KINSHASA, 18 nov (IPS) – Olusegun Obasanjo, émissaire des Nations Unies pour la guerre au Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a déclaré, après son entretien dimanche avec le rebelle Laurent Nkunda, que celui-ci était d'accord à observer le cessez-le-feu et à faire ouvrir des couloirs humanitaires pour aider les populations victimes des combats.
Mais, l'ONU a déjà dénoncé en début de semaine la violation du cessez-le-feu par les troupes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Nkunda. Si Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, connaît une relative accalmie, selon des sources onusiennes, les combats se poursuivent autour de certaines localités, notamment à Kanyabayonga située à une centaine de kilomètres au nord de Goma. Et le nombre des déplacés de guerre, sans assistance, augmente toujours.
L'afflux des réfugiés et déplacés n'a cessé de croître depuis la fin-août avec de la relance des combats entre les troupes de Nkunda, soutenues par le Rwanda, et les Forces armées congolaises (FARDC) appuyées par les troupes de la Mission des Nations Unies (MONUC).
La MONUC, qui est régulièrement accusée d'incapacité d'exercer la mission pour laquelle elle a été déployée en RDC, continue à nier en même temps la présence des troupes rwandaises dans les rangs du CNDP de Nkunda. Alors même que les troupes rwandaises sont parmi celles qui exacerbent la situation humanitaire dans la province, Madnodje Mounoubai, porte-parole de la MONUC, a lâché récemment à un point de presse : “Apportez-nous les preuves tangibles de cette présence puisque les patrouilles conjointes de vérification n'en font pas état”. Pourtant, selon des observateurs étrangers, comme Denis Tougas, un expert canadien sur la RDC, les ambitions du CNDP sont soutenues par le Rwanda, qui contrôle militairement une portion toujours plus grande du territoire du Nord-Kivu. Plusieurs cas de choléra et d'autres maladies dites de mains sales ont commencé à se développer sur plusieurs sites, et les hôpitaux sur place sont démunis de moyens d'intervention. Selon l'administrateur du territoire de Lubero, Josué Badibanga, cité par le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), “l'hôpital de référence de Lubero, qui reçoit plusieurs blessés militaires et des personnes déplacées en provenance de Rutshuru, est en rupture de stock de médicaments”. Les deux localités sont situées au nord de Goma. Le caractère instable de la situation et le manque des couloirs humanitaires vers des sites où sont installés des déplacés rendent difficiles l'accès aux populations en détresse, bloquant ainsi toutes les interventions des humanitaires, notamment au sud de Lubero, selon Ivo Brandau, chargé de la communication à OCHA. La crainte est encore plus grande pour plus de 65.000 personnes déplacées et installées à Kibati (nord de Goma), alors que dans les environs, les positions des FARDC et du CNDP se rapprochent dangereusement pour le contrôle du parc de Virunga, un autre enjeu de taille, selon des sources proches de l'état-major général des FARDC. Leila Zerrougui, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies en RDC, qui s'est dite stupéfaite du désastre dans lequel vivent plusieurs dizaines de déplacés à Kibati, a déclaré : “La MONUC s'impliquera plus activement pour les protéger, y compris par la re-localisation de tous ces déplacés s'il le faut, afin que ceux-ci ne soient pas pris entre deux feux”.
Selon Brandau, depuis fin-août, “il y a plus de 252.000 personnes déplacées dans la province”. Pour lui, “ce chiffre ne comprend pas encore plus de 5.000 Congolais qui ont préféré se réfugier en Ouganda selon le HCR (Haut commissariat pour les réfugiés) ainsi que les déplacés de Kanyabayonga” dont le nombre exact n'est pas connu et qui n'ont pas encore reçu l'assistance nécessaire.
Bien que le calme semble revenir à Kiwanja (nord de Goma), les habitants demeurent méfiants et peu rassurés. Ils continuent de squatter une église catholique, un hôpital et une station service de Rutshuru, où ils trouvent un peu de sécurité.
Leur double crainte à l'endroit des troupes du CNDP et des FARDC est exacerbée par la dispersion des FARDC en fuite, les laissant à la merci de l'ennemi et pillant au passant leurs biens. En fuyant, la plupart des militaires sont allés se replier dans la zone de Minova au Sud-Kivu, exacerbant, là aussi, la situation humanitaire pour la population locale par les pillages de quelques boutiques, selon des rapports de plusieurs agences humanitaires.
L'état-major général de l'armée, saisi des dérapages commis au front par des soldats des FARDC, a décidé de poursuivre “tous les militaires impliqués dans les pillages” et “une Cour militaire opérationnelle est en place à Goma pour ce faire”, selon le colonel Léon Kasongo, porte-parole des FARDC.
La Cour militaire a déjà condamné lundi plus de quatre soldats des FARC à la prison à vie pour des pillages commis à Goma à la fin-octobre, a confirmé à IPS par téléphone, le colonel Kibambe, un des coordonnateurs nationaux de la réforme de l'armée congolaise. La catastrophe humanitaire dans la province du Nord-Kivu touche non seulement les civils, mais également les soldats des FARDC qui sont non-payés, fatigués, affamés et vulnérables du fait d'être mal équipés au front, notamment à cause d'une “chaîne mafieuse à Kinshasa, qui détourne leurs rations et leurs soldes”, affirmait Jean Charles Okoto, un député au parlement, le 11 novembre. “Plus de 90 pour cent des fonds envoyés au front sont consommés dans la capitale”. Le dernier détournement date de début-novembre, lors de la tournée du Premier ministre Adolphe Muzito à l'est. Il aurait envoyé “une somme de 100.000 dollars, alors que le commandant de la région militaire n'en a reçu que 5.000”, a ajouté Okoto, dénonçant ses collègues qui “se sont abstenus de nommer les auteurs de ces détournements alors même qu'ils sont connus”. Okoto a également averti que le traitement de ce dossier ne devrait pas “être fait à huis clos au parlement ni être couvert par le secret défense”.
Pour le reste, le gouvernement, qui affiche toute son incapacité militaire, politique et diplomatique face à cette crise humanitaire et sécuritaire, ne compte plus que sur l'intervention de l'ONU, de l'Union africaine, de l'Union européenne et des pays amis pour l'épauler.
Ainsi, dans sa mission pour l'ONU, l'ancien président nigérian a entamé à Kinshasa, la capitale congolaise, une série de concertations pour dénouer la situation. Après ses entretiens avec le chef de l'Etat Joseph Kabila et les présidents de deux chambres du Parlement, Obasanjo s'est rendu à Jomba, sur des collines du Nord-Kivu, où il a rencontré Nkunda, dimanche. Obasanjo a déclaré qu'il est allé “lui demander les motivations de ses attaques et lui demander de revenir dans le processus AMANI (un processus de pacification et de développement des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, appuyé par la communauté internationale)”.

