MAPUTO, 17 nov (IPS) – Au cas où Maria Moreno serait élue présidente du Conseil municipal de Cuamba dans la Province de Niassa, le parlement mozambicain perdra l'une de ses personnalités les plus remarquables.
Moreno, 49 ans, est la responsable de la coalition de l'opposition dénommée Mouvement de la résistance nationale mozambicaine-Union électorale (Renamo-UE, en portugais). Femme mince avec des cheveux courts, Moreno représente la face moderne du Renamo, alors considéré comme “le contraire absolu de la vertu et de la démocratie”, selon le sociologue mozambicain Carlos Serra, “et qui cherche aujourd'hui à gouverner le navire de la démocratie”. Après son indépendance vis-à-vis du Portugal en 1975, le Mozambique a été emballé dans la lutte régionale contre l'apartheid. La Rhodésie et l'Afrique du Sud dirigées par des Blancs ont financé un groupe rebelle — le Renamo. Une guerre civile s'en est suivie et a entraîné la mort d'un million de personnes, tandis que 1,7 million étaient réfugiées, et trois millions de déplacées à l'intérieur. Il y a 16 ans que la guerre est terminée en 1992 et le Mozambique a eu successivement des élections tout à fait bien organisées et pacifiques. Nouvelle génération Moreno fait partie d'une nouvelle génération de politiciens mozambicains. Mariée à trois reprises et ayant eu deux garçons avec son premier mari, Moreno parle couramment l'anglais et le français et a fait une formation en secrétariat en Suisse en 1981. Elle est le nouveau visage d'un Renamo plus instruit et plus participatif. Les collègues aiment Moreno car elle travaille beaucoup et possède le sens de l'humour. Les journalistes courent après elle car elle répond à leurs questions sans mâcher ses mots. Et il n'y a pas de mal qu'en ces temps d'exhibition politique, elle soit télégénique. Rarement vue parmi les femmes politiciennes, Moreno ne porte pas des tenues traditionnelles lors des rassemblements ou à la télévision. Quand elle était adolescente dans les 1960, son inspiration était la dame leader radical américain Angela Davis. “Ses cheveux, son combat pour les droits humains, et pour avoir été emprisonnée pour cela. Elle est la personne qui m'a impressionnée le plus”, déclare Moreno. Terezinha da Silva, sociologue et activiste féministe, trouve que Moreno est “très ouverte, très intelligente, et elle a une bonne connaissance des problèmes”. Les problèmes des femmes constituent l'une des passions de Moreno. Même si le taux d'alphabétisme a beaucoup augmenté dans les zones rurales, les hommes sont beaucoup plus nombreux à savoir lire. Les femmes continuent d'être assujetties à des positions de subordination”, souligne-t-elle. La subordination est également une réalité en politique : “Les femmes n'ont toujours pas un vrai pouvoir de décision. Trop souvent, elles restent des otages de leurs partis et oublient leurs propres préoccupations”. Cuamba est dans son cœur C'est la deuxième fois que Moreno brigue la présidence du conseil de Cuamba, la ville où elle a passé son adolescence. En 2003, elle a battu campagne à travers la municipalité en voiture, à bicyclette et à pied. “C'était une belle campagne. Les gens étaient surpris de me voir, ils n'étaient pas habitués à voir un candidat de si près”, se souvint-elle. C'est heureux de se rappeler les contacts pris avec les gens, mais le résultat était une défaite amère. “Je pense que j'ai perdu parce que j'ai trop compté sur le soutien visible que j'ai reçu. Nous n'avions pas pensé aux sales jeux que notre adversaire politique jouait… Nous avons péché par naïveté en politique, ce qui est un péché mortel”, a-t-elle confié à IPS. Moreno est sûre de gagner cette fois-ci, se basant sur son expérience politique et sur la visibilité acquise au parlement depuis 2004. Deux projets de loi portent la signature de Moreno, l'un contre l'abus du pouvoir politique et l'autre sur la réglementation du temps d'antenne sur la radio et la télévision publiques. Elle a beaucoup œuvré pour la loi nouvellement votée sur la violence conjugale. “Ce n'est pas une affaire de parti, elle affecte toutes les femmes mozambicaines”, a-t-elle dit.
Après quatre années de longs débats parlementaires, Cuamba est l'incarnation du travail pratique. “Au parlement, nous approuvons sans discussion les projets de loi du gouvernement. Le dialogue politique est trop focalisé sur des problèmes plus larges et trop théoriques”, a-t-elle indiqué à IPS. Cuamba est le lieu où Moreno veut faire la différence. La ville (avec une population de 95.000 habitants) est la capitale économique de Niassa, et la plaque tournante du chemin de fer qui permet d'acheminer les produits vers le port de Nacala, sur l'océan Indien. Toutefois, malgré son potentiel agricole et touristique, Niassa, située entre le fleuve Rovuma et le lac Malawi, reste l'une des plus pauvres des dix provinces du Mozambique. Avec une superficie de 129.000 kilomètres carrés, Niassa ne dispose que de 70 km de voies pavées, d'un système d'assainissement et d'approvisionnement en eau potable inadéquat et de quelques écoles. La moitié de sa population d'environ un million d'habitants vit dans la pauvreté. “Il y a une bibliothèque municipale, mais elle est vide, sans aucun livre : rien que les murs, les chaises et les tables. Il n'y a aucune salle de cinéma. Avec un accès limité à la culture et aux informations et une énergie débordante, les jeunes boivent beaucoup”, déplore Moreno. Cuamba est la périphérie extrême de tous les points de vue, mais la transition d'une capitale mouvementée à un petit coin tranquille en province l'attire : “Le monde est fait de villages, c'est pour cela que je pense que le pouvoir à la base est très important pour changer le monde”. Souvenirs de guerre Le père de Moreno, un homme d'affaire, a embrassé le Renamo dès sa création. “Moi-même, j'ai hésité à adhérer au Renamo. A l'époque, j'étais contre l'option armée. Je pensais que le dialogue était possible. Mais j'étais aussi consciente que les différences de pensée étaient supprimées”, se souvient-elle. Niassa était connu comme “la Sibérie tropicale”, après l'installation des camps de rééducation par le parti unique de l'Etat marxiste, sous la direction du Front de libération du Mozambique (Frelimo). “L'image des hommes et des femmes entassés dans des camions de Maputo allant aux camps de rééducation de Niassa est restée en moi. Etait-ce là le pays pour lequel nous, Mozambicains, nous sommes battus?”, demande Moreno. Selon Moreno, son parti a laissé son passé violent derrière et est devenu un acteur démocratique : “Le Renamo a libéré le pays de son régime mono-partite, de la dictature, pour qu'un jour, il puisse être démocratique au vrai sens du mot”.

