sous l’ancienne pratique politique”, a-t-il ajouté.